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THESES FONDAMENTALES DE LA REALITE

d'une affirmation première, et d« ceux aussi qui se livrent à des vues divergentes sur ce sujet, ne laissent pas de s'entendre sur la matière que cette même affirmation peut embrasser. En fait, donc, il y a comme un premier ordre de la certitude, composé des points de réalité que la conscience aborde directement, avant qu'elle se rende compte des conditions propres de cette certitude même qui est son acte. Ces points sont fixés avec la moindre réflexion et la plus grande spontanéité possible. A ce titre encore on peut les considérer comme les premiers, et d'autant que Faccord des pbilosophes est plutôt rompu quand il s'agit des autres. 11 n'en est pas moins vrai que ces derniers ne demeurent pas en suspens, que tout ne se trouve suspendu par là mêmcj. C'est ce que nous ne devrons point oublier en les énumérant. Nous verrons d'ailleurs que s'ils suffisent pour poser les fondements des sciences particulières, il n'en est pas de même pour décider des caractères définitifs de la réalité la plus haute et de ce qu'il est permis de savoir de la destinée humaine. Là, notre véritable point de départ sera l'examen et la solution pratique des conditions de la conscience affirmative.

Nous définirons les thèses de réalité qui appartiennent au premier ordre de la certitude, en relevant seulement les grandes concessions que le pyrrhonien est obligé de faire à Vusage, comme il dit, ou à la nécessité morale de juger pour agir. Au lieu d'affirmer par le fait, comme lui, puis de chercher les raisons d'un doute persévérant de théorie, nous placerons dans cette affirmation elTective notre théorie même, et nous nous y déclarerons certains de toute certitude. Or, ces thèses sont faciles à déterminer.

En premier lieu, nous affirmerons la réalité de la conscience, c'est-à-dire sou identité dans le temps, c'est-à-dire encore la loi de la mémoire, en vertu de laquelle une série indéfinie de phénomènes se trouvent

centralisés en un moment quelconque, alors qu'ils n'y sont pas présents. Nous affirmerons les autres fonctions inséparables qui dépassent l'immédiation et l'actualité : le jugement, la raison, le raisonnement, toutes les règles, toutes les synthèses de phénomènes qu'un instinct puissant nous suggère, que la réflexion confirme, et que l'expérience ne dément pas, mais applique et vérifie. Nous affirmerons que l'usage de ces fonctions et des catégories qui les dirigent ne nous trompe pas en général, ou du moins ne nous trompe pas de telle manière que la comparaison des faits et la réflexion prolongée ne nous permettent de corriger nos erreurs.

En second lieu, le domaine de l'expérience se composant de deux classes de phénomènes, les objectifs et les subjectifs, ceux de ces derniers qui sont proprement dit tels, ou sujets externes, et dans l'espace, indépendamment desquels nulle de nos représentations, en fait, ne se produit, ces représentés, disons-nous, s'ofPrant d'abord et naturellement à nous comme existences qui n'attendaient point notre conscience afin d'être donnés; la réflexion, d'ailleurs, parvenant bien à ramener à cette conscience les caractères immédiatement sensibles de ces existences, mais sans ébranler en général une croyance plus forte que tout système, et qui nous fait poser celles-ci : nous affirmerons que, sous des conditions d'étendue et de durée, hors de nous comme en nous, des groupes de phénomènes sont établis et se développent, lesquels forment des êtres pour soi, de même qu'ils forment des apparences pour nous et dans notre représentation objective. Nous affirmerons que nous ne sommes point trompés quand nous érigeons certaines de nos sensations en perceptions de l'être, et quand, au regard de la conscience et de ses propres, nous plaçons le monde en rapport avec elle.

En troisième lieu, nous affirmerons que parmi les groupes de phénomènes, êtres pour soi, existent des consciences régies par une loi coordonnante telle que

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