‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 60 sur 79 · RÉCAPITULATION DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION DE LA LIBERTE

aussi qu'est réclamé le libre assentiment même à la vérité du fait de liberté. Les motifs qui lui sont soumis à cet égard peuvent se récapituler ainsi :

1*^ La critique a ruiné l'autorité des doctrines dont le parti pris le plus ordinaire était l'opinion de la nécessité universelle, physique et morale.

2° Les sciences, dont le déterminisme est le mot d'ordre, puisque leur objet est la recherche des relations constantes, s'arrêtent devant ceux des phénomènes particuliers dont l'existence, donnée ou non donnée, d'où que leur forme se détermine d'ailleurs, dépend d'un fait de volition. Ces sortes de phénomènes échappent à la prévision scientifique, si ce n'est quelquefois par leurs degrés de probabilité et dans leurs moyennes approximatives. Les faits généraux qui les impliquent, et en sont partiellement des fonctions, ne se laissent systématiser dans le passé ou dans l'avenir que grâce à la considération des résultantes, pour lesquelles un grand nombre de volontés se neutralisent.

3** Le calcul des probabilités est fondé sur Timprédétermination au moins apparente des phénomènes. La nécessité est une hypothèse gratuite, par conséquent vicieuse, qu'on y introduit, et qui rend la loi des grands nombres d'une interprétation plus difficile et détournée.

4*^ La liberté et la nécessité n'étant pas plus incompatibles l'une que l'autre avec les faits, considérés d'un point de vue purement logique, et l'une ou l'autre devant être vraie, puisqu'elles sont contradictoires entre elles, il faut juger l'existence d'un fondement réel de l'imprédétermination apparente plus vraisemblable que celle d'une loi de détermination absolue, dont l'une dos propriétés serait cette apparence décevante. La conscience rélléchie affirmera l'ambicfuïté des futurs, parce

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qu'elle se la représente spontanément et inévitablement dans la pratique (inévitablement, fût-ce avec une conviction contraire en théorie), plutôt (ju'elle n'acceptera une loi dont les auteurs olfrent en garantie leurs spéculations

sur la causalité universelle et l'apriorisme du monde, tout en se donnant eux-mêmes bien souvent pour les partisans de la méthode empirique pure.

5° L'erreur et la vérité, dans les spéculations et les croyances, dans les mouvements oscillatoires de la pensée, dans les affirmations les plus délibérées, s'expliquent mieux par la supposition d'un principe d'ambiguïté des déterminations, que sous la donnée d'une loi qui, embrassant le faux et le vrai au même titre de nécessité, les justifierait également et, pour ainsi dire, les vérifierait.

6*^ Les conséquences morales de l'hypothèse de la nécessité, dans la vie humaine, ne sont point de nature à être appliquées et pratiquées, quoi qu'on fasse. Elles amèneraient une perturbation complète de la conscience et de ses rapports. Au contraire, l'hypothèse de la liberté est la règle constante de la pratique, et les conséquences morales qui lui sont propres n'excluent point celles qu'on tire en sens inverse de la considération des occasions et des causes; attendu qu'on ne laisse pas de reconnaître, en croyant à la liberté, les nombreuses lois nécessaires et les influences puissantes, éléments partiels des actes moraux les plus décidément libres.

7° Lorsqu'un homme délibère et doit opter entre des résolutions contraires qui intéressent d'autres personnes, ou seulement la sienne propre; lorsque des biens de nature diverse qu'il imagine le sollicitent en sens opposés; que les notions de droit et de devoir, de justice, et les passions nobles qui les accompagnent, entrent en lutte avec d'autres passions dont l'entraînement le porterait ailleurs, la loi morale se fait entendre à lui. Elle lui commande l'option pour celui des biens possibles dont sa conscience peut regarder la réalisation comme conforme à un principe de législation générale. Or, un tel commandement oblige et ne nécessite point, selon le jugement de la conscience, qui revêt alors, et précisément pour cela, le caractère sous lequel elle est

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