‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 91 sur 193 · CERTITUDE. INCERTITUDE CROYANCE · texte numérisé non relu

CERTITUDE. INCERTITUDE CROYANCE

(lent el obtiennent des réponses convenues. Parmi les philosophes, les uns ont dit que certainement la certitude existait, d'autres que certainement non, el un petit nombre, plus avisé, que cela même était incertain. Les sceptiques triomphaient à bon droit de la mésintelligence des dogmatiques : comment osait-on parler d une certitude qui ne sait se faire reconnaître de tous, et qui n'enseigne pas constamment les mêmes vérités à ses adeptes ?

Que la certitude existe ou n'existe pas, soit une réalité ou une chimère, cependant en la cherchant, que cherche-t-on, et que trouve-t-on en pensant Tatleindraî Un détour très simple nous permettra de répondre à cette question et d'engager ainsi notre recherche.

Le contraire de la certitude, quant à la conscience, est l'incertitude. On est incertain quand on doute. On ne doute point dans l'un de ces trois cas : quand on voit, quand on sait, quand on croit. Mais de plus, en affirmant la chose donnée sous l'une de ces conditions, il faut ne point se représenter la possibilité de préférer l'affirmation contraire; plus encore, il faut se représenter une possibilité semblable comme universellement inadmissible dans les mêmes circonstances. On dit alors que Ion est certain.

De ces trois termes, voir, savoir el croire, la croyance, ou ce qu'on nomme ordinairement ainsi, semble le moins propre à assurer cette stabilité parfaite d'une aflirmation donnée, car on rapplique à des cas pour lesquels une autre personne, ou la même en d'autres temps, sous d'autres impressions, avec d'autres con-

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naissances, asseoit des jugements différents. L'expé* lience ne prouve que trop ces sortes de changements. Crwe. dira-t-on, c'est précisément affirmer sans voir et sans savoir, sur des éléments incomplets et qui peu- Tent varier; aussi Fbomme sage doit-il frapper d'un certain coêficient de doute tous les actes de croyance ^'il fait et qu'il est moralement obligé de faire.

Mais changeons de point de vue; la question parait loafe autre. Quelque rigueur qu'on veuille prêter aux Icnnes voir et savoir, et pourvu que leur application ■• soit pas entièrement exempte de jugement, c'est un U incontestable que la divergence radicale, continuelle Dt foojours renaissante des affirmations des écoles philosophiques, qui prétendent n'avoir d'autre fondement ^ele voir et le savoir. Ainsi la croyance ne varie pas Mide. Dans la vie, comme dans les doctrines, il arrive ^'on pense voir ou savoir maintenant une chose, et i|Bep]us tard on pense voir ou savoir le contraire. Si l'erreur n'est pas le lot commun de la vie, elle l'est de Pi philosophie ; tous les philosophes en conviendront, A*ns ne s'accordent pas entre eux : or ce que les

BDées de la vie nous offrent de vérités générales, I, constantes et concordantes ne peut être relevé,

unie et classé que par une philosophie. D'après cela, I semblerait que de nos trois termes, celui de croyance

[le plus générij et enveloppe les deux autres. Nous fcrrions dire que Fon croit voir^ que Fon croit savoir^ Ifrajours que Ton croit. La croyance alors ne serait lu pour nous le caractère d'un jugement des plus vailles et des plus difficilement motivés ; elle serait l'état

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