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OU substance, dont il avait conservé dans sa critique le sens métapliysique absolu. 11 a de plus accepté le principe du déterminisme, quant à Tordre des phénomènes, et rejeté la liberté réelle dans le noumène, hors de l'espace et du temps. Par là, il a nécessairement introduit, dans la définition des postulats, des éléments qui font constamment corps, dans l'histoire de la philosophie, avec les démonstrations, les déductions rationnelles prétendues, que la critique de la raison pure semblait avoir définitivement écartées. J'ai donné à tout ceci de plus grands développements dans deux articles de revue auxquels je me permettrai maintenant de renvoyer mon lecteur. Je crois y avoir montré comment Kant s'est exposé au reproche de la contradiction même qu'il se proposait formellement de résoudre. (Voyez la Critique philosophique^ 3® année, n^' 28 et 35.)
DU PREMIER ORDRE DE LA CERTITUDE. l'ÈTRB
DE LA CONSCIENCE. l'ÊTRE DU MONDE.
J'ai dû distinguer de la certitude l'apparence du phénomène immédiat actuel. Identique avec la plus inébranlable réalité, cette apparence est un critère accepté des pyrrhoniens eux-mêmes. Partout ailleurs, la certitude est rejetée par ces philosophes, qui se raidissent vers. je ne sais quel idéal du savoir, et en même temps le jugent chimérique, puisqu'ils se défendent de toute affirmation de théorie. Son nom est la propriété disputée des doctrines contradictoires du dogmatisme et de l'évidence prétendue. Mais repoussant à la fois le doute systématique et les systèmes, j'ai voulu conserver ce nom précieux, plein d'une véritable signification humaine. Je n'ai point fait abstraction de tout élément de croyance, en le définissant. C'est dans l'assiette morale de la conscience affirmante que j'ai surtout envisagé l'état qu'il exprime. Maintenant je m'efi'orcerai de reconnaître les fondements de la croyance
la plus nécessaire, ou de la plus entière assurance affirmative.
Gomme il faut penser, agir, et pour cela affirmer implicitement des vérités qui dépassent l'immédiation, le sceptique est forcé de franchir, lui aussi, l'intervalle entre la simple apparence et ces thèses médiates qui portent un caractère de probabilité ou de certitude. Il est libre de n'y voir encore qu'apparences et d'y chercher toujours des arguments de doute, et c'est précisément là qu'est le pyrrhonisme ; il n'est pas libre de les éviter. En se confiant à ces sortes de thèses, il entend ne céder qu'à l'apparence comme telle, ou ne suivre que la coutume, dans l'intérêt d'une pratique au jour le jour, et avec le parti pris de placer la sagesse dans le doute souverain qui domine ses affirmations. Nous, nous suivons le même chemin, mais avec la volonté d'embrasser les croyances naturelles, de les fixer en nous comme certaines, et de fonder nos théories dans cette pratique, sans concevoir ni regretter aucune autre espèce de science radicale.
Ainsi ma première affirmation, si elle est philosophiquement réfléchie, sera une confirmation en moi de la volonté même d'affirmer sous certaines conditions. Je peux, je dois, je veux affirmer quelque chose, la réalité de quelque chose, c'est-à-dire, au delà des phénomènes qui me touchent immédiatement, affirmer d'autres phénomènes lié^ aux premiers par des lois constantes, et, par suite des séries entières, générales, dont je regarderai les termes particuliers comme susceptibles de fournir à leur tour une expérience d'eux-mêmes.
Cette première affirmation est donc l'affirmation de la réalité, de cette réalité, dans le sens positif du mot, qui, par le groupement des phénomènes, établit des lois et des êtres; qui fait que l'immédiat et l'actuel s'enchaînent au médiat, à l'absent, au lointain, au possible, et que ceux-ci peuvent dès lors être prévus et attendus. C'est bien là, en effet, le commencement et
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la fin de toute science. Et il est facile de voir aussi que l'affirmation de l'existence des personnes et des choses revient toujours, dans la pratique, à celle de phénomènes passés et de phénomènes futurs, et d'une loi posée pour les embrasser avec ceux qui appartiennent à l'expérience actuelle. La mémoire, l'imagination, la prévision et les autres fonctions d'une conscience; les opérations de celle-ci pour reconnaître, soit dans les consciences étrangères, soit en de certaines agglomérations de faits plus ou moins éloignés et d'une autre nature, un être, un ordre quelconque établis au delà des apparences immédiates, isolées et fugitives; tout cela n'atteint la réalité que par l'affirmation de ce qui actuellement ne paraît point, mais dont une loi posée implique l'expérience ou l'existence phénoménale, sous d'autres conditions que les conditions présentes.
Nous avons marqué ailleurs deux sens du mot réalité. L'un regarde le phénomène actuel, dans la conscience où il est donné; l'autre se fonde sur la loi qui, enveloppant toute une série, en pose les termes possibles, les détermine de temps et de lieu, permet de les prévoir et aussi de les vérifier les uns par les autres, de manière à distinguer le transitoire du constant et ce qui se rapporte ou non, sous tel ou tel point de vue, à l'objet auquel il semble lié. Le passage de cette première à cette seconde réalité conduit du domaine du scepticisme h celui de la science. Aussi, en est-on venu habituellement et d'un commun accord à qualilier de réels les seuls groupes ([ue la pensée n'atteint point dans les apparences immédiates, ou moine les symboles divers que le peuple et les savants y ont substitués par abus.
Mon affirmation fondamentale admet donc deux points bien distincts : un de forme, la détermination même d'affirmer; puis l'objet, qui, d'une manière générale, est la réalité, et, dans les cas particuliers, la loi quelconque posée par laquelle je dépasse la phénoménologie du
sceptique. De là, deux champs bien différents ouverts à la réflexion pour la recherche de la certitude.
Je peux, je dois, je veux affirmer, ai-je dit. Mais que d'éléments, et des plus graves, et malheureusement des plus débattus, dans une position de l'esprit au premier abord si simple! Pouvoir, devoir, vouloir, embrassent la nécessité ou la liberté de l'acte, et sa moralité en présence des motifs sous lesquels il se détermine. Il n'est pas permis de passer outre avant de s'être fixé sur la nature et la valeur véritable de l'affirmation constitutive de la certitude pratique. Sommesnous librement certains, ou nécessairement, et comment justifions-nous enfin notre solution du problème longuement agité des déterminations de conscience.^ La question porte sur le caractère le plus profond de nos actes, sur leur plus intime rapport avec les lois qu'ils font ou qu'ils subissent, et sur l'existence môme de ces lois; c'est, à la bien nommer, la question de la certitude de la certitude. Si nous la laissons derrière nous, elle infirmera les vérités que nous croirons avoir posées les plus certaines.
Il semble donc que nous soyons tenus de placer au premier rang des vérités fondamentales la solution d'un problème dont la discussion s'est prolongée à travers tous les siècles philosophiques et n'est point épuisée, et dont notre propre analyse a donné des résultats vraisemblables, non purement rationnels. Des points de doctrine sur lesquels l'accord du genre humain est à peu près constant ne viendraient que postérieurement. Rien n'est plus propre h mettre en saillie l'essence morale de toutes nos affirmations touchant la réalité, que cette obligation où nous sommes de les faire dépendre de la plus disputée et de celle qui est étroitement liée aux notions de moralité, de l'aveu de toutes les écoles, et dans quelque sens qu'elles se prononcent.
Cependant, la plupart des hommes que la réflexion ne conduit pas jusqu'à poser la liberté comme condition