‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 54 sur 79 · DU SYSTEME DES FINS DE LA NATURE 2 H · texte numérisé non relu

DU SYSTEME DES FINS DE LA NATURE 2 H

D'après cette loi, une série de phénomènes successifs comporterait toujours, outre une subordination des conséquents aux antécédents, comme des effets à leurs causes, une subordination inverse des antécédents aux conséquents, comme des moyens à leurs fins prédéterminées. La position des lins dans la nature est pleine d'obscurités et d'incertitudes, en ce qui touche les phénomènes généraux ou particuliers du monde inorganique ; et on sait qu'il en est de même des causes, telles que la conscience les entend : la physique n'a pas dû moins d'erreurs à la vaine recherche des causes efficientes substantielles qu'à l'antique préoccupation des causes llnales. Mais on peut dire que la finalité éclate aux yeux de l'observateur qui s'élève dans les règnes organiques, et cela plus tôt et plus distinctement que la causalité, dont la notion n'arrive à sa clarté véritable qu'en se définissant sous une conscience bien déterminée.

L'étude la plus sommaire des lois de la vie montre l'organisation disposée pour les fonctions, et les fonctions composées les unes pour les autres, et le tout ordonné pour converger à l'existence, à la conservation et au développement, dans telles limites, de divers individus et de diverses espèces. Ce n'est pas à dire que la physiologie doive travailler à la détermination des causes finales sous leur aspect propre et direct : elle cesserait alors d'être une science pliysique; mais, dans les phénomènes et les lois que la méthode scientifique établit et coordonne, la conscience découvre ces sortes de causes, et se représente cette subordination de certains moyens à certaines fins, sans laquelle il n'y aurait entre Y ordre du monde et Y ordre qui la constitue elle-même qu'un abîme insondable et une incompréliensible désharnionie. (Voy. Premier essai, § xxxix.)

Les causes finales peuvent s'envisager de deux manières : 1° comme des lois positives et matérielles de faits empiriques, ce que personne n'a clairement

essayé jusqu'à ce jour, tout fondamental que cela soit pour l'intelligence philosophique de la nature : sous ce point de vue la donnée des lins est un sujet d'observation; il faut seulement faire abstraction des hypothèses et des sentiments répandus sur l'origine du grand fait de finalité, sur son introduction dans les phénomènes, enfin, sur son essence première ; 2° comme des lois voulues qu'une certaine conscience antérieure à toutes les autres, une volonté primitive animée d'une intention unique, aurait introduites dans le monde, en posant les éléments de l'ordre qui nous y apparaît : ici se rencontrent des questions à examiner, nullement un principe que l'opinion vulgaire et l'exemple de tant de philosophes nous obligent à confondre avec la considération méthodique du système de moyens et de fins déroulé dans l'organisation et les fonctions des êtres.

Ce système de moyens et de fins est une forme positive, empiriquement donnée, des règnes végétal et animal. C'est particulièrement dans ce dernier que la forme de finalité se témoigne, et sous un mode irrécusable, quand s'y manifestent les instincts et les passions, c'est-à-dire un ordre de phénomènes dont la nature consiste précisément à poser des fins et à diriger des moyens. (Voy. ci-dessus § vu.)

On peut donner de la forme de finalité des deux règnes cet énoncé général : un ensemble de rapports entre les lois mécaniques, physico-chimiques, organiques enfin, considérées dans leur dispersion, et les fonctions que les êtres individuels accomplissent euxmêmes pour leur développement, pour leur conservation, pour leurs relations mutuelles, pour leur reproduction spécifique. Qu'on ajoute l'adaptation réciproque des fonctions, fins ou moyens les unes des autres, et la coordination de toutes pour rendre possibles les phénomènes supérieurs de l'animalité, les sensations et les sentiments. Tout cela est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le développer loi par loi et fonction par

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