‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 37 sur 79 · HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE

par concepts ou représentations générales, comme on fait pour les catégories et pour tels ou tels jugements distincts qui en dépendent. Les autres séparent les faits selon l'expérience, et isolent parmi les phénomènes, même étroitement liés, ceux dont il faut obtenir une définition plus précise ou rechercher des rapports particuliers. Ainsi, la ligne pure, la surface pure, sont des abstractions logiques; mais la considération distincte, dans un corps donné, du poids, de la chaleur, des propriétés soit communes, soit spécifiques, des affinités, etc., nécessite une suite d'abstractions physiques. L'art d'expérimenter consiste en grande partie à faire passer ces abstractions dans les faits, c'est-à-dire à annuler, si l'on peut, ou h séparer l'influence de tels phénomènes sur tels autres qu'on se propose d'étudier exclusivement. Enfin, c'est toujours une abstraction physique, et des plus violentes, qui permet de ramener à des théories logiques des questions posées sur la nature : exemple, l'inertie supposée des corps réels dont on explique les mouvements par les lois de la mécanique rationnelle.

Une division vulgaire et déjà ancienne des sciences physiques conserve de la valeur à tous les points de vue, parce qu'elle porte à la fois sur l'objet et sur la méthode. Quelque connexion qui existe, quelque étroite intimité qui de plus en plus s'établisse entre les deux branches, l'une historique et descriptive, l'autre explicative, inquisitive, théori([ue. il y aura toujours entre elles cette double division de fait : division du travail pendant le cours de l'exploration scientifique, division de l'exposition, attachée à celle des sujets primitivement olîerts à l'étude.

U histoire naturelle, parfaitement nommée, se propose de dresser le tableau des êtres, de leur distribution dans l'espace et autant que possible dans le temps, et de leurs parties, organes ou fonctions susceptibles de tomber

SOUS l'observation pure. Les subdivisions de cette première branche des sciences physiques suivent l'ordre le plus sensible des êtres, et le confirment, en s'attribuant les noms de minéralogie, botanique, zoologie. Faisons-les précéder d'une cosmologie, comme description pure des corps extra-atmosphériques et de leurs mouvements apparents. Comprenons dans la minéralogie, ou inorganologie terrestre, une géographie, une météorologie, une géologie, en retenant l'essor de cette dernière science aux phénomènes véritablement observables. Ajoutons à la botanique et à la zoologie, nonseulement Vanatomie végétale, animale, humaine, simple et comparée, mais encore la. physiologie avec ses sciences accessoires, au moins quant aux connaissances, résumées sous ce nom, que l'observation toute seule permet de recueillir. Ainsi l'histoire naturelle parcourt la série immédiatement sensible des êtres : le monde et la terre et leurs parties distinctes plus ou moins individualisées, les astres, les corps inorganiques, les animaux, l'homme, et ceux des éléments, fonctions ou rapports de ces mêmes êtres qui n'exigent pour être constatés ni spéculation préalable, ni d'autre analyse que par les sens ou à l'aide des instruments de l'observation pure. Seulement le témoignage et la tradition interviennent dans une certaine mesure, soit pour que les travaux des hommes s'accumulent et s'associent, soit afin que l'observation s'étende aux faits distribués par une loi de temps. J'examinerai ailleurs le principe de cette intervention. Lorsque la tradition et le témoignage, de subsidiaires qu'ils étaient, deviennent les moyens essentiels de la connaissance, on passe de l'histoire naturelle à l'histoire proprement dite, histoire des sociétés, des mœurs, des idées, des événements humains. Ce serait encore là de l'histoire naturelle, n'était le changement si grave que subissent la méthode et la critique des faits.

Les sciences naturelles, ainsi déterminées et circonscrites, circonscrites et bornées comme elles ne le sont

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