‹ Essais de critique généraleChapitre 18 sur 139 · POUR LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

POUR LA CONNAISSANCE

science. Les propositions les plus simples et au fond les plus vulgaires, si je tente de les énoncer avec quelque rigueur, rencontrent des lecteurs prévenus qui comparent, qui interprètent, qui assimilent, alors qu'il ne s'agit naturellement que de comprendre. Une technologie quelconque est indispensable, et pourtant quel terme trouver qui ne rappelle un des anciens paradoxes de la philosophie ? Vous êtes idéaliste, me dira-t-on , ou vous êtes matérialiste , c'est-à-dire vous êtes jugé.

J'oppose une fin de non-recevoir à tous les systèmes.

Une fin de noa-recevoir en philosophie c'est l'inintelligibilité d'un sujet proposé, l'impossibilité bien établie d'une connaissance. En prouvant que la représentation n'implique rien qu'elle-même et ses propres éléments, liés comme elle les lie, j'ai prouvé aussi que ce qu'on croit pouvoir poser à part de toute représentation n'est encore posé que représentativement ; j'ai donc prouvé que les représentations seules sont données et que dès lors les choses en soi n'existent pas , si ce n'est que lés représentations se nomment ainsi.

Quand je dis n existent pas, j'entends pour la connaissance au moins possible. S'il est une autre existence, en la négligeant que négligeons-nous? .

Quand je dis les choses en soi , je parle aussi bien de celles qu'il a plu aux philosophes d'appeler des idées que de celles qu'il leur a convenu de nommer des atomes. La pensée en soi, la matière en soi n'ont rien de représentable.

Je n'oppose pas la représentation au représenté

réel , comme font les idéalistes qui la prennent synonyme à! idée. Elle est pour moi la chose même, double de sa nature, le phénomène entier, l'unité et le rapport du représentatif et du représenté, la synthèse de deqx phénomènes distincts , réels sans doute, également réels , mais corrélatifs, mais inséparables, et inintelligibles hors de cette relation. Il en est ainsi dans la connaissance , et hors de la connaissance je ne sais rien.

Mais on- veut que la conscience universelle pose le noumène en regard du phénomène. Si par ce mot phénomène on entend le représentatif, l'apparence ellemême , et par ce mot noumène le représenté , chose qui apparaît, et le tout pris dans la connaissance, il n'y a rien de plus vrai, et je l'ai dit ; aussi ai-je tout d'abord défini et employé le mot phénomène dans une acception générale, sans opposition à quoi que ce soit, comprenant le représentatif et le représenté, le noon et le noumenon (1). Si l'on a d'autres prétentions, à celui qui ose m'assurer que la connaissance pose quelque chose d'absolument autre que la connaissance, je n'ai qu'un mot à dire : Ou ce quelque chose est posé hors de la connaissance, mais tel que dans la connaissance, alqrs on a beau faire il ne sera pas absolument autre, et de plus cette division absolue

(i) La séparation violente du noumène et du phénomène, admise par Kant disparaît grâce à la critique de la raison pure, puisque, en fin de compte, le noumène se trouve exclu de la connaissance. J'ai donc cru devoir rendre au mot phénomène une généralité que les sciences physiques ont d'ailleurs consacrée.

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