‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 77 sur 193 · THÉORIE DU VERTIGE INTELLBCTOIL · texte numérisé non relu

THÉORIE DU VERTIGE INTELLBCTOIL

sioQS par la volonté, ou encore par la raison, coi alors -comme l'ensemble des mobiles d'ordre uniT< auxquels la volonté peut s'appliquer. D'après cela, liéné ne doit avoir qu'une représentation très iaibl sa liberté de juger. Aussi ne doute-t-il jamais, et parce qu'il ne doute point et n'admet pas même possibilité de douter, qu'il o][)pose un obstacle ini chissable aux arguments qui troubleraient la séci de ses affirmations.

La plupart des hommes, dans l'état d'ignoranc

ils croupissent, de lâcheté morale où on les élève i

leurs passions se développent spontanément, son

capables de résister à de trop fortes tentations de

tige, comme celles qui résultent des affections c

sensibilité. Quand de fréquentes hallucinations so

tent leur jugement, quand les imaginations qui s'oi

pour lier, compléter, expliquer les apparences, le

minent, ils arrivent graduellement à ne plus formel

des séries de pensées peu différentes de celles qui (

pent le sommeil. Les impressions de la veille et (

des songes tendent alors à se confondre : à la limili

sensations troublées ou continuellement déviées ne

plus i|ne barrière entre les deux états, les jugée

réfléchis et vraiment volontaires n'existent plus, le

liment de la distinction des personnes et la consc

nette des circonstances propres à chacune se pe

enfin, et l'aliéné en vient à ce point de se roécom

entièrement : il s'attribue des avantages ou des mal

qui vont [à une transmutation de personnalité, el

vent s'identifie avec l'une des grandes figures bi

TERTIGB DE l'ORDRE MYSTIQUE. • 300

[Des dont le prestige est en possession de fasciner Tilagination des peuples. C'est là surtout que se justifie e sens propre du mot aliénation, appliqué aux affecions mentales « car l'aliéné change de conscience et kiioit pour soi autre que soi. Mais de ce point il peut neore descendre, car il y a au-dessous l'état d'incohémce et de dispersion totale des représentations» enfin es nullité s'il se pouvait» l'idiotisme, qui est le terme oriinaire de cette évolution dans les cas de paralysie m cerveau.

Entre tous les phénomènes dépendants de la théorie j*expose, et malgré des difiérences que je signalerai , il est impossible d'omettre la classe des faits de mystique. Le cas fondamental» où l'on voit des lions entières céder au même vertige, s'observe hoB Tinfluence de la foi au merveilleux» quand l'ima- Ibatioo prévenue crée ou transforme des événements Isi puissent répondre à l'attente des consciences. 11 hgà de constater des miracles» de vérifier des prophé- Ibs. Quelques hommes se trouvent capables de voir et

t tendre ce qu'ils espèrent ou craignent; un plus id nombre» d'avoir vu ou entendu »- presque tous fÊltirer de bonne foi la vérité des faits qu'on leur transit : les récits qui passent par la filière des masses rekfeifait l'amendement des passions de chacun, une Itoyenne s'établit» et le peuple se voit enfin en posses- Ibn d'un système de témoignages et de traditions qui lé témoignent et ne propagent que sa propre pensée. Fest ainsi que les religions se fondent sur des miracles,

3f0 VSRTIGE D£ L*OBDRB MYgTlOtE.

