‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 45 sur 79 · LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES

ration des sciences morales ne sera pas accomplie d'un commun consentement, une division ternaire, mais avec cette particularité, que les deux premières sections se rapporteront aux objets généraux de sciences constituées, dont l'existence est distincte, tandis que la troisième renfermera un ordre de connaissances pris en sa totalité, principes et conséquences.

Au-dessus des trois sections se place la critique dans sa plus grande universalité : l'analyse des lois et conditions premières de la connaissance, la recherche de la nature et de la possibilité de la science, l'essai de définition et de classification des notions fondamentales de tout genre, l'examen des objets suprêmes de la spéculation sur le monde et sur l'homme, enfin l'étude des fonctions humaines (l'ancienne psychologie) à laquelle on est conduit, nous l'avons vu, dans l'intérêt des autres investigations elles-mêmes et pour leur donner tout le corps qu'elles peuvent avoir, ou même les seules solutions qu'elles comportent.

Les deux premières sections se forment et du premier contenu, et d'un développement aussi prolongé que possible des groupes de catégories dans lesquels les sciences logiques d'une part, les sciences physiques de l'autre, ont leurs fondements. Entre chacune des sciences séparées et l'étude abstraite des catégories qui la concernent, il est facile de concevoir un terrain mixte de critique générale et de science définie, où l'analyse s'attache à un groupe de principes spéciaux qu'elle met en lumière en suivant l'ordre de ses développements requis et de ses applications principales dans cette science. Les spéculations connues sous le nom de philosophie des mathématiques, philosophie de la chimie, etc., sont nées de cette convenance naturelle. Elles rentrent toutes dans deux classes, conformément aux divisions et au sens des mots précédemment établis : philosophie de la logique (ou des sciences logiques) et philosophie

de la physique (ou des sciences physiques). On pourrait même dire philosophie de F esprit, philosophie de la nature, en termes très simples, s'ils n'avaient le défaut de rappeler les systèmes chimériques de quelques philosophes*.

La troisième section est la morale telle que je l'ai définie et classée, avec ses grandes divisions qu'expriment suffisamment ces noms très usités : éthique, économique, politique.

Passons maintenant aux sciences historiques. Elles forment, comme les sciences morales, des branches de la critique, dont le jour de la séparation n'est pas encore venu. Il suffirait pour le prouver de remarquer à quel point des hypothèses de toute nature influent et sur leur méthode, et sur les solutions qu'elles croient pouvoir donner aux plus graves questions de leur domaine. Je ne saurais toutefois m'arrêter quant à présent sur ce sujet.

Mais les sciences historiques ne sont pas seulement des branches comme je viens de le dire : sous un point de vue essentiel de la méthode, elles forment dans leur ensemble une grande division de la critique, collatérale de la critique proprement dite. De même que nous avons dû distinguer, dans les sciences physiques, et ces sciences elles-mêmes et l'histoire naturelle^, de même ici, à côté

1. Les parties du Premier essai de critique générale, relatives à la logique proprement dite, puis à l'étude générale des fonctions mathématiques, du nombre, de l'étendue, de la vitesse, etc., sont pour moi des tentatives de constitution de la philosophie des sciences logiques. Je suis loin de croire avoir épuisé ce sujet, où m'engageait principalement le désir de donner à mes catégories un développement et des applications de nature à les faire comprendre comme je les comprends. En tout cas, les sciences physiques réclament un travail analogue dont je ne connais d'essai sérieux que la philosophie positiviste avec son hypothèse matérialiste et ses autres défauts.

2. Cette distinction n'est reçue qu'en apparence dans la classification de l'école positiviste. Au fond elle est méconnue complètement. En effet, pour vouloir assujétir l'histoire naturelle à la physique, à

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