‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 63 sur 79 · DU MAL PHYSIQUE · texte numérisé non relu

DU MAL PHYSIQUE

ruine. Alors l'hypothèse de l'immortalité se trouve encore une fois devant nous, non plus comme un postulat de la liberté, du devoir et du progrès moral, mais sous un point de vue moins particulier à l'homme, celui-là même où nous nous étions placés tout d'abord en cherchant les conditions d'une loi générale de finalité supposée dans l'univers. L'existence d'une destinée des êtres, par delà les formes qui naissent et périssent présentement, est l'unique solution à notre portée du problème du mal physique. Il est vrai que cette solution est toute pratique et affecte un caractère de remède au mal, pour ainsi dire, au lieu de prétendre à l'explication originaire ou à la justification apriorique de la nature. Mais nous partons de l'expérience, nous la supposons inévitablement, nous ne pouvons rendre compte de ce qui la précéderait.

En résumé, le bien et le mal moral, l'existence de la loi morale, étant posés en principe, d'une part, et, de l'autre, une loi générale de finalité étant admise comme partie essentielle de l'ordre du monde, on démontre la nécessité d'un progrès des personnes, duquel l'immortalité est une condition.

Le mal physique, réduit à ce qui serait sa forme absolue, la mort sans palingénésie, est également nié en vertu de la considération générale des fins de la nature. Le progrès véritable ries êtres exige la perpétuité et le développement de leurs fonctions individuelles, et non pas seulement la production des uns par le sacrifice des autres.

Et le mal physique, en cette essence relative où il paraît lui-même une loi du progrès : l'imperfection et toutes ses formes, la douleur elles transformations douloureuses, la lutte et tous les phénomènes de la destruction actuelle, ce mal, qu'on pourrait appeler naturel, est inhérent à la donnée même de la nature. Sans pouvoir en scruter l'origine, nous sommes libres de croire qu'il forme un ensemble de moyens établis par les premiers actes des êtres et adaptés à leurs fins ultérieures.

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