et que. même dans les temps d*incrédulilé relative, il n^est pas impossible de rencontrer des témoins sincères de prodiges contemporains. Au-dessus des iortginations disposées de la sorte, s'élèTent, pour les conduire, des 1 visions revêtent la forme mystique. T îles et des prophéties s*eiplique par suite d^extaliques, parlanl sous le verti ïlion de répéter les paroles qu'une puis: leur dicte, et cela depuis les prophétie^ s oracles payens jusqu'au! quakers et b Cévennes, A un degré supérieur de possession ; ^e divin, viennent les récifs et la foi des incarnations, et, à Topposite» dans une sphère basse, ignoble, les horribles légendes de la sorcellerie et de la démonologie. L'homme qui se croyait obsédé du démon, ou tout à fait possédé, expliquait, par sa malheureuse croyance à l'esprit malin, les contrariétés que présente la conscience balancée entre les passtoBi bonnes et mauvaises, entre les tentations et la volonté, n devenait pour lui-même Vhomo duplex, au sens propre du mot. Souvent disposé, d'ailleurs, à l'hallucination et à tous les genres de vertige de l'acte et du jugemeit, il pouvait arriver aisément à la ferme pensée d'être att sabbat ou d'y être allé. Toutes les actions conformes i son état, il pouvait les faire, et le crime se mêlait quelquefois à la démence. Beaucoup de cas d'aliéuatioD prenaient certainement cette forme. Comme l'aliéné conserve, dans une certaine période de son affectîei, une conscience distincte de ses aberrations, tout en ne roulant pas résister suffisamment k son vertige, «eiK-

YIRTIGI BI l'ordre MYSTIQUE. 3H

oublement de la représentation, qui est la conscience, mole nécessairement une possession, et il suffit que I sujet y croye pour qu*à ses yeux tout ce qu'il éprouve oit expliqué. On conçoit aussi que l'exorcisme peut foir alors un effet thérapeutique. La foi guérit de la A; le vertige guérit du vertige.

Le vertige mystique, dans le domaine religieux noble, lîflEfcre et différera toujours de l'aliénation sur des points afitaux, quoique le principe logique des déterminaions de conscience soit souvent le même de part et raatre. Il faut remarquer d'abord la grandeur morale, Téiévation généreuse des idées, l'importance univerlotte des vues du révélateur et du prophète. Mais la Uoience est le plus souvent égoïste et vulgaire. Ensuite I fou est isolé dans son orgueil , dans ses préoccupaions personnelles, hors d'état de communiquer son lahation et ses croyances qui, d'ailleurs, manquent m général de cohérence et de fixité, tandis que les extaifues religieux s'affermissent dans les traditions tout aies transformant, obéissent à^des tendances qui, plus m moins inertes ou oblitérées, sont cependant celles bkiirniiJieu, enfin connaissent les hommes et savent gir sur eux. A l'extrême rigueur, l'origine et la valeur itrinsèque des sentiments qui possèdent la conscience Ton révélateur, et l'obligent à ses affirmations, pouraient dépendre de certaines lois supérieures et inconmes de Tordre du monde. Le contraire n'est pas rauvé, et dès-lors non plus le révélateur n'est pas jugé ans appel. Hais je ne puis approfondir maintenant la [nestion, et j'ai dit ce qu'une rigoureuse analyse per-

3f 2 AUTRES CAS DE VERTIGE.

met de dire sans quitter le point de vue de la science. Une autre application de$ phénomènes du vertige est à signaler dans TefiTet des pratiques habituelles en matière de religion. La plupart des hommes contractent des habitudes d'opinion et de croyance par suite de k répétition et de l'imitation, soit que la réflexion y ait oi non présidé à l'origine ou y soit intervenue depuis, lia vertige qui agit dès l'enfance devient souvent insurmoB- \ table, et c'est ainsi qu'on est de la religion de ses p&m. Mais prenons l'homme fait, maître de sa raison etoipable de l'exercer. Toute représentation prolongée oi ; répétée devient une tentation ; donc celui-là mémeqâ réfléchit est naturellement conduit de la pratique à k théorie, dans chaque ordre de conceptions. L'imaginir tion prend peu à peu les formes appropriées aux objeli dont on la frappe, et la pensée s'exerce à découvrir 6m motifs de faire ce qu'on fait, d'assurer ce qu'on assure, et à s'en persuader. Il suffit de mentir un peu d'abord; on est de bonne foi plus tard. Qui veut croire croin. Faitei comme si vous croyiez^ pliez la machine, disait Pascal. La méthode est infaillible, surtout si l'on tient sa raison bien soumise, à quoi l'on parviendra en se ta représentant ployable en tous sens. La pente est forte quand les passions, c'est-à-dire l'intérêt et la peur sont en jeu. C'est l'affaire aux hiérophantes de manœuvrer ces ressorts.

