OBSERVATION ET ABSTRACTION
est loin d'être fixée comme la logique, ou plutôt elle est encore dans l'enfance (voy., ci-dessus, § v);
3° La mathématique pure (arithmétique, algèbre, analyse mathématique), consacrée à la construction et aux recherches du nombre ou quantité pure et de ses lois;
4" La géométrie qui, s'appliquant aux relations de position et les liant à celles de nombre, a pour objet la quantité considérée dans l'étendue, et les lois de cette quantité ainsi que celles de la figure ;
5° La mécanique rationnelle (dynamique et statique) qui joint aux relations de position celles de succession et, par suite, de devenir dans l'étendue, et détermine par la comparaison de diverses quantités les conditions et les lois du mouvement, soit effectif, soit possible;
6*^ Les mathématiques proprement appliquées qui, sous d'autres rapports, se classent mieux parmi les sciences physiques. Là se rattachent, en effet, des branches quelconques de l'étude de la nature, lorsque partie de leurs objets sont déterminables comme quantités, avec assez de précision et une abstraction assez complète de leurs qualités spéciales pour être assimilés aux données de la géométrie ou de la méca^ nique rationnelle. Cette transformation, acquise à certaines sciences naturelles, est un peu l'idéal de toutes. Elles ne sauraient pourtant rien changer à la nature des éléments particuliers et complexes, d'origine purement expérimentale, qui les séparent profondément. Mais déjà la mécanique ne tire-t-elle pas de l'expérience une part des connaissances qu'elle met en œuvre, et la matière de la géométrie n'est-elle pas intimement liée aux faits de la sensibilité?
Les applications de la logique ne forment point une classe séparée, car elles sont communes à toutes les sciences, et nécessaires au même degré dans chacune.
Les sciences physiques prennent leurs objets dans le domaine de l'expérience ; et leur méthode pure, en ne
tenant point compte des mathématiques appliquées, se compose de deux procédés : l'observation des faits sensibles, l'expérience systématique.
Il s'agit de l'observation dans le sens pro]3re de ce mot. C'est abus en un sens que de l'étendre à la constatation des faits généraux de la représentation ou de ses lois. En cet ordre de faits, le prétendu observateur construit pour ainsi dire spontanément, ou suppose, ou applique une loi donnée en lui-même et par sa propre nature, au moment où il faudrait qu'il pût la reconnaître sans préjugé ni pétition de principe. Il en possède la connaissance involontaire, a priori; et quoi de nouveau, d'imprévu pour la représentation pourrait se trouver dans un ordre de phénomènes essentiels à la représentation .^^ Si d'ailleurs il essaie de se mettre sérieusement en expérience vis-à-vis de lui-même, comme s'il ignorait, comme s'il cherchait, il est tenu tout à la fois de se modifier librement et de relever ses modifications, ce qui ne comporte ni la sûreté ni l'impartialité attachées à la détermination des phénomènes d'origine externe et de forme sensible. Au contraire, s'il s'agit de l'ordre externe, l'observateur véritable établit des faits et démêle des lois qu'il ne connaît point, qu'il ne prévoit pas trop, s'il est sage, dont la production n'intéresse pas sa personne et n'implique aucune de ses modifications propres et volontaires.
Cela dit, afin de réfuter brièvement l'erreur d'une école psychologique récente qui confondait toutes les méthodes, il est à peine utile de remarquer en quel sens, mais tout autre et extrêmement général, il est permis d'affirmer que tout phénomène s'observe, et que l'observation est un des noms d'une connaissance quelconque, au moment où elle se produit en se témoignant à elle-même.
Les sciences physiques font usage de l'abstraction aussi nécessairement que les sciences logiques, mais l'abstraction n'est pas la même. Ces dernières abstraient