CONSÉQUENCES DE LA LIBERTE
pale matière, le type, l'unique type connu de ce que l'être a d'inaccessible, de cette source de faits premiers qui partout ailleurs lui échappe, et qu'elle ne peut que vainement s'eflbrcer de définir en dehors de tous rapports, par delà les bornes du monde intelligible.
Est-il donc vrai qu'il faille acheter la croyance à la liberté au prix des terreurs et des scrupules excessifs ,^ continuels, et de tous les fantômes de possibilité, pour ainsi dire, dont la conscience, soulagée du poids des chaînes de la nécessité, peuplerait le vide fait autour d'elle? La doctrine de la responsabilité morale aurait-elle pour effet de nous imprimer vis-à-vis de nous-mêmes une irrémédiable timidité, et comme une peur qui nous glacerait à la pensée de ce que nous pouvons ou devons faire, malgré l'ignorance où nous savons que nous sommes et de bien des motifs et de bien des conséquences de nos actions? Serions-nous ainsi frappés d'irrésolution?
lu, au contraire, l'orgueil de la liberté, l'exaltation de l'idéal librement réalisable, l'extrême rigueur des jugc-
lents de la conscience nous porteraient-ils à l'énergie
îs actes violents et attentatoires, comme nous avons ^u en un autre sens que la conviction de la nécessité le mouvait faire, selon la nature des tempéraments et des
iractères individuels? En face de nos semblables, la »ensée forte, iné])ranlable de la responsabilité personnelle nous rendrait-elle indulgents à l'excès dans nos jugements, parce que nous nous exagérerions notre ignorance des vrais motifs et des conséquences des actions humaines décrétées dans le for intérieur de cliacun? Ou plutôt, et plus souvent, nous montrerionsnous durs, impitoyables, irréconciliables à jamais avec ceux (fue nous accuserions d'un manquement à la niorak\ autorisés que nous nous croirions à cbarger l'agenlde la faute tout entière, sans en donner la moindre part auv conditions et circonstances externes qui n'ont pu rigoureusement la déterminer? En ce cas, la doctrine damnable de la damnation éternelle naîtrait de la
croyance à la liberté, aussi bien qu'elle peut naître du dogme de la nécessité. Spinoza et saint Paul consentent que le méchant, nécessairement méchant, soit nécessairement étouffé ou damné; à un autre point de vue, le délinquant, libre réceptacle du mal, sera-t-il librement et irrévocablement, une fois pour toutes, exclu par les bons du règne éternel du bien?
S'il en était ainsi, par la liberté comme parla nécessité, quoique sur des motifs tout contraires, la spéculation sortirait des voies de la raison pratique, du moins de celles qu'avouent les honnêtes gens de nos jours, et pour arriver aux mêmes conséquences funestes. 11 semblerait dès lors qu'un parti moyen entre la liberté et la nécessité serait le plus utile, et le plus propre à dégager la morale. Mais un tel parti n'est tenable, s'il l'est, que pour le mystique, pour celui qui, sans s'arrêter à la contradiction, sape les fondements de la science, ensuite n'établit rien de net et de compréhensible. La liberté et la nécessité ne sauraient être ni simultanément vraies, ni simultanément fausses, car, de deux choses l'une, ou les actes humains sont tous et totalement prédéterminés parleurs conditions et antécédents, ou ils ne le sont pas tous et totalement. C'est ainsi que se pose la question logique. Le doute serait donc notre seule ressource : mais le doute ne nous tire point de peine quant à la morale : s'il est souvent légitime en face des théories, il est la mort de l'âme dans les choses pratiques et touchant toute croyance d'où dépend la conduite de la vie.
Analyser ces difficultés, les résoudre jusqu'aux derniers détails, justifier la liberté par l'étude de la série des notions et des actes moraux, ne serait rien moins que composer incidemment un traité de morale appliquée. Mais nous pouvons en quelques mots aller au fond de la question et en donner la solution générale.
Ce parti moyen entre la liberté et la nécessité, cette