J'ai caractérisé à plusieurs reprises la nature des faite qu'il est permis d'admettre au milieu des illusions et des plais prestiges du magnétisme animal. Le principe

AUTRES CAS DE VERTlGK. 313

essentiel de ces phénomènes doit maintenant paraître au grand jour. Il est commun aux songes, au somnambulisme naturel, aux jugements portés à la suite des i naons et des hallucinations , à Taliénation , à tous ces états de la conscience où l'imagination « la mémoire, Ftftenfe, les passions, déterminent sans réflexion des fomes représentatives, desquelles s'ensuivent à leur tour des actes et des effets sur l'organisme. C'est en un mot le yertige. Le vertige du songe consiste dans l'affinnation spontanée qui se joint à toutes les apparences lei^sentatives et transforme en jugements de réalité les liries quelconques de la pensée. Mais alors le pouvoir locomoteur et les sensations sont en grande partie suspendues ou inefficaces. Le vertige du somnambulisme title même; seulement certaines sensations subsistent, comme dans une grande concentration de l'attention, tandis que d'autres n'arrivent pas à la conscience ; les ides organiques peuvent se produire à la suite des représentations imaginatives et passionnelles; enfin la •léflexion semble s'exercer, comme l'attention, mais ces

olmctions volontaires sont là de pures représentations de mémoire, des ombres de la volonté. Les phénomènes de l'aliénation diffèrent des précédents, en ce que les séries de la vie réelle et de la veille y suivent plus ou SMiins leur cours, troublé par des jugements vertigineux, et que si la réflexion n'entre pas dans ces derniers, elle eo dirige d'autres cependant, et môme continue quelquefois à régner sur les développements généraux de la

r poisée, assez pour que le monomane observe ses actes comme ceux d'un autre lui-même, et que l'halluciné

conçoive sur la réalilé des objets de son aflirmation dm velléités de douter, qu'il éloigne ou qu'il dissimob. Rapprochons maintenant tous ces faits ; les faits primitifs et fondamentaux du magnétisme animal ne noss offriront pas d'autres caractères.

D'abord , la contagion imitative des convulsions II autres désordres analogues ; leur production quand l'imagination et les passions sont frappées ou exciléei | par l'attente, en présence des manœuvres du magnétiseur ; celle du sommeil dans les mêmes cas» sont fa faits que la théorie du verlige nous a déjà expliqués. Les modiûcations physiques, les impressions exoe(H tionnelles commandées par l'espérance ou la crainto, tous les effets de l'imagination sur l'organisme acquiè^ rent une grande intensité sôus l'influence du fanatis» religieux : c'est ce que prouve l'histoire des conTulsionnaires. Les magnétiseurs, qui n'exploitent guère qv la curiosité, l'intérêt personnel et des superstitions trèi minces, n'obtiennent aussi que des résultats inférieurs, à moins que leurs sujets ne tombent dans le somme! somnambulique. Ce dernier étal doit être favorable à une possession plus intense et plus exclusive de la conscience par l'imagination, et aux effets organiques qm ■ s'ensuivent, parce que la plupart des sensations s'y trouvent suspendues, toute distraction supprimée, et les puissances réflexives et volontaires très affaiblies.

Le sommeil somnambulique n'est produit artificiellement que sur certains sujets disposés d'une manière exceptionnelle. C'est déjà une raison de penser que le procédé quelconque suivi par le magnétiseur n*a dans

