‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 78 sur 193 · OBIBGTIONS CONTRE LE SYSTÈME DE LA NECESSITE · texte numérisé non relu

OBIBGTIONS CONTRE LE SYSTÈME DE LA NECESSITE

contradiction, le savant la subit, et il est tenu de TexpGquer, puisqu'il ne saurait arriver, quoi qu'il fasse, à en affranchir sa conscience d'homme.

Terreur de l'opinion ne reçoit pas une explication Ken satisfaisante de ce qu'on dit qu'elle fait partie, elle aussi, des choses nécessaires. Ainsi la loi de la nécessité impliquerait la fiction de son propre renversement, dans Tordre le plus élevé des phénomènes représentatifs? L'imagination, que Spinoza charge de tout le mal, : smit une protestation contre la vérité, et cela dans le j sanctuaire môme de la vérité, l'esprit du philosophe? f It a-t-elle un fondement plus inébranlable, cette raison ^, sur quelques définitions creuses, prétend démonter l'enchaînement rigoureux unique de tous les possi- Wes,etcomptesesad<jptes?D*aiIleursrignoranceoùnou$ temmes souvent des causes de nos actions n'explique ^pu comment nous croyons libres celles-là mêmes dont lès motifs nous apparaissent clairement ; et si l'obscurité de l'avenir était la seule base de l'imagination des tbturs ambigus, il faudrait que les hommes ne crussent jamais prédéterminés des phénomènes dont ils ignorent ^tafiferement les lois. Mais il n'en est pas ainsi. * Si tout est nécessaire, les jugements de moralité, les étions de droit et de devoir, manquent de fondement 'dans la nature des choses. La vertu et le crime perdent "^fcur caractère ; des sentimeiits, des passions, comme fkiepet, l'espérance, la crainte, le désir, changent de U^s, et ne se comprennent plus tels qu'on les observe. 14» phénomènes sont tout ce (fuiU peuvent être, et ' wnis devrions réformer nos maximes et nos humeurs

3S6 0BJSCTI0K9 COHTKl Ll STSTÏME DS LA HSCASS1TR.

$i nous le pouvions. Il est absurde, en effet, d'appréA Tacle de ranima) homme avec d'autres règtes que Yèm de ranimai quelconque, ou même que la modificatioa utile ou nuisible d*UQ objet inanimé. H ne faut phu parler de crimes, il fout parlen de loups et de lempél^l il ne faut plus citer des actions vertueuses, il faut rodll* trer dinoITeusifs agneaux et des plantes bienfaisanlÉ La justice n*est plus juslice pour réprimer, elle estolil^ cution : on tue un ennemi, on étouffe un enragé, Sf^ noza Tentendait bien ainsi ; on ne jug?e pas un MÉ^ blable. Mais il faut plaindre^ aimer, sauver des hoiMft que la fatalité des circonstances pervertit ou entralttf ! Pourquoi cela? Vous pouvez éprouver cette faiblesse, d'autres la surmonteront. Mais nous sommes tous soli' daires, et dans le bien et dans le mal? Est-ce une raisos de tant ménager ce qui pèche, au lieu d'extirper les membres gâtés? Ce n'est pas du moins en se fondant sur le droit qu'on répondra. Qu'est-ce que le droit? Chacun suit et suivra son tempérament, en cela comme en tout, et ce qui devait être sera.

Il n'a pu exister un devoir de faire ce que l'événement a prouvé n'être pas possible ; il n'a pu exister un droit de réclamer ce que l'événement a déclaré ne devoir pas être : nous admettons en effet que les seuls possibles d'entre les futurs imaginés sont ceux qui se réalisent. Donc, ni droit ni devoir dans le passé, en dehors de ce qui fut et de ce qui est. Donc aussi, ni droit ni devoir dans le présent , car notre ignorance peut bien faire que nos passions s*appliquent à l'impossible, et le jugent bon, ou que l'imagination constroise

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un ordre des choses plus satisfaisant que celui de Tex-

périence, mais non que l'impossible soit exigible.

fnfin, si tout est nécessaire , Terreur est nécessaire

; aussi bien que la vérité, et leurs titres sont pareils, à cela

[ près du nombre des hommes qui tiennent pour Tune ou

pour l'autre, et qui demain peut changer. Le faux est

donc yrai, comme nécessaire, et le vrai peut devenir

; bnx. La démence n'a contre elle que sa faiblesse , et

lei opinions erronées que leur inconsistance. Mais nous

jporons si la nécessité ne tient pas en réserve une rai-

ion nouvelle, qui ruinera jusqu'aux fondements notre

nison d'aujourd'hui , et au jugement de laquelle nous

ne serons plus un jour que ce que sont les fous à nos

[' |eux. La même loi qui nécessite l'erreur peut lui donner dès maintenant plus de portée que nous ne croyons, et plus tard nous condamner en masse... en nous graciant, puisque nos pensées aussi sont nécessaires. D'ailleurs le nombre est petit des initiés à cette loi du monde. Les autres s'agitent pour changer leurs destinées ; eux seulement pour s'y conformer. Tous disputent nécessairement, et nécessairement aussi leurs disputes sont frivoles. Où est la vérité?

Quand on ajoute à la doctrine de la nécessité celle du progrès du genre humain , on perd le vrai sens de oelle-ci, mais on ne rend pas l'autre plus morale. Si, en effet, l'humanité procède du faux au vrai et du mal au bien dans le cours des âges, et que tout soit nécessaire, tout est légitime aussi. On juge alors du vrai et du bien, comme de ce qui est nécessaire, par l'évène-

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ment. 0(ez quelques vérités permanentes et quelque passions constantes et constamment approuvées, qo ne s'étendent pas bien loin et qui même ne s'établisseni pas toujours sans lutle et sans revers/ tout le surplus du domaine de la conscience est livré à Tincertitude, d nous chercherions en vain une base immuable. Nous sommes toujours dans le faux et dans le mal, en attendant mieux, et nous nous y mouvons ; et nous somma toujours aussi dans le vrai et dans le biSn , que nooi réprouvons et détestons peut-être. Ainsi les événemenb perdent toute moralité dans cette théorie. De plus, li participation que nous pouvons prendre aux faits et b direction de nos efforts se mesurent exclusivement, a nous les croyons nécessaires, ou sur les passions qui nous dominent, ou sur ce que nous attendons de IV venir, en vertu de nos calculs et d'une application supposée des lois de l'histoire : mais dans l'ignorance réelle de ce qui sera, et au milieu des continuels exemples de démentis donnés à notre attente, nous serons résignés, inactifs, tristement indulgents ou médiocrement satisfaits vis-à-vis de ce qui est et de ce qui se fait, si nous sommes sages; tandis qu'animés d'une conviction téméraire, fanatiques pour atteindre à nos fins par les moyens quelconques dont la grande loi de la nécessité se sert elle-même, à ce que nous croyons, tous les crimes et toutes les infamies nous seront licites. Tels sont te résultats que produirait la croyance à la prédétermination universelle des actes humains , s'il ne s'agissail point d'une théorre, et si le croyant était capable de se

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