CORRECTION DES THESES DE KANT
son auteur, et depuis à ma connaissance. Celui qui se nomma lui-même le Copernic de la philosophie méritera toujours aussi d'en être appelé le Colomb. La correction unique exigée par cette première formule du criticisme, du moins toutes les autres en résultent, consiste à borner rigoureusement la spéculation à l'étude de la représentation et de ses lois, sous les conditions de l'expérience possible, ensuite aux postulats, aux inductions qu'une telle méthode autorise. Or ce n'est là rien de plus pour le criticisme que de demeurer fidèle à lui-même.
Lorsque j'envisage les lois de l'exercice légitime de la raison pratique, les données et les conséquences du fait de moralité dans la conscience, je trouve avec Kant que la loi morale (quelle qu'en soit la formule) implique la liberté au moins comme apparence nécessaire et sous laquelle nous devons agir. Mais il faut que la liberté, quoique ne comportant pas une démonstration empirique, soit conçue par nous dans le monde des phénomènes, et définie d'une manière positive, non comme une qualité occulte de quelque chose en soi. Et lorsque je cherche à formuler un accord dont la conscience morale éprouve le besoin, entre la loi qui est sa propre règle et les lois externes, en grande partie inconnues, qui constituent ce qu'on nomme la nature, je trouve encore avec Kant que la première condition de cet accord est Vimmortalilé. Mais encore ici nous devons nous expliquer l'immortalité comme une loi, et non la traiter de miracle. Enfin, lorsque je me demande le nom de cette grande harmonie de la conscience et de la nature, de cet ordre éminent du monde, j'accepte sans difficulté avec Kant les prestigieuses lettres que tout homme prononce pour désigner ce qui lui paraît, selon ses lumières, le bien souverain de l'univers : la divinité. Mais alors je ne connais Dieu, que par l'existence de cette loi, unique entre toutes, qui assure et harmonise les fins diverses et successives des êtres. N'exigeons rien de plus de la philosophie.
ni garantie illusoire de la loi, extérieure à cette loi même, ni être inconditionné, par conséquent inconnaissable, et je dis inconnaissable comme être, qui en rende compte. Ce serait forcer le philosophe à se leurrer luimême et à nous leurrer de mots dont l'insignifiance n'ôte pas le danger : Substance, Cause en soi, Infini, Absolu; ou, tout au contraire, à sortir de la science et de cette foi que Kant a si bien nommée la foi rationnelle, pour embrasser des croyances anthropomorphiques, légitimes sans doute si elles étaient pures d'idolologie métaphysique, mais d'autant plus dénuées de tout caractère obligatoire pour la raison.
Il me reste à développer ce que j'indique ici, à reprendre pour le compte d'un criticisme conséquent les trois thèses de la raison pratique, liberté, immortalité, divinité, et à déterminer le sens à la fois le plus universel et le plus rationnel de ces deux dernières.
DE LA LIBERTÉ ET DE LA DESTINEE IMMORTELLE DE l'hOMME.
Je résumerai brièvement les motifs à l'appui de la thèse de la liberté, la question devant paraître épuisée après qu'elle a été traitée à deux reprises, d'abord dans l'analyse des fonctions réfléchies de la conscience, ensuite dans celle des conditions de la certitude.
La liberté se pose en fondement de ces probabilités morales auxquelles la conscience est invitée à donner son assentiment. De là résulte le seul caractère possible de certitude intime que la vérité comporte dans l'ordre des choses pratiques, et jusque dans cet ordre spéculatif où les philosophes ont travaillé vainement à s'aflranchir de leur franc arbitre. Enfin c'est de l'homme libre