‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 93 sur 193 · CARACTÈRES DU DOUTE, ÉLÉMENTS DE LA CERTITUDE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU DOUTE, ÉLÉMENTS DE LA CERTITUDE

pris que certains faits donnés pour la conscience ne se trouvent pas toujours avec d'aulres faits dans cet accord, et ne se classent point parmi les termes de cette série dont j'admets que la réalité dépend et se compose. Les iBosions des sens, les leurres des songes, ceux de l'hal- IndDatioD sont des exemples rebattus en philosophie, mais qu'il faut toujours citer. Le cas le plus frappant, le type de cet état, quant à la suspension du jugement, représente entre la veille et le sommeil, et quelquefois ëans l'un et dans l'autre, lorsqu*un homme se de- «Jkande : Est-ce vrai, ne révé-je point? ^ Passons du sensible à l'intelligible. Ici encore je me ii&e de la spontanéité d'un premier jugement. Si la réion se prolonge, elle peut aller à l'indéfini. Il arrive ^ae, après avoir consulté ma mémoire, exercé mon imagination, appliqué ma raison, ou, dans une sphère ^ (dus vaste, après avoir exploré des faits, approuvé, reijelé des opinions , critiqué des théories , une vérité ne ■e semble pas nette, un parti décidément satisfaisant. Je doute, dans l'ordre de la science et dans celui de la intique, lorsque, voulant accomplir le cercle de l'analyse et de la synthèse de mon sujet, des termes m'é- ^«happent, ou que je considère Tobscurilé des points d'attache de leurs séries avec d'autres séries de phénomènes, dont je crains de les séparer. Dans ces divers CI8, l'incertitude provient de ce que la représentation ioleUectuelle est incomplète, et de ce que je la sais telle ; , tl jeme dis n'être pas sûr, n'être pas fixé, ne pas comi Vnndre, en un mot ne pas savoir.

Tout à l'heure je voyais et je ne savais pas. Mainte-

Pi

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nant je soi» imparfaitement, et c'est eocore ne pis » voir. Au point de vue de la 'sensibilité, au point de me de l'entendement et de la raison, Tbomme est inoertaÎD parce qu'i/ ne êait pas.

D'autres fois, je sens que je doute, à l'égard de bili éloignés ou latents, ou même d'objets qu'un peu d'activité me permettrait d'atteindre, ou en présence deee^ taines fins que je pourrais poursuivre ou éviter si mot cœur les déterminait énergiquement comme des bien ou comme des maux, parce que l'existence des anB,k réalisation des autres n'éveille en moi ni un vif inférili ni des afiections profondes ou persévérantes. H ert même des hommes que rien n'attire, qui ne repoui rien que mollement, et ne s'attachent à rien. Celui qdj leur ressemble en quelque rencontre, ou pour une co*taine sphère de vérités, est incertain parce qu'il est sans passion : il ne se pa$$ionne pas.

En dernier lieu, dans les luttes intestines de la conscience , lorsque des passions contraires déchirent l'homme et que des représentations opposées du bien , combattent dans son cœur, lorsque de tous côtés 3 \ semble se sauver et tout k la fois périr s'il se résout, il est faible, chancelant, partagé et comme ne s'apparie* nant plus à lui-même. On dit qu'il est sans volonté, el, en effet, il est incertain parce qu't/ ne veut pas.

Ce même caractère s'observe , pour un état moins violent et moins passionné, dans ce genre si commun des hommes du torrent, que la faiblesse ou le défaut d'exercice des fonctions réflexives rendent le jouet dei événements et des idées, et qui, livrés sans défense au

INDISSOLUBILITK DES TROIS BLfiMBNTS. 377

lansées qui les traversent, vivent et meurent sans s'être unais témoignés en possession d'une certitude quelnuque qui fût leur œuvre. Il en est aussi, dans l'ordre spéculatif, dont la réflexion ne s'emploie qu'à ne pas Bondure; et ceux-là, la même volonté qui pourrait les laire certains les tient dans l'incertitude.

n y a trois manières de douter, pour ainsi parler : pu ^ard à l'intelligence, ou à la passion, ou à la volonléï H y a <lonc aussi trois formes de la certitude, ou au ipdns trois éléments inégalement distribués d'un seul |l même acte réfléchi , dont nulle des trois grandes Iwctions humaines ne saurait être écartée. Nous ne ■Mivons rien affirmer en effet systématiquement, ni lins une représentation quelconque d'un groupe de apports comme vraie , ni sans un attrait de quelque lyiture qui nous porte à nous engager ainsi dans la vérité aperçue, ni sans une détermination de la volonté ^se fixe, alors qu'il serait possible, ce semble, de iMrprendre le jugement et de chercher de nouveaux

F tifs et de nouvelles raisons, ou de s'abandonner simment à tout ce qui se présente.

