‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 47 sur 79 · LA CERTITUDE MORALE · texte numérisé non relu

LA CERTITUDE MORALE

de méthode qui divisent les penseurs sur les questions éthiques, politiques et même économiques, je n'ai entendu rien de plus que ce que pourrait aussi bien dire de la géométrie un géomètre, si par le fait on disputait encore de la vérité des principes de cette science et de la meilleure définition de son objet. Ni les débats sur la nature des grandeurs ou même sur le fondement réel des postulats, ni les hypothèses qu'on imaginerait pour servir d'origine à la spéculation géométrique et déduire une suite de propositions, n'empêcheraient la doctrine euclidéenne d'exister avec ses définitions, ses axiomes, ses postulats, ses théorèmes et ses problèmes résolus. De même, et malgré les divisions des rationalistes, des utilitaires, des mystiques, il est possible de construire sur des principes nettement formulés un corps de doctrine renfermant tout l'ordre moral et fournissant à ses applications. En ce sens, l'éthique peut dès à présent se donner comme une science et proposer ses solutions dans tous les problèmes qui concernent le droit, le devoir et les institutions sociales. En essayant de composer une Science de la morale, ainsi qu'on l'a fait plus d'une fois et plus ou moins heureusement, suivant les principes du criticisme, on a du moins constaté que l'œuvre est formellement possible. Quant à l'existence matérielle, il semblerait bien que tout manque, alors que manque l'acception générale, le consentement universel. Mais la morale criticiste, semblable à la doctrine entière de ce nom, reconnaît pour l'un de ses premiers principes la nécessité pour V agent moral de faire de sa conviction son œuvre personnelle. Ce point sera éclairci dans le chapitre qui suit.

COMPLEMENT DE LA DEFINITION DE LA CERTITUDE. DU CONTRAT PERSONTVEL ET DU CONTRAT SOCIAL.

Récapitulons quelques points principaux acquis pour nous dans notre étude de la certitude.

La certitude est un phénomène interne, un état plus ou moins stable de la conscience. Mais, d'une conscience à l'autre, cet état varie.

Si la vérité était évidente touchant les choses qu'il nous importe de connaître, on n'en disputerait pas. Conteste-t-on que le visible se voie?

Si V évidence allait au delà du phénomène, affirmé comme tel, elle devrait changer de nom, car elle changerait de nature. En renonçant au nom, on renoncerait à l'image qui en fait toute la valeur. On abandonnerait donc aussi la prétention qu'il rappelle.

Si les jugements primordiaux avaient tous cette force, cette précision, cette contexture exacte qui distinguent les notions irréductibles des mathématiques; si les vérités se tiraient par le raisonnement de principes ainsi reconnus, on s'accorderait peut-être. Ce n'est pas sur la logique d'un système qu'on se divise d'ordinaire ; c'est sur le choix des principes et le sens des mots. Mais chaque philosophe s'arrange les siens, que les autres ne trouvent pas clairs.

Si les philosophes convenaient d'une langue, ils sauraient au moins s'ils s'accordent ou non, car souvent ils ne savent pas même cela. Il est vrai que s'ils convenaient d'une langue, c'est que déjà ils se seraient entendus.

Mais si les disputes cessaient, la pensée philosophique se trouvant satisfaite et d'accord avec elle-même, on pourrait encore se dire, et l'on s'est dit en effet :

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