AUTRES CAS DE VERTIGE. Illo

ee cas aucun eflel particulier pliysique, uiais que seulement la conscience du magnétise , au moment où il eède auyertige et s'endort, est dans un état imagina tif et passionDel propre & la production d'une suite de représentations du même genre que celles qui s'obser- VBDtdans le somnambulisme naturel. Au lieu de cela, eafeut se persuader l'existence d*un fluide pour lequel diacun de nous serait doué d'une productivité et d'une léceptivité variables. Une hypothèse inutile et qui n'explique rien est toujours nuisible à la science. Celle-ci a conlribué à éloigner les esprits de l'étude et de la clasàfication des faits. On dit que les magnétisés voient ce Inide, mais ne doivent-ils pas voir tout ce qu'on veut fo'ils voient? Une foule de méthodes fort différentes ont réussi à produire l'état magnétique : le baquet de Mesmer, Y arbre de Puységur, la volonté pure de Faria et les passes maintenant à la mode. Les procédés se généralisent encore» si nous songeons aux pratiques de la iiagie, de la sorcellerie et des jongleurs, et aux secours aatériels dont les anciens faisaient usage pour déteranner l'extase prophétique. Enfin des phénomènes analogues se produisent en l'absence de toute jonglerie. Il est donc très probable que la communication physique ntre magnétiseur et magnétisé rentre dans les faits géaéraux dont les sciences poursuivent régulièrement narestigation ; et toute supposition d'un agent spécial est arbitraire. D'ailleurs l'intérêt n'est pas là. Qu'a-t-on januds appris à l'aide de ce prétendu fluide, imitation maladroite des fluides lumineux, calorique, électrique, auxquels la science n'accorde plus guère qu'une valeur

nominale? Au contraire, quand j'expose la sâriedes faits de vertige, et des actes qui dépendent de rimagination et de la passion dans les déterminations de con* science, j'établis des classes et j'énonce des lois dosi l'application se fait aisément à ceux des rapports entre magnétiseur et magnétisé que Ton peut regarder comme ^ vraiment constatés. Je ne nie point les rapports physi* ques, mais je n'en vois pas de particuliers, et je n'ii rien à dire des rapports généraux de cet ordre qui, là comme partout, sont une condition préalable des rapports de pensée. Ces derniers et leurs conséquences m'occupent exclusivement.

Cela posé, le sommeil magnétique se produit à la suite de telles ou telles pratiques, sur un sujet présent \ ou du moips averti, prévenu, avec ou sans volonté de . la part de l'opérateur, pourvu que le sujet soit dans l'attente, et livré aux représentations imaginatives et passionnelles qui accompagnent l'attente en un cas donné. Il a été prouvé par le fait que le sujet prévenu pouvait s'endormir indépendamment du magnétiseur, à l'heure même où il se croit sous l'influence, et cela, soit en Tabsence de ce magnétiseur occupé à d'autres objets, soit en sa présence et contre sa volonté (non manifestée par des signes extérieurs). Mais on n'a jamais établi publiquement, et avec les précautions nécessaires dans ce genre d'expériences, que l'action magnétique se produit, à distance ou non, à un moment où le sujet n'est averti et n'a pu l'être par aucun signe quelconque. Le jour où ce dernier fait deviendrait irrécusable, on en conclurait justement à une communication de peu-

4e, sans intermédiaire que la science puisse aclue]lenent rendre sensible ; ce qui n'implique point d'im- KMsibilité logique, mais ce qui est nouveau, extraordilaire, et, jusqu'à nouvel ordre, peu probable.

Lorsque le magnétisé tombe dans le sommeil som- Dtmbulique, il se peut, il est même naturel et ordinaire que la communication établie auparavant entre le magnétiseur et lui; que les phénomènes d'imagination, de pusion, d'attente qui s'y rapportent, en un mot que loot ce dont la conscience est alors formée se prolonge diDS les séries représentatives du sommeil. Le somnambule, au lieu d'être isolé, livré à ses préoccupations, tendu à ses actes propres, comme dans le cas où son état se produit spontanément, se trouve au contraire en idalion avec une personne dont il admet l'influence, l'isolement caractéristique du somnambulisme se tourne la bénéfice du magnétiseur, sur les actes duquel l'at- , kntion se porte exclusivement (si toutefois on peut douer le nom d'attention à la concentration absorbante ' tf règne alors), et le sujet est radicalement distrait de loQt ce qui l'environne, à moins qu'il ne doive se prêter, s'ouvrir à une relation nouvelle sur l'ordre de son guide. J'entends que les sens servent d'intermédiaires, comme dans le cas d'une communication normale, sauf peatrétre une plus' grande finesse] de perception, qu'il «t facile de s'expliquer. Le somnambule est donc maîtrisé, possédé par l'opérateur ; il Test parce qu'il croit Télre : accessible aux seules impressions qui lui vien- ■mt de ce dernier, plongé d'ailleurs dans un état passif, inerte, en même temps que très éreclilc, état qui