Mais ces trois éléments distincts sont-ils vraiment inébsolubles? Nous devons le conclure d'abord d'une considération générale, celle de l'intégrité de l'homme dans chacun de ses états et de ses actes réfléchis. A l'enimble des preuves qui résultent à cet égard de l'ana- Ijie des fonctions humaines (ci-dessus § vi-xii), ajoutons l'observation constante des faits de génération, Cdt&ration, de lutte, de destruction et de renouvelle-

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ment des systèmes, dans tous 1p.s ordres de coaoaiHsances. J'écarle pour un momenl cette part mîûime de vérités qu'on eslime de pur raisonnement, ou d'observation pure, ou de jugement nécessaire et universel. L'élément de insible ou rationnelle est

partout, et on as. Vêlement passionnel

et Télénicnt v ï visiblement dans toutes

lesatllrmationsr Ua ie età la conduite. Enfin,

si les doctrim indépendamment d'eui,

elles ne serale les, si divergentes, et les

sciences elles-r eraient pas si habituelle-

ment sur los faits acquis, mais se développeraient d*ime marche toujours régulière, et banniraient toute conlroverse. On u vu, on voit encore jusqu'aux mathémaliques avoir leurs sophismes, leurs erreurs, leurs trouvailles impossiblf^s; et l'exemple d'Hobbes, un remarquable logicien qui prélendit réformer les principes d'Euclide, se reproduirait plus souvent peut être si les écoliers, si les maUres eux-mêmes se défiaient moins de leurs propres forces et ne déféraient plus qu'on ne croit A l'autorité traditionnelle en même temps qu'à k raison abstraite.

Mais puis-je admettre quelque part de purs ratscnnemcntx, une observation jiuro cL àes jugements nécessaires : nécessaires dans le sens d'une parfaite impossibilité de les frapper d'un doute quelconque? Et n'est-ce pas là reconnaître des vérités que ni la passion ni U volonté ne concourent à poser?

Je les admets, quand je ne songe à leur opposer qu^ cette grossière intervention des passions, des croyance*

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et de la libcrlr, qui vieniKMit quolqucfuis alh.Tor les données ou les conséquences d'une spéculation scientifique où la raison et l'observation doivent dominer: nous verrons plus loin comment ces derniers éléments dominent en effet, et dans quelles parties, et ce qu'on peut en conclure. Je ne les admets plus, lorsqu'il s'agit de sonder profondément l'essence de nos aQîrmations. au moment même où elles se produisent sans autre garantie que celle d'une conscience individuelle, et en présence d'un doute possible touchant la rectitude d'une opération ou la vérité d'une représentation particulière; doute qui les atteint et qui les accompagnerait toutes ; s'il n'était doublement exclu, et par notre volonté d'ar- ■ léter quelque chose, et dans l'intérêt des fins que pour- F suit notre pensée. Pour ne point s'accuser ici d'une rigueur exagérée, il faut se rappeler la nature de la ques- ^ lion, supposer un homme exempt de toute habitude et indépendant de toute autorité, ce qui n'a presque jamais lieu, et le voir tel qu'il est en face d'une idée tout à fait nouvelle. Il faut songer aussi à la sévérité que le sujet exige, et à la nécessité de ruiner des abstractions que leurs auteurs sont parvenus à établir comme des réalités dans le domaine public. C'est la prétention anrienne et tenace des partisans d'une certitude abstraite, dmnérique, et pour ainsi dire détachée de la nature humaine, qui oblige le philosophe sincère à relever à son tour ce qu'une affirmation , quelle qu'elle soit, a de relatif à la conscience, et par conséquent de contestable aux yeux de cette conscience môme , & l'extrême rigueur, dès qu'elle dépasse la portée de ses phéno-

