CONSÉQUENCES DE LA NECESSITE
chaque instant ce qu'il fait, vouloir que ce qu'il veut, désirer que ce qu'il désire. Supposons cette conscience inébranlable, autant que toujours présente, et telle en un mot qu'un maniaque pourrait seul la posséder. N 'arrivera- t-il pas de deux choses l'une, ou que le sujet mis en expérience, étant de nature molle, peu passionnée, se croira dispensé de tout ce que nous appelons elTort, lutte avec soi-même, lutte avec le dehors, courage, ardeur, peine volontaire, et que, abandonnant les choses à leur cours, il justifiera les effets de son humeur patiente ou de son cœur lâche par les arrêts du train nécessaire du monde .^^ ou qu'animé de passions violentes, et se croyant assuré d'un avenir qui comble ses vœux, il s'emportera à tous les excès du fanatisme, se commandant à lui-même les attentats qu'ordonne le ciel. Si c'est au contraire le désespoir qui l'envahit, il se plongera vivant dans la damnation et dans la mort de l'âme. Je parle de manie pour accuser plus fortement la vérité; mais n'avons-nous pas des exemples de ces caractères à tous les degrés, depuis le genre anodin jusqu'aux extrémités les plus sombres.^ Le dogme de la nécessité peut donc engendrer, chez l'homme qui le pratique sérieusement, l'inaction ou la fureur, la résignation ou l'enthousiasme, l'indifférence ou le fanatisme, mais, dans tous les cas, il le jette hors des voies de la morale naturelle et commune. L'existence de la raison pratique la plus vulgaire est une antinomie dans le système nécessitaire. Si la morale est vraie, cette nécessité qui la fait être se constitue en opposition avec elle-même. Si la morale est fausse, pareillement. Et, vraie ou fausse, la morale n'a guère moins d'universalité (jue la nature humaine.
Maintenant, confirmerons-nous par notre croyance une hypothèse que les instincts moraux de la conscience dénKMitcnt a chaque instant, et que combat dès lors la loi morale elle-même, ce grand fait idéal de l'univers.^
ESSAIS DK CIUTIQUC OÉNI^HALE.