318 AUTRES €ÀS Dfi VERTIGE..

peut aller pour le corps jusqu'à Tanesthésie et la catalepsie, et pour la conscience jusqu'à rabolition de touto volonté ; pénétré de la nécessité d'obéir, ou seolemeii informé comme dans un rêve, les pensées qui lui sool transmises deviennent pour lui autant de cas de vertige ; et les déterminations de conscience dont il est cif pable se produisent ; et les actes organiques, possibhi en conséquence, paraissent et se développent. Je ne r6* péterai pas ce que j'ai dit ailleurs des effets de l'imagH* nation et de la passion sur les impressions sensibles dl' ressort de cet état. On voit que le magnétiseur est à ptù-i prement parler le directeur des vertiges du magnétisé r il lui suggérera ses représentations, ses actes somnas^ buliques ; à un degré supérieur de fascination d'un côlf et de lucidité de l'autre, il sera sa foi et ses propbèteir et pourra obtenir de lui tous les phénomènes dont )Ê monomanie et le fanalisme religieux offrent ailleurs diii productions spontanées. On voit aussi dans quelle er*^ reur tombent les esprits crédules qui cherchent la vérilé^ dans les paroles des somnambules, supposés authenti-^ ques et lucides. Il s'en trouve peu de ces derniers, cl,^ par leur état môme, ils sont soumis à tous les préjugés * qu'ils ont en propre ou qui leur sont communiqués,!^ toutes les imaginations qui les traversent. La plupart ^ joignent en outre à quelque lucidité une part de char*^ latanisme, et aux vertiges réels auxquels ils peuvent être sujets un supplément de notions et d'inductions communes : ils font leur métier d'oracles et vendent Vesp'it qui ne vient pas toujours. D'autres se trompent les premiers, et c'est la vanité qui les halluciné.

reste, je ne prétends pas décider que certains exta- 8 ne puissent présenter un développement particut extraordinaire des fonctions réceptives. Les faits aux de cet ordre pour lesquels ont été recueillis us de témoignages dignes d'examen sont: l"" I^ ^tion sensible et notamment visuelle, sous des con- (18 de présence de Tobjet insuffisantes dans l'état lal; â"" la sympathie spontanée des organes de tique avec ceux de la personne qui lui est donnée lation; S"" la conformation spontanée de sa pensée )ensée de cette personne. Cette dernière loi, si elle ftit être admise, expliquerait une closse considéde phénomènes, et de ceux-là mêmes qui tout d'ay paraissent étrangers. Quoiqu'il en soit, déclarer % ces choses impossibles c'est se faire une fausse le rimpossibilité physique ; c'est confondre le fait Té communément avec celui qui serait prouvé néire; c'est, en un mot, transporter aux lois expériales la règle des lois logiques. Mais , d'un autre en les admettant trop légèrement, et autrement la suite d'expériences délicates, inexécutables sou- , on oublie que la valeur des témoignages décroît sure qu^ils s'appliquent à des faits plus nouveaux Iraordinaires, de même qu'elle s'anéantit dans les l'impossibilité Ibgique. De ce dernier genre serait le ,e la prédiction d'un futur contingent, par exemple. est remarquable que les acquisitions prétendues nature humaine, dans Tordre de l'extase artificielle, rnt exclusivement sur les fonctions réceptives et sur passif de la conscience. Les fonctions réflexives