ÉLÉMKNT VOtONTAIRE*

mènes actuels et immédiats. Il est vrai que ce qui est ainsi contesté doit ensuite élre rétabli, mais sur d'autres fondements, et plus solides, s'ils sont plus vrais. Au reste, il ne s'agit pas de rassembler sur nouveani

frais tous ces r cartes appelait Chacun peut les ils ne laissent ri ce que nous ai fonctions hum part que la pa jugement.

s( pticisme ancien, que Des* ps une viande rcmâckie, s les livres de Sextus. où lecteur inleUigenl. Après eurs que comportent les 1 d'établir nettement k ^nté prennent dans tout

A IV^gard de l'élément volontaire, d'abord, on dùitle considérer selon chacune des deux hypothèses, la nécessité, la liberté. Suivant la première, la volonté rentre dans la passion ou dans l'intelligence. Or Texistënce de l'erreur est un fait continuel et universel qu'on ne pourrait nier qu'en s'engageant à supprimer toutes les discussions établies sur tous les points dans la philosophie, et perpétuées dans son histoire. Les erreurs étant nécessaires, si tout est nécessaire, tombent nécessairement à la charge de la nature. Donc on ne saurait ni les imputer à la personne qui n'a pu les éviter, ni assigner pour les faire disparaître un moyen sûr et que quelqu'un ne juge point erroné, toujours nécessairement, & moins que l'expérience ne prononce à la fin, et que l'unité ne se fasse dans les esprits. En attendant ce jour, l'établissement d'une preuve de la certitude est impossible en dehors de l'individu qui pense la possé-

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der. Cet individu lui-même serait plus sage, si, en pré* gencede Tamas flottant des contradictions dogmatiques, il tempérait en lui Torgueil de Spinoza par le doute de Hume ou le criticisme de Kant ; car les faits parlent plus haut que son système.

En supposant l'accord de tous les hommes sur toutes choses, quelle fyreuve aurions-nous qu'ils ne sont pas tous et toujours nécessairement trompés? Ce n'a-t-il pas été le dogme d'une grande religion, que le monde natérielt la nature entière ne sont qu'illusion? Desartes a-t-il répondu bien rationnellement à son objection hypothétique du grand trompeur ? Et si la loi universelle exige que tant de membres de l'humanité aient vécu et soient morts , vivent et meurent tous les jours , dans l'erreur, pourquoi l'humanité en masse aurait-elle Lui meilleur partage dans l'immensité de l'univers ? L Reste l'hypothèse de la liberté, la seule où le sens de h volonté soit net. Il est clair que, spéculativement, affirmation peut toujours être suspendue par la yensée d'une erreur possible. Dès-lors, la certitude ne te formera plus dans une conscience, que la volonté l'en ait exclu cette pensée une fois conçue, cette pensée de la possibilité d'une erreur. Quand et comment un ne peut-il se dire certain de ne pas se tromper, Main d'atteindre, au-delà d'une impression actuelle, hiéalité des rapports externes qu'elle pose devant lui, rtdeceui qu'il s'attribue à lui-même, et qui forment sa (OQsdence dans le passé? La mémoire (et où la mémoire i'«&tie-t-elle pas?) appuyé sa véridicilé sur une aflfec- ^ qui ne saurait aller plus loin qu'elle-môme : on

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saisit cela, qu'on pense ne se point tromper^ et quon le pense de toutes ses forces, pour ainsi parler; mois non ceci, qu'en cela m(>me on ne se trompe point. Les perceptions qui emportent Texistence de leurs objeU [en quelque sens qu'on it{ ide, car la question viendra plus tard) r a; t marquées d'aucun signe externe auquel istinguer des imaginations des songes, ou s hallucinantes. Si ua td signe était donn^ ï chaque état d'impression eut son cara insible et immédia temeni saisissable, on r le règne des illusions occuper le tiers de la vie humaine, et absorber Texislenco entière de tant de malheureux qui pour tHre retranchés de la société ne le sont pas de rhuuianité, 11 faut donc chercher un signe distinctif interne, et qui réside dans l'acte mOme de la conscience ; or, on ue le trouvera pas simple, immédiat, instantanément manifesté : la dis* tinction voulue dépend d'un exercice régulier de la réflexion, et par conséquent de la volonté* Ainsi la certitude de ne pas rêver, ou de nYHre pas fou, suppose la présence active de cette fonction que nous avons vue se trouver inerte ou suspendue dans chacun de ces deui états. Avec la volonté intervient Texamen ; avec Vexamen, un certain doute que la volonté peut appeler, maintenir, éloigner; contre ce doute, enfln, une détermination qui n*esl jamais exempte de quelque cro} ance* et où rhabitude , l'autorité et le témoignage des aulrcî hommes se font naturellement une grande part.

