ASTRONOMIE
égard à l'état spécifique des corps, et cet état n'est-il pas avant tout du ressort de la chimie? Tous les phénomènes se modifient selon la spécificité de la matière qu'ils intéressent : magnétisme, électricité, lumière, chaleur, et jusqu'à la pesanteur, puisque les densités diverses des corps leur font diversement subir, à volume égal, l'application de la plus générale des lois connues.
Néanmoins la généralité de cette loi est si entière que s'il fallait absolument Introduire parmi les phénomènes physico-chimiques quelque grande division, on aurait une raison spécieuse pour l'admettre entre ceux qui se prêtent à une application rigoureuse de la mécanique rationnelle (pesanteur et mouvements célestes), d'une part, et, de l'autre part, l'ensemble de ceux dont les rapports avec les spécificités corporelles sont si étendus que le but de la science, .c'est-à-dire la simplification et la généralisation des faits y semblent très difficiles à atteindre. Ce n'est plus alors de la physique à la chimie qu'on tracerait une ligne de démarcation profonde ; c'est de l'astronomie à la physique terrestre, sans songer que l'astronomie physique réunit ce qu'on voudrait séparer, en théorie surtout, et qu'il ne convient pas d'élever à la hauteur d'une nécessité intrinsèque l'imperfection de nos moyens d'observation appliqués aux pliénomènes propres des différents astres. Un peu de réflexion montre bientôt que les deux classes prétendues n'existeraient dans le fond que pour la mécanique rationnelle pure et la physico-chimie, une science logique et les sciences physiques. On assimilerait à la première chaque partie de celles-ci dont l'objet aurait acquis le degré d'abstraction et de simplicité voulu : procédé très arbitraire, et séparation tout à fait factice, pour peu que l'on veuille avoir égard à ce que sont les phénomènes dans le concret. Toutes les branches des sciences physiques tendent également à se rendre la
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mécanique et la mathématique applicables, si éloignées du but que certaines puissent paraître. Quant à la généralité de la loi de la pesanteur, elle tranche singulièrement, il est vrai, sur les lois multipliées et complexes de ces phénomènes calorifiques, électriques, etc., où les spécificités des corps jouent un rôle important; encore faut-il convenir que la théorie de la lumière serait une nouvelle et grande exception, grâce à l'hypothèse de l'éther. La considération des différents phénomènes en tant que forces locomotrices de masses et de molécules, la recherche des équivalents mécaniques, préparent des théories au bout desquelles s'entrevoit l'unité. Enfin, rien ne nous autorise à nier que les faits les plus spécifiques de la physico-chimie ne puissent être réduits un jour à quelque loi très générale, sous laquelle les diversités, qui dispersent aujourd'hui l'effort du savant, se rangeraient dans une place analogue à celle que les densités, ou pesanteurs spécifiques, occupent dans les applications de la loi universelle de la pesanteur.
La véritable ligne de démarcation des sciences physiques se place entre la physico-chimie et la biologie. Ici nous trouvons des phénomènes et des lois qui, impliquant les premiers en guise de conditions, et de fonds préexistant, pour ainsi dire, ne s'y réduisent pourtant pas et ne s'y réduiront jamais (voir ci-dessus § ii et m). Et néanmoins l'objet de l'étude reste essentiellement le même : la nature; ou plutôt cet objet, s'agrandit, s'achève, et le savant tend à l'embrasser avec toute son étendue, sa complexité, ses éléments particuliers ou généraux, individuels ou abstraits, variables ou constants. Enfin, la méthode n'éprouve aucun changement radical; seulement l'observation et l'expérience, l'expérience artificielle surtout, deviennent plus délicates et difficiles, moins rigoureusement concluantes, jusqu'à se trouver souvent tout à fait impossibles ou à le paraître longtemps.