3â0 REMËDKS CONTRE LE VERTIGE

et Yolonlaires y sont nulles ou très abaissées. Ces ac quisitions sont peu de chose auprès de ce que Textu a perdu depuis que les oracles ont cessé, que les pro phètes se taisent , que la démonologie est abandonné et que la conscience religieuse ne fait plus de catahp tiques et de martyrs. Faut-il désirer un déyeloppeaM nouveau de ce que l'humanité conserve et maniSsil encore de dispositions de cette espèce? La sagesse, I raison, la liberté, l'activité, les plus dignes et les pfai sûres puissances de l'homme répondent non. Si un portée supérieure, un prix noble et exquis peuvent s'il tribuer quelquefois aux consciences qu'une certainefl tase attire et maîtrise , rappelons-nous que le domaiB de l'inspiration et de la contemplation est aussi celui é l'erreur, un commencement de fanatisme et une péril vers la démence. À cet égard, la théorie du vertige nM a tout dit.

Il résulte de nos principes généraux et des analyM précédentes que le traitement médical physique n'q pas le seul qu'on doive songer à opposer à rinvasi(|| du vertige. Un tel traitement est rationnel sans doul| car Tétat de l'organisme peut amener, avec le trou^ de la sensibilité , les tentations vertigineuses ; et, 4| même que l'administration d'un narcotique produit ri| liénation temporaire , on concevrait que d'autres i| mèdes la combattissent. Mais nous savons aussi qal existe un développement propre et spontané des fonQ tions représentatives, duquel réciproquement cerlail faits organiques dépendent. On pourrait donc s'occupe

REMiOES CONTRE LE VERTIGE. 321

Cèdre obstacle à la naissance ou aux progrès des af- :tioDS imaginatives et passionnelles, éléments spélux du vertige du jugement et du vertige de Tacte. En it, on ne nie pas que certains hommes soient capables lutter avec succès contre les suites intellectuelles de irs hallucinations. D'autre part, l'autopsie ne révèle is de désordres organiques bien sensibles chez cerînes classes d'aliénés , et , si ces désordres existent , imme on doit bien le présumer, ils ont pu être acquis 1 aggravés à la suite des déviations représentatives, et nirraient alors s'amender en même temps que ces Brnières. Ce n'est pas qu'il y ait de grands effets à atndre d'une thérapeutique morale dans les cas les plus Mnmuns : l'état spécial de l'aliéné le ferme à toute iniMence, et le rend pour ainsi dire incommunicable ; hilleurs, le remède ne vaut ici que ce que vaut le mélecin, et on ne saurait exiger de celui-ci des vertus sutfrieures à son état, si ce n'est à Thumanité même. flygiène morale a donné des résultats plus heureux, Itoique bornés et nullement radicaux. Mais pensons IX moyens préventifs, je veux dire à l'influence d'une hcalioD rationnelle sur le genre humain. C'est vraienl là que s'ouvre une source d'espérance, car rien a été tenté jusqu'à ce jour, et les générations succesres (je n'en distrais pas les sujets destinés à la fortune, I pouvoir, même à la science) se développent dans un ifte abaissement des fonctions volontaires, au profit dusif de la mémoire qui assujétit l'homme à l'acquis au passé en toutes choses, puis de l'imagination parulière et de la logique parliculière de chaque profes-

322 REMËDES CONTRB LE TERTIGB .

sion , autres puissantes chaînes» enfla des passions, qu'on le contraint de dissimuler et qui ne le dominent que mieux. L'instruction, Thabitude de l'attention et de l'étude, quels qu'en soient les objets, suppriment iliit Trai beaucoup d'occasions de vertige, en rétrécissant le domaine de la crédulité et des superstitions les pin communes : c'est encore le lot du très petit nomlne. L'instruction générale et philosophique, en dissipant les ténèbres qui enveloppent les fonctions de la consdenoe vis-à-vis d'elle-même, peut avoir plus d'efficacité. ïui l'éducation seule, dans le sens élevé du mot, couperait la racine du mal, si elle était dirigée de manière à exeroar la réflexion propre et indépendante, à fortifier la volonléy à créer l'habitude d'une comparaison désintéressée dfli motifs de juger et de croire dans tous les cas possible! 3 Le dernier mot de l'éducation dont je parle, ceU^ qui comprend tout, quand on le creuse, est savoir dofh teVy apprendre à douter. Et n'est-ce pas aussi le secrÉt du bon sens? L'ignorant doute peu et le fou ne dooift jamais. L'extatique est un esprit faible, que telle pensétj ou tel homme fascinent, et le vice de l'aliéné est d'aM firmer et d'agir sous le vertige (avec une volonté irréfl^ : chic et pour ainsi dire involontaire et nulle, puisqu'il i ne balance point les motifs) et conformément à des a^ i parcnces qu'il n'a jamais appris à réduire À leur juste ^ valeur. Si donc les hommes savaient douter, il n'y aunM t< point de fous parmi eux ; et si l'éducation du genre himain n'est pas une utopie, ce n'en est pas une non ploi que la disparition graduelle de la folie en tant que maladie mentale et aliénation de la conscience.

