‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 56 sur 79 · EXAMEN DES THESES DE LA RAISON PRATIQUE DE KANT · texte numérisé non relu

EXAMEN DES THESES DE LA RAISON PRATIQUE DE KANT

Les considérations téléologiques présentées ci-dessus pèchent par excès de généralité sans doute. Je les préciserai en passant du point de vue de la nature et des fins les plus universelles au point de vue propre de l'homme et des fins de la conscience. Des deux grands principes qui gouvernent, ai-je dit, toute la critique de la raison pratique ou morale, la finalité, la liberté, après avoir déduit les conséquences majeures du premier, j'aborderai celles du second. J'aurai enfin (dans la mesure de ce qu'on doit exiger de moi) à rendre compte de la probabilité, de la possibilité tout au moins d'un ordre physique, apte à la conservation indéfinie des êtres individuels et au déroulement de leurs destinées. Mais avant de continuer cette exposition, il est à propos de formuler un jugement motivé sur une œuvre philosophique analogue à celle que j'entreprends. Je veux parler de la Critique de la raison pratique de Kant, c'est-à-dire d'une conception capitale, unique, entièrement méconnue aujourd'hui, et de tous, à cause de la méprise étrange où son auteur est tombé dans la poursuite d'une pensée en elle-même forte et profonde. Lorsque des préjugés invétérés réclament une condamnation en bloc, et que le prétexte de la porter se trouve si aisément, tout est dit, les générations pensantes se suivent et se répètent; nul ne s'arrête plus à démêler le génie et l'erreur, la vérité et la faute : c'est Colomb naufragé dans son premier voyage, à quelques lieues des côtes du Nouveau-Monde, atteint et convaincu d'avoir cru mener ses compagnons aux Indes orientales de Rubruquis et de Marco PoloI

Page 1