‹ Essais de critique générale (volume 5)Chapitre 70 sur 79 · HARMONIE DU PHYSIQUE ET DU MORAL · texte numérisé non relu

HARMONIE DU PHYSIQUE ET DU MORAL

Quoi qu'il en soit de toutes ces hypothèses, il faut leur attribuer une propriété commune pour la réalisation de l'ordre moral. De nouveaux organes succèdent aux organes détruits, soit pour la continuation, soit pour le retour des phénomènes en la même unité que cimente la mémoire, sans intervalle aucun, ou après des intervalles quelconques. Mais ce n'est pas tout. Nous savons que chaque organisme fonctionne, et même se forme et se développe dans une certaine dépendance des phénomènes moraux. Les traces que les idées, les affections, les passions impriment sur le corps, et qui par l'habitude s'invétèrent et s'approfondissent, sont ou

La génération d'un être nouveau n'est donc en somme que le terme d'un processus qui pourrait s'arrêter, et qui en effet s'arrête en route s'il lui manque, comme cela arrive à des milliers d'œufs, les impulsions extrinsèques de la fécondation. C'est cette apparition successive que l'on peut caractériser en disant que la génération est une épigénèse. »

<( Toute évolution, dit plus loin M. Claude Bernard, est le développement d'un état antérieur en une suite d'états successifs; c^est une continuation. Si compliqués que soient les derniers termes, ils étaient contenus en puissance dans le point de départ, si simple d'ailleurs que fût ce point de départ. Si la cellule-germe est formée spontanément et sans parents, elle manque de point de départ, elle ne peut avoir de continuation ou d'évolution. D'après tout ce que l'on sait des phénomènes df. l'évolution vitale chez les animaux et les plantes, il faut considérer le corps qui évolue, le germe qui se développe comme ayant reçu une sorte d'impulsion ou de direction originelle dont les conséquences se déroulent successivement. Le germe, l'œuf, possède donc une aptitude qui lui est imprimée par l'organisme dont il fait partie, par les évolutions antérieures auxquelles il a participé. On conçoit que ce germe représente la formule organique d'éi'ohitiun d'un être dont il procède : on ne concevrait pas (ju'une pareille puissance de continuation apparaisse d'emblée et de rien. Une telle supposition serait contraire à ce que l'on pourrait appeler la loi d'inertie organique. » (('ours de physiologie générale, résumé dans la Revue scientifique, 10 oct. 1874.)

11 n'y a plus ici qu'un mot à ajouter. La formule organique de l'évolutiouj la tradition organique des étals antérieurs, plongent dans l'invisible physique par leurs dernières racines : rien ne s'oppose donc à ce que l'hypothèse de la palingénésie envisage dans le même corps, enfin soustrait à l'observation, le fondement d'une autre tradition à poser et la formule organique d'une évolution future.

peuvent être d'abord, en plusieurs cas d'importance majeure, sous la loi d'une conscience automotive, ensuite deviennent dés faits naturels et de moins en moins révocables. Ainsi la plastodynamique de l'individu vivant prend une direction et détermine des formes, non plus seulement spontanément, non sous l'empire des instincts, mais par suite et à cause de l'avènement à la vie personnelle, à la vie de la liberté. Ces formes, pour ainsi dire émanées de la pensée, la traduisent, la symbolisent sous les modes propres du monde externe, harmonique avec elle, passent dans la nature, et tendent à s'y fixer si d'autres causes ne les en arrachent. Il n'y a pas loin de ces lois, dont l'observation fournit les éléments, jusqu'à celle que nous formulions en admettant que l'organisme futur de la personne, étroitement lié à l'organisme présent, quel que puisse être le genre de ce lien, dépend à son tour des déterminations de la vie morale; ou, plus généralement, que celles-ci, exerçant déjà des vertus plastiques à l'égard du corps actuel, en possèdent encore de plus éminentes qui regardent le corps à venir. On est surtout amené à le penser, quand on suppose, au sein de ce qui est, le germe et les rudiments de ce qui sera, un organisme en préparation dans les profondeurs de celui qui occupe maintenant la scène. Mais dans tous les cas, sous toutes ses formes, l'hypothèse de la palingénésie a pour complément nécessaire une relation posée entre la vie morale présente et l'état organique futur, afin que soit possible le progrès par la liberté, c'est-à-dire la loi même qui a été le premier principe de notre spéculation. Si au lieu d'une suite interrompue de transformations de l'être, nous admettons la donnée des intermittences, aussi grandes et prolongées qu'on les voudra, l'harmonie générale des phénomènes moraux et des phénomènes physiques suffit toujours pour nous donner l'intelligence de la relation qui nous intéresse ici : or, toutes les hypothèses impliquent également cette bar-

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