‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 20 sur 79 · SENS ET LIMITES DE LA LIBERTE 8S · texte numérisé non relu

SENS ET LIMITES DE LA LIBERTE 8S

synthèse qu'on regrette et qu'on s'efforce vainement de construire, la liberté définie et limitée, quoique maintenue en toute rigueur, la liberté qui la réfute la remplace. La liberté n'exige pas l'indétermination totale de certains futurs, même de ceux qui dépendent directement d'elle; l'arbitraire des décisions de conscience, l'absence d'origine motivée des actes, la négation des relations antérieures, le vide de toutes les lois déterminantes à l'entour d'une classe de faits, tel n'est point le caractère des événements libres. Quand de rares théologiens ou philosophes ont ainsi compris le type de la liberté, ils se perdaient dans la considération du premier commencement et de l'absolu devenir, posés dans la volonté de je ne sais quel être, dont l'existence antérieure devait alors demeurer pour eux sans fondement, quelques efforts qu'ils pussent faire ; mais la liberté humaine si nette qu'ils l'aient conçue, ils en ont toujours subordonné l'exercice à des conditions préexistantes et nécessaires. Toute autre conception eût été chimérique aux yeux mêmes de ces hommes qui ne craignaient pas la chimère, et qui l'ont bien prouvé.

Des exemples très simples nous feront comprendre comment des événements peuvent être frappés d'indétermination par le fait de la liberté, tandis que Tordre et les lois du monde subsistent concurremment avec celleci et l'enveloppent, l'enserrent de toutes parts sans l'aifecter quant à son essence. Ainsi, un mouvement musculaire commence une série de mouvements locaux dans le monde extérieur : ces mouvements sont soumis aux lois générales de la mécanique, aux lois physiques telles que gravitation, frottement, etc., et se déterminent en mille manières selon des conditions et circonstances nécessairement données. Le mouvement musculaire luimême dépend nécessairement des lois de l'organisme, et pour sa forme, son intensité, etc., et tout d'abord pour sa production. L'acte de volonté (jui précède ce mouvement, implicpie à son tour cet organisme, sans lequel on

ne voit point qu'il puisse être manifesté, et, supposant par là même l'ensemble des lois mécaniques et physiques, exige en outre pour son appui propre une suite antécédente de pensées, des faits d'imagination et de mémoire, et toutes les lois intellectuelles et passionnelles qui président au développement de la personne. Sous ces divers points de vue, le déterminisme est partout, et voilà comment existe un ordre universel dont pas un phénomène ne souffre être soustrait. Et cependant si l'acte de volonté est libre, son existence est indéterminée a priori, et avec elle l'existence de toutes les conséquences qu'il peut avoir. Les modes d'exister sont préordonnés et nécessaires; tout possible est en un mot nécessaire à l'égard d'une multitude de formes de sa réalisation, s'il se réalise : mais V exister lui-même n'est point préordonné, et des possibles peuvent ne se point réaliser. Il n'y a là nulle contradiction, et l'on voit que l'ordre et la plus entière détermination des choses qui sont, telles qu'elles sont, se concilient avec l'indétermination pure de certaines données de l'avenir.

Parmi les événements de tout ordre, internes ou externes, que l'automotivité représentative humaine appelle dans le champ des réalités, il n'en est donc point que, dans la thèse la plus franche de la liberté, nous puissions considérer comme nouveaux, à savoir d'une essence indéfinie et imprévoyable, ou qui n'aient leur racine dans le fonds commun des lois du monde, ainsi que dans le fonds personnel de l'expérience, de l'imagination et de la mémoire : tous ont des rapports préexistants et de tous côtés, c'est en cela même qu'ils sont possibles; mais il en survient de nouveaux, auparavant indéfinis et parfaitement imprévoyables quanta l'être, à l'être donné; c'est-à-dire que, un choix libre ayant lieu entre tous les possibles qui s'ofPrent pour l'avenir immédiat dans un cas particulier présent, tous, à l'exception d'un seul, deviennent impossibles à l'instant, et ce dernier passe de la possibilité à l'être, à la nécessité,

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