‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 15 sur 79 · DU SECOND ORDRE DE LA CERTITUDE. LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

DU SECOND ORDRE DE LA CERTITUDE. LA LIBERTÉ

EU ÉGARD A l'eRREUR ET A LA VERITE. — LA RAISON PRATIQUE.

J'ai établi les points de réalité, soit principes, car ils ont la leur, soit phénomènes constants, dont l'affirmation compose un premier ordre de la certitude. Mais si faible ou si limitée que puisse paraître l'intervention du doute possible, et par suite, de la volonté d'affirmer, dans cet ordre, encore fallait-il en tenir compte. J'ai dû reconnaître que toute affirmation où la conscience se porte avec réflexion est subordonnée, dans la conscience, à la détermination même d'affirmer. Là se trouve l'explication, là la possession victorieuse du principe profond du pyrrhonisme.

Un second ordre de la certitude comprendra les décisions fondamentales qu'on n'a pas admises dans le premier. Il sera caractérisé par la place plus grande que le doute, les passions et la volonté occupent dans l'établissement humain, soit individuel, soit historique de la vérité. Un grand fait y projettera son ombre : le fait de l'existence d'un domaine des erreurs, des affirmations et négations diamétralement opposées, des vérités contestées, des croyances variables, de la lutte de la conscience avec elle-même et des consciences entre elles pour l'affirmation de certains principes essentiels.

Le principe de ces principes est la liberté. Le second ordre de la certitude roule tout entier sur l'interprétation des faits de la volonté affirmative : sommes-nous

libres, en notre for intérieur, ou sommes-nous prédestinés à croire, affirmer, nier, douter? Le problème remonte jusqu'aux vérités que nous avons posées comme les plus immédiatement certaines. En un sens, on l'a vu, il les infirme et les suspend toutes, quoique sa solution ouvre en même temps un champ nouveau. Il fait donc l'unité de la certitude, qui, par lui, est essentiellement pratique et humaine, jusque dans la constitution des lois les plus abstraites, jusque dans l'admission des données inhérentes à la pensée universelle. Quelle est en effet celle de ces lois et de ces données qui n'ait point été mise en doute ou qui ne puisse l'être en quelque manière .^^ Je ne rentrerai pas ici dans une discussion épuisée.

Après tout ce que j'ai dit en plusieurs lieux, et sous divers points de vue, de la probabilité d'existence d'une volonté libre, ou source de déterminations premières dans l'homme, et de l'impuissance où nous sommes néanmoins d'en obtenir une preuve de fait ou une démonstration logique, il est clair que la solution du problème ne peut plus être demandée qu'à la raison pratique. C'est une affirmation morale qu'il nous faut; toute autre supposerait aussi celle-là. En d'autres termes, la raison pratique doit poser son propre fondement et celui de toute raison réelle, car la raison ne se scinde pas : la raison n'est, selon notre connaissance, autre chose que l'homme, et l'homme n'est jamais que l'homme pratique.

Voyons donc comment la question se présente sous ce nouvel aspect.

Pour et contre la liberté, pour et contre la nécessité, s'offrent les considérations suivantes. Résumons-les, s'il se peut, sans les affaiblir.

Si c'est la nécessité qui est vraie, l'esprit trouve son repos dans la conviction de l'infaillible loi du monde. La science, qui vise à la synthèse universelle, voit s'ouvrir une carrière que nul véritable indéterminé ne

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