L*HYPOTHÈSE
maintenue a priori dans les ordres de faits dont décide l'expérience seule, qu'elle n'est que le suppléant modeste de la vérité, son représentant à titre provisoire, tantôt un procédé de fausse position, à l'effet de poursuivre la recherche, tantôt une opinion de probabilité variable, dont la vériQcation positive ou négative est attendue du temps. L'hypothèse n'est pas pour cela dans la science, mais la méthode de la science en fait usage, la méthode pratique, sans jamais affirmer le vrai savoir en dehors de l'établissement régulier des lois des phénomènes.
Outre le rôle de l'hypothèse pour instituer l'expérience systématique, ou la préparer, lui poser des questions et lui ouvrir des voies, et servir ainsi aux progrès des connaissances positives, on lui attribue le mérite de lier les faits en tenant lieu des lois inconnues. En effet, Thypothèse coordonne les phénomènes pour la mémoire, et jusqu'à un certain point pour la raison; elle les explique en les ramenant à un fait plus général supposé, comme la meilleure des théories le pourrait faire à ce même fait une fois vérifié. La supposition de Vélher dans les phénomènes lumineux est un bel exemple de cet emploi de l'hypothèse. Les nécessités du langage créent d'un autre côté des difficultés sensibles au physicien qui veut enseigner, sans hypothèse aucune, les vérités en sa possession ; il est même assez à croire que l'usage indispensable des figures et des personnifications dans le discours n'a point été étranger à l'acceptation de la chaleur en soi, d'une matière lumineuse par essence, d'un fluide électrique, etc. Mais plus ces difficultés se font sentir, plus un bon esprit jugera utile de faire trancher les hypothèses et les faits de l'exposition de la science. Ce serait une entreprise intéressante et fort à désirer que celle de rédiger le vrai système des faits et des lois acquis en physique, de le présenter sans mélange de suppositions, et avec une langue- correcte, dût-elle être un peu longue et un peu pédante, qui bannirait, autant que
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possible, les termes employés trop souvent pour exprimer d'une manière générale des phénomènes dont la loi générale n'est point connue ou démontrée.
Au reste, il y a des hypothèses de plusieurs sortes. Les unes, les plus transitoires de toutes, les plus particulières aussi, et qui s'offrent comme les moins difficiles à vérifier, sont éminemment celles que nous regardons comme nécessaires dans bien des cas à l'institution de l'expérience. On ne saurait s'en priver toujours, le voulût-on, et d'ailleurs si le savant n'anticipait jamais sur les faits, il ne les dominerait pas assez non plus pour les interroger : bien des progrès deviendraient impossibles. Les exemples sont partout; je citerai pourtant les fameuses expériences d'Ampère sur les rapports de l'électricité et du magnétisme. Si ces rapports n'eussent été présumés, et ils l'étaient depuis quelque temps, s'ils ne l'eussent été cette fois avec une assez grande précision, le physicien n'aurait pu être guidé comme il le fut pour la construction de ses ingénieux appareils, destinés à mettre en évidence les fonctions magnétiques des corps mobiles où circulent des courants électriques.
D'autres hypothèses sont de telle nature, ou d'une généralité telle que leur vérification future paraît éloignée, difficile, impossible. Ainsi, les moyens manqueraient aujourd'hui pour soumettre à des épreuves directes une théorie de la constitution et des mouvements moléculaires des corps, destinée à fournir l'explication et le lien des différentes séries de phénomènes physiques. L'hypothèse de Véther, pour la lumière, est comme un fragment détaché d'une semblable théorie générale. Cette hypothèse renferme, il est vrai, les faits connus de sa sphère, au point d'avoir permis d'en prévoir de nouveaux. Mais ce n'est là qu'une vérification indirecte et insuffisante, d'où naît une probabilité qui peut aller en augmentant, mais qui n'est pourtant qu'une probabilité. Seulement, l'utilité des hypothèses, pour le lien et l'explication provisoire des phénomènes, est manifestée