‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 31 sur 79 · POSTULATS DE TOUTE SCIENCE · texte numérisé non relu

POSTULATS DE TOUTE SCIENCE

sance qui ne serait pas la mienne. J'embrasse la certitude dont je suis Vauteur.

Et j'ai trouvé la. première vérité que je cherche. Si je considère la science en son principe, dans le principe de ses théories, quelles qu'elles soient, je déclare « la liberté condition positive de la connaissance, moyen de la connaissance » .

Et si je regarde à la science dans cet ordre pratique qui est le premier en dignité, qui est la connaissance de moi-même, j'écris hardiment ces paroles :

« La formule de la science : faire.

» Non pas devenir, mais faire, et en faisant se faire. »

DE LA CERTITUDE DES SCIENCES ET DE LEUR classification RATIONNELLE.

Pour se fonder régulièrement et procéder à leurs constructions propres, les sciences ont toujours dû demander et demandent qu'on leur accorde :

Premièrement, certaines thèses de réalité, soit principes, soit choses, qui sont ou des données de la conscience, ou des données de l'expérience, et qui impliquent la conformité de ces deux ordres.

Secondement, un usage correct des sens et des règles de l'entendement, l'exercice compétent des fonctions intellectives et réfléchies, l'exactitude des analyses et des synthèses partielles qui fondent la connaissance systématique.

Cette double concession forme un ensemble de vérités qui appartient, comme on l'a vu, au premier ordre de la certilude, mais sous une double réserve :

D'abord les thèses de réalité, soit principes , soit choses, n'ont leur valeur de certitude entière, universelle, qu'autant qu'on les borne à des formes ou objets de l'intelligence commune, exprimés avec des formules vulgaires. En réclamant des énoncés définitifs, des

termes complètement définis, des synthèses telles que peut seule les constituer une analyse préalable achevée, on exigerait que chaque science eût pour donnée première la conclusion de quelque autre, ou la sienne propre, nécessairement ignorée au début et dans le cours de la recherche. Par exemple, le physicien ne connaît pas de cette manière exacte la chaleur, la lumière, l'électricité, objets de ses expériences; la réalité, son point de départ, se compose de quelques séries de phénomènes sensibles où il entrevoit à peine des lois, où il ne saisit des êtres déterminés que par une illusion qui peu à peu se dissipe. L'astronome ignore en commençant si les astres sont grands ou petits, éloignés ou proches, terres ou météores ; et s'il croit percevoir leurs vrais mouvements, il se trompe. Le chimiste ne connaît guère mieux les éléments (éléments de prime-aspect, l'eau, la terre, etc.) qui sont sa matière et qu'il admet comme réels à ce titre. Le physiologiste ne sait presque rien du cerveau, du cœur, des poumons, sans l'étude séculaire des fonctions de ces organes : l'homme vivant qu'il doit analyser n'a guère d'autres caractères réels à ses yeux que ceux que découvrent les yeux d'un enfant. Et le géomètre, dont l'objet paraît plus connu dès l'origine, étant plus abstrait, ne saurait pourtant décider si l'étendue et les parties ou lois de l'étendue ont telle ou telle réalité, tant débattue entre les philosophes.

Il en est de même des thèses de principes , axiomes ou autres jugements immédiats qui font foi indispensablement dans toutes les sciences. Moins complexes que les thèses de choses, ils ne sont pas pour cela au-dessus de la critique : leur établissement régulier, leur véritable sens, leur force probante, leur portée, sont aussi les objets d'une science possible, laquelle ici ne peut être que la science philosophiquement première, la critique générale. Celle-ci prime donc toutes les autres sous ce rapport, et pour toute question d'affirmation initiale et de méthode. Les principes n'appartiennent au premier

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