Outre les perceptions et les faits de mémoire, il n'jf a plus que le jugement et le raisonnement dont on ail

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pQ penser que les objets sont de nature à être immédiatement saisis dans un acte de l'intelligence pure : le raisonnement, qui relie une série de termes par le principe de contradiction ; le jugement, quand la conscience le pose comme nécessaire. Mais l'une et l'autre de ces fonctions exigent la distinction et l'identification des phénomènes, une pluralité d'actes séparés, puis rapprochés, c'est-à-dire l'exercice de la mémoire. De plus, le raisonnement et les jugements analytiques, malgré Yévidence qui les accompagne, ne laissent pas de courir quelque danger de sophisme et principalement d'équivoque, en sorte que pour s'établir solidement ils appellent la réflexion et tout ce que la réflexion entraîne. Hais supposons-les pleinement évideAts d'euxmêmes, ils laissent la conscience où ils la trouvent, à moins que des principes, des jugements synthétiques n'interviennent dans leurs séries. La démonstration ne souffre ni cercle vicieux ni développement infini ; elle implique donc des principes indémontrables, qui sont des synthèses à prendre toutes formées. Examinons ces synthèses.

Les unes sont des données de l'expérience, les autres des formes de la conscience même. Les premières sont à recueillir par l'observation, qui exige, et une considération attentive des phénomènes , et l'abstraction de plusieurs d'entre eux pour laisser paraître le lien de quelques-uns, et enfin la généralisation, par laquelle l'expérience est toujours dépassée, tantôt sans qu'à notre connaissance elle proteste jamais, et souvent tout au contraire. Cette suite d'opérations ne se conçoit que

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dans Tensemble des fonctions de rhomme , et conduite par la réflexion, qui en confirme les conséquences. Or, si l'on s'en tient, dans cet ordre de faits, à ce qui eit d'observation pure, on n'atteindra point à une autre certitude que celle de la perception, dont nous avons déjà parlé ; et si l'on dépasse cette limite, on domie entrée à des jugements d'une autre nature. Quant à w formes de la conscience, à ces rapports généraux qâ s'affirment pour lier des faits par anticipation, et pour les régler (et il faut comprendre ici le principe de contradiction, source des jugements analytiques) toutes ces affirmations, de quelque évidence qu'elles s'accomptgnent, avec quelque force qu'elles s'imposent, ne sont pourtant pas telles qu'on puisse entièrement les dégager de l'exercice de la réflexion, et par suite de la volonté. En fait, le principe de contradiction même a été nié par des philosophes. On a vu Leibniz s'efforcer de faire recevoir, à titre d'évidence et comme fondamental dans la raison humaine, un autre principe constamment rejeté par d'autres écoles. Il n'y a point enfin d'axiome, point de jugement si nécessaire , de ceux qui forment des synthèses, qu*il ne réclame un certain examen quand il s'offre à la pensée pour la première fois. Écartons l'autorité (1) et les habitudes ; qu une affirmation soit nou* velle, imprévue, aussi claire d'ailleurs et aussi frappante

(1) J'entends par autorité, quand il s'agit de la cerûtuda, rio* fluence quelconque exercée sur le jugement individuel par le jugement d'autrui. L'histoire toute entière , l'histoire des idées et cMIe de la philosophie même, témoignent combien cette influence est grande.

