‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 32 sur 79 · DIVISION BINAIRE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

DIVISION BINAIRE DES SCIENCES

ordre de la certitude que dans leur tenue spontanée et universelle.

Ensuite l'usage des fonctions sensibles, intellectuelles et volontaires, considéré pratiquement dans l'établissement des sciences, comporte toujours la possibilité de l'erreur, de l'erreur tantôt spontanée, tantôt suite de l'exercice de la réflexion et de la liberté. On nous dispensera de donner des exemples. De là l'inévitable introduction d'un élément d'incertitude qui n'est, ni ne sera, ni ne peut être supprimé, mais qui est et sera corrigé, ou peut l'être toujours par la généralisation des efforts individuels d'où procèdent les sciences. Tout jugement, toute observation, toute expérience se répètent; émanés d'un savant, ils sont soumis au contrôle d'un autre, et successivement de l'humanité tout entière, en tant que capable de science. Où n'est pas nécessairement et tout d'abord la vérité, là du moins est la vérification constante ou graduelle qui y supplée.

Il paraît naturel de classer les sciences en raison des degrés de certitude qu'elles peuvent atteindre ; mais on voit aisément que ce principe de classification est illusoire au fond, ou du moins n'a qu'une valeur relative et passagère. Toutes les sciences, . comme telles, sont également certaines; seulement elles n'établissent point simultanément, ni avec la même facilité, leurs véritables domaines et les méthodes qui leur valent une existence définitive. L'observation des faits sensibles n'est pas d'une certitude moindre que la position des faits mathématiques. Le raisonnement appliqué aux principes de la géométrie n'est pas plus probant et plus infaillible que le cours des analyses et des synthèses auxquelles sont dues la collection régulière des phénomènes de l'univers et la construction des lois physiques. L'induction et la prévision, établies sur la constance des lois, persuadent aussi bien que la déduction la plus rigoureuse. Il est vrai que certaines sciences, considérées historiquement,

OU dans leur mode de formation, nous offrent un amas d'inductions fausses, d'analogies démenties, d'hypothèses renversées. Mais toutes ces erreurs causent à la science une incertitude purement extérieure. S'il en est qui furent utiles, elles le furent à la recherche, mais elles disparaissent de la science plus avancée, comme un échafaudage mal entendu. Et s'il subsiste encore des hypothèses, si on les juge avantageuses pour assembler les éléments du savoir en une seule spéculation, il suffît qu'on les reconnaisse pour ce qu'elles sont, €t que l'on ne confonde point la conjecture avec la science, les lois présumées avec les lois constatées et vérifiées.

Une base de classification solide, incontestable, se trouve dans les données premières qui sont la matière des sciences. Pour cela, et afin que l'hétérogénéité des données soit la plus grande possible, on s'attachera à une division binaire, celle des sciences logiques et des sciences physiques, les unes qui s'établissent dans l'ordre représentatif, essentiellement; les autres dont l'investigation s'applique à l'ordre représenté, dans le monde sensible. La séparation des méthodes suit celle des données, et vient ainsi en confirmation du principe de classification adopté.

A parler synthétiquement, sans abstraction, il ne saurait y avoir ni données pures, ni méthode pure pour aucune science. Toutes les parties du savoir impliquent les lois de l'intelligence, c'est-à-dire la forme aussi bien que l'exercice de ses fonctions, puisque c'est en elle et par elle qu'elles se constituent. Toutes aussi supposent l'expérience et le fonds des connaissances qui en relèvent, car l'homme et l'entendement humain sont inséparables de leur matière. Néanmoins la différence est grande entre ces deux sortes de données et ces deux sortes de méthodes : d'un côté, appliquer l'attention et porter l'analyse sur les phénomènes qui tombent sous les sens, les distinguer, les classer en séries artificielles ; ou encore

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