‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 80 sur 193 · OBJBCTIONS CONTRE LE SY3T&ME DE LA LIUERTË · texte numérisé non relu

OBJBCTIONS CONTRE LE SY3T&ME DE LA LIUERTË

e déterminer ou sans motif, ou pour un motif insuffipntà ses propres yeux, ou enfin indépendamment de 0ttt motif présent. Ces conditions sont équivalentes. Ikmc nous l'approuvons ou le blâmons au fond de s'être léterminé indifféremment; c'est-à-dire que pour ce seul et même acte nous l'approuvons, si par hasard la détermination est conforme à notre motif; nous le blâ- Dons si elle y est contraire. Peut>on rien imaginer de plus absurde? Mais l'absurdité n'est pas reprochable nu théologiens, premiers auteurs de cette théorie. Ceux-là pouvaient simplement accuser Tbomme d'avoir osé de sa liberté en présence d'une impulsion sumahirelle qui la lui rendait inutile, et d'autant plus que« livré à lui-même, ils le déclaraient incapable de tout hien : il est donc naturel que la volonté n'eut à leurs yeux rien de commun avec le mérite; en la déclarant ÎMlifférente, ils ne lui étaient rien qu'elle n'eût déjà pisrdu. Les théoriciens philosophes qui ont défendu la liberté d'indifférence n'ont pas cette excuse à faire valoir. Il est vrai qu'elle est triste.

Quand nous consultons l'esprit des lois pénales de tous les peuples, la même objection se présente. La loi qui condamne une action accuse le coupable comme ajant méprisé certains motifs pour en suivre d'autres, et non parce qu'il aurait agi avec indifférence. Sans cela, ce n'est pas l'usage de la liberté qu'elle accuserait (l'usage en tant qu'indifférent est irresponsable) ; mais c'est la liberté même, ce qui est ridicule.

Enfin, un indifférentiste conséquent devrait reconnaître qu'une affirmation réfléchie quelconque, en qua-

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lilé d*acte ou mode de la volonté, est afiéctée de l'indit férence de cette dernière» au même titre qu'unerésolutÎQB d'agir* De part et d'autre il y a délibération , oom|Nh raison de motifs et décision de conscience. La volmilé se déclare intérieurement dans un cas comme dan l'autre. Alors l'homme ne serait pas déterminé à s'aflb«mer la vérité de ce qu'il juge vrai I La notion de vàîié n'est pas moins incompatible avec la liberté d'indiflEi» rence que ne l'est la notion de moralité.

Les objections que je viens de présenter ne se trouvent ni définitivement élucidées ni sans mélange desophismes, dans les ouvrages où le déterminisme est appuyé sur l'analyse des faits de conscience. AnUm Collins, réputé le plus habile avocat de cette cause* approfondit la question moins qu'il ne semble, et n't guère que le sentiment de sa force. Sa conclusion est d'ailleurs vicieuse. Hais en corrigeant ses argumenli critiques je les ai, je crois, rendus inattaquables.

Les deux écoles entendues et réfutées l'une par l'autre, le problème reste tout entier. Les adversaires établissent d'une manière en quelque sorte extérieure les inconvénients de leurs systèmes respectifs ; mais ils ne saisissent pas le vice intrinsèque des raisons qu'ils allèguent, et cela se comprend, car il est le même des deux côtés. D'ailleurs les raisons ne sont pas directement concluantes. Aussi sont-elles rebattues indéfiniment, et toujours en proportion de ce qu'on les formule pins mal.

Nous avons vu l'indifTérentisme imaginer une volonté

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épairée do jugement, séparée de Thomme, hors-d'œuTre k la conscience, impulsion gratuite, pouvoir insaisis- ÉUe • cause absolue et chimérique introduite dans fordre de la réflexion et de la délibération. Mais, chose ftrange I le déterminisme s*appuye sur une fiction pafflille. Seulement, au lieu de faire la volonté se mouvoir f éDe-méme, il suppose qu'elle est là pour céder à des WNiYements communiqués, semblable à une balance ùmt les plateaux...; y omets le détail d'une comparai- MNi consacrée, que Leibniz reproduit et approuve graniement. On part de ce point de fait, qu'une déterminaion réfléchie ne se déclare jamais sans la représentation ffun motif. Ce motif est tiré des lois intellectuelles et ■orales de l'honune, ou de ses impressions et passions fiopres ou communes, modifiées selon les circonstances. Cda posé, il suffit de considérer la volonté comme une dose à part, pour prouver aisément qu'elle est déterinaée dans la mesure même où elle est motivée. « En cfiet, dira-t-on, lorsqu'à un certain moment d'une déibération, tel motif de se déterminer semble suffisant, deda nonobstant tout motif contraire, on se détermine. On ne pense pas : j'ai toute raison de me résoudre à ceci, ou je désire vivement faire cela, mais ma volonté MHS motif supérieur en dispose autrement ; on pense : CCI événement me décide , cette raison me détermine , ce motif me résout. Quand divers motifs se combattent, et qu'aucun d'eux ne parait suffisant contre les autres, on le juge en suspens ; et s'il en est un qui s'oppose à de violentes impulsions, et qu'on estime encore le plus poissant, on juge qu'on résiste. Enfin tout motif insuf-

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usant cède la place i d'autres, examiaés tour à tour, jusqu'à ce que s'établisse le prépondérant, celui dcvâot lequel les représentations opposées faiblissent et s éloignent. Alors le parti est pris, • Cette analyse comprend tous les cas, les faits sont constants, et on conclut : k volonté suit toujours la dernière détermination ii l'entendement. Il en est d'ailleurs des moments successifs de la délibération comme du dernier, à cela près que les jugements inclus, au lieu d'affirmer, suspendeiit ou nient. Ce sont autant d'actes de la volonté motivée et déterminée, mais n'impliquant aucune conséquence^* terne.

Sous une forme, sous une autre, avec plus ou moioi de force et de clarté, ainsi s'exprime le déterminismCp Le langage seul varie selon les préjugés des auteurs, qui accordent une part plus ou moins grande aux passions ou à la raison dans les déterminations humaines, et qui d'ailleurs n*ont pas une égale habileté dans l'art delà mise en scène des mots. Or cette analyse est irréfutable, dès que Ton consent à se flgurer une volonté séparée delà représentation inlellecluelle et passionnelle. Cette volonté-lii, par le fait de sa séparation, ne peut être qu'indifférente, et c'est parce qu'elle est indifférente, qu'au lieu de lui reconnaître une action propre, commele veulent ridiculement quelques philosophes, on est en droit de la faire passive et nécessairement déterminée par ses motifs (motifs que la conscience elle-même se trouve dès-lors nécessitée à juger prépondérants). Au contraire, contestons que, en dehors des impressions reçues, il se pose jamais, dans la délibération propre-

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