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pi'on voudra, il s'y trouvera toujours place pour un emps quelconque de doute. Celui qui pense obtenir me certitude instantanée s'expose à acclamer Tévilence de propositions fausses : on en a de continuels memples chez les écoliers en mathématiques. Puis, piand agissent l'habitude et l'autorité, qui contribuent 0ujours et dans une forte mesure à faciliter l'allirmalion et à l'assurer, leurs effets se passent au compte Snne vertu profire du jugement actuel et qui le mettrait en possession directe et immédiate du vrai. Cette pos- MBsion, indéfinissable parce qu'elle n'existe point telle, OB l'appelle vaguement évidence, et l'on croit avoir tout dit. Ce que l'on retire ainsi à l'exercice volontaire de la nàson, au fond et en général ce n'est pas à la vision ou àrintuition qu'on devrait le rapporter; ce n'est à aucsn de ces symboles de la vue qui s'appliquent si mal & des principes comme la causalité par exemple ; mais ^est à un instinct, à une force inhérente à notre nature. ^ Viostinct est une passion naturelle, constante, irréfléchie; la raison, alors môme qu'elle tient le plus de rtttte passion, a de tout autres caractères. Pourquoi? iîtoce qu'elle ne se sépare point de la volonté. Et peut- ^séparer de la raison les notions rationnelles?

Quoiqu'il en soit de ces considérations dont le développement complet exigerait ici trop de détails histoft<iues et critiques, divisons la fonction alfirmalive de la wnsdence en deux formes qui comprennent tout : l'opÉtation discursive, et celle qui n'embrasse ou semble tfembrasser qu'un moment de la pensée. A la première

**appliquece qui a été dit ci-dessus de la condition do

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mémoire, et l'autre encourt les mêmes difficultés sceptiques qu'on a signalées de tout temps dans le fait de perception. C'est assez pour conclure, non certes qu'il* faut douter partout, encore moins que le doute précède effectivement toutes les affirmations possibles, mais ceci : que la fonction inlellective humaine, aussi pun qu'on voudra, étant appliquée à la sensibilité'' ou aux phénomènes rationnels, puis étendue au-delà d'ellemême et de l'instant présent , l'intervalle est toujoun suffisant pour qu'un certain doute spéculatif puisse s'y poser. Ce doute extrême, à quelque degré qu'on l'atf i ténue; il suffit que la possibilité en apparaisse : ausâ- i tôt la volonté, qui est la représentation même en tauli qu'appelée, maintenue, ou éloignée, vient) prendre sa ^ place dans la conscience, et dès-lors l'indissolubilité des fonctions humaines se substitue pour le philosophe à ki chimère de l'entendement pur. i

Maintenant il n'y aura qu'un mot à dire sur l'élément j passionnel de nos affirmations : c'est que là où l'élé-j ment volontaire intervient, il intervient aussi. Lorsqu'il s'agit des jugements où Tentendement domine, et de ceux qui suivent spontanément les sensations dans le très grand nombre des cas, la clarté, la force d'une représentation, tout ce qu'on a coutume d'appeler éridence agit à la manière des passions qui se rapporleal à des fins et déterminent des actes. La ferme apparence du représenté dans la sensation, Ténergie logique dei catégories dans les phénomènes de la raison, sont de ■ véritables formes passionnelles, en ce qu'elles porlefll-'^

ELfiMENT PASSIONNEL. 387

■Ole en Tue d*un but : l'acte est ici le jugement, et (t incontestablement une fin que cette assiette de la iscience dans le savoir ainsi obtenu ; une fin qui prée les autres fins que Thomme peut poursuivre , et défaut de laquelle elles s'évanouiraient toutes ; une qui comprend à la fois et le but désintéressé de l'ée et de la science, c'est-à-dire l'accession au rationet au vrai plutôt qu'à leurs contraires , et toute la le des conséquences utiles dont l'ensemble est la vie ne; une fin tellement indispensable que la réflexion losophique seule la discerne, et que l'immense ma- U des hommes la possèdent et s'y tiennent insépalement, comme les animaux font à leurs fins partii&res.

dse présente l'explication et la justification du terme imunément adopté , quoique peut-être un peu trop idu, du terme, dis-je, de jugement nécessaire. La e des affirmations primitives qui posent la réalité représentés, plus encore, s'il est possible, celles posent les lois propres de la conscience, doivent litre nécessaires au môme titre que le paraissent les ib quelconques de nos actes à un partisan de la néité, mais nécessaires d'une manière tout autrement Uigible. En effet, l'ordre du monde, tel que nous ivons le connaître , ne souffre guère de ce qu'un une accomplit ou non des actes particuliers que ses noDs lui proposent; mais le monde lui-même et la Mdence ne seraient qu'illusion pour nous si nous KtîoDs à cette passion unique et radicale qui nous rie à affirmer la réalité des lois, conditions formelles

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