RSMftDRS CONTRE LK VERTIGE. 323

On pourrait objecter ici que nous ne nous sommes pts encore prononcés sur la réalité de la liberté , et {D'ainsi nous ignorons si le fou et le sage n'obéissent pai à des lois également nécessaires qui meuvent toutes les représentations. Or, peut-on se proposer de guérir «I mal nécessaire? L'objection n*est pas fondée, parce fa*au nombre de ces lois rien n'empêche de comprândre cdle qui déterminerait la décroissance des faits de ver-

S,dans le développement de l'humanité, avec tous les rts qui seraient de nature à y concourir. h Mais l'homme peut-il toujours résister au vertige Hû le tente? On répondra non, si l'on veut admettre I toute représentation soit déterminée par ses anté- Ats ; oui, si Ton croit devoir affirmer la réalité des sntations automotives telles que je les ai défii (§ ix). Dans le premier cas, les déterminations de ience sont toutes, au fond, autant de faits de verb; mais ce dernier mot perd sa véritable valeur, qu'il it de la supposition d'une liberté maintenant' réduite ne pure apparence, et ce n'est plus que nominaleit qu'on l'appliquerait aux jugements et aux actes lires de ceux que la raison commune regarde I vrais ou bons en chaque circonstance. En d'autermes , tout est vertige alors , et il n'y a plus de biriige. Dans la donnée de la liberté, au contraire, on iHoprend et on qualifie les actes de la personne, en les lqi|Nrochant des possibles réels qu'admettait cette même penonne. Il y a sagesse réelle et vertige réel dans la Moscience comparée, opposée à elle-même et régie par dle-méme en tant que volonté; et non plus seulement

324 OBJCCTLO^S COHtni Ll STâTfiMI AS u Kficfissm.

par relation h ce que d'autres hommes peuTei4 inser ou faire au même moment ou eu d*autre9 temps*^ .^i^ Nous sommes amenés h nous proooncer dëfioithf ment, s'il se peut, sur le caractère réel de cette appareM| de liberté it laquelle nous avons dû faire une allu^ continuelle dans l'analyse des fonctions Yolontaires.

S xm.

Mm, liberté i é^A«i 4» lia ««««ilow j M»lnllon ^wm^ïamiwfm

Commençons pnr un aperçu historique d'une qu«iion qui a eufanlé tant de volumes et de controverses, tant d'équivoques, de sophismes, de contradictions el de chimères. Sans errer dans le dédale, il faut résumer le fort et le faible des invariables adversaires que nous trouvons aux prises dans tous les siècles et dans toutes les philosophies. Scrutons d'abord le système de la nécessité.

Si tout est nécessaire, si tous les actes humains sont prédéterminés, le langage universel est convaincu d'eitravagance- Il est ridicule de s'exprimer comme si l'on pensait que l'événement qui a eu lieu aurait pu ne pas être, et qu'un homme pouvait agir comme il n'a pas agi. Une grande partie des efforts qui ont lieu daosk monde et des discours qui s'y tiennent, bien qu'inévitables eux-mêmes selon la rigueur de la thèse adoptée, roulent donc sur un pivot chimérique , l'idée du fKmvoir être autrement et des futurs ambigus. Dès-lors la science et l'opinion sont en contradiction formelle. Cette

Page 1