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Des être* quant am phénomènes Matériels.
Parmi les objets qui sont ordinairement qualifiés d'êtres y je jie m'arrêterai ici qu'à ceux du domaine de l'expérience, êtres inanimés, êtres vivants, êtres pensants; les autres se composent par analogie sur le modèle des premiers, et se forment de parties qui en sont extraites (ex : les anges, les démons } les dieux) y ou, comme Dieu et la Matière en général, appartiennent aux systèmes plutôt qu'à la raison commune de l'humanité.
J'appelle phénomènes matériels y les phénomènes représentés, en tant que liés invariablement à des
phénomènes représentatifs de l'ordre de la sensation. Cela posé , les corps sont pour moi des fonctions distinctes de phénomènes matériels.
• * Les physiciens ont coutume de définir le corps ce qui affecte nos sens , ou encore , ce qui produit la sensation. Mais , ce qui affecte immédiatement nos sens, c'est la couleur, l'odeur, la saveur, le son, la -chaleur, la résistance; sont-ce là des corps? Ces qualités nous sont présentes aussi dans l'hallucination et dans le rêve. D'autre part, ce qui produit la sensation participe de la vanité de la substance et de l'obscurité de la cause. Un savant doit-il entendre de quelque chose d'inappréciable et de latent, d'une véritable qualité occulte, le nom commun de ce qu'il y a au monde de plus vulgaire et de plus connu ? Mais les physiciens, il faut bien le dire, définissent ici par manière d acquit et ne réfléchissent guère à ces sortes de choses. Ils méprisent la métaphysique et sont métaphysiciens sans le savoir.
Développons notre définition :
V Gomme représentés généralement, les corps sont des fonctions de l'espace et du temps, conditions d'existence de tous les phénomènes ; et ces fonctions sont mathématiques, c'esl-à-dire, exactement mesurables et traductibles en équations. C'est à ce titre qu'appartiennent aux corps les propriétés générales suivantes : étendue, figure, divisibilité, mobilité, qui leur sont communes à tous et en sont inséparables. On y joint Y inertie, c'est-à-dire, l'indifférence au repos et au mouvement; mais il faut alors faire
abstraction des principaux éléments des fonctions matérielles autres que ceux que je viens de nommer. C'est le point de vue propre de la mécanique, applicable seulement, en toute rigueur, à des corps de convention.
2° Les phénomènes matériels, comme relatifs à la sensation d'une manière générale, et plus particulièrement à celle du tact, et venant ainsi tomber sous l'expérience, voient leurs fonctions déjà nommées, se diviser en se différenciant les uns des autres. De nouvelles propriétés générales, mais susceptibles de degrés, apparaissent : la porosité, la compressibilité , Yélasti- t cité, la résistance; il faut y joindre les trois états, phénomènes généraux qu'un seul et même corps (même à d'autres égards), présente en divers temps, et que tous probablement peuvent présenter : gazéité, liquidité, solidité. Jusque-là, les corps ne se classaient que suivant des lois de temps et de lieu ; maintenant les fonctions qui les constituent se spécifient davantage.
(Je ne mentionne pas l'impénétrabilité , cette propriété absolue, chimère des anciens atomistes. Je me tiens dans les limites de l'expérience et des sens, et je parle des corps, non d'une matière que personne n'a touchée. Or, l'impénétrabilité relative au tact se nomme résistance, et la résistance varie. )
3° Aux fonctions ainsi définies s'ajoute, sans exception vérifiée, la pesanteur dont j'ai indiqué ailleurs Ja nature. Les notions de poids , masçe et densité s'y rattachent, Il est clair que l'inertie disparaît quand
la pesanteur est posée, comme déjà ci-dessus quand Test la résistance.
4° Les propriétés physiques spéciales sont des fonctions qui se développent relativement à divers organes des sens et sous des conditions qu'enseigne l'expérience. Les corps se présentent alors comme chauds , colorés , électriques, etc. ; et la chaleur , la lumière , Xél&ctrtcité, etc., dénomment les ensembles de phénomènes de chaque ordre, abstraction faite des autres, et groupés sous des lois propres plus ou moins étendues que la métaphysique soi-disant physique a personnalisés, comme de coutume, sous les noms d'agents et de substances impondérables. Il serait inutile d'énumérer les propriétés secondaires qui se rapportent à celles-ci : opacité, réfrangibilité, conductibilité, etc.
5° Enfin , la distinction et la classification des corps inorganisés, commencées par la connaissance des fonctions mécaniques, continuées par celle des fonctions physiques soit générales, soit spéciales, s'achèvent par celle des fonctions chimiques. Le fait fondamental de cette catégorie consiste dans la transformation des corps en présence les uns des autres, sous des circonstances données ; il y a, pour ainsi dire, un passage de certaines habitudes à certaines autres habitudes de phénomènes, et cela par des phénomènes intermédiaires. Les combinaisons et leurs modes de s'effectuer, leurs proportions quantitatives, enfin les états physiques qui s'ensuivent, sont des lois dont la spécification des corps résulte d'autant mieux que ceux-ci semblent se détruire ou se créBr aux yeux de l'obser-
valeur. La chimie est donc l'étude des changements de fonctions des phénomènes matériels , et comme l'objet de cette science est tout entier dans les corps, il faut reconnaître en ceux-ci des éléments de devenir et un principe d'activité, mais soumis à des lois constantes.
L'énumération qui précède, tout imparfaite qu'elle est, fait ressortir du groupe des phénomènes appelés corps plusieurs groupes distincts, qui subsistent en vertu de lois particulières, se rattachent les uns aux autres par des lois plus étendues, et tous ensemble dépendent de quelques lois générales que l'expérience révèle et des lois mathématiques de 1 étendue et du mouvement
Cette même énumération une fois terminée , les fonctions classées et définies en ce qui les distingue et en ce qui les lie , la définition du corps se trouverait aussi obtenue. Mais comment mener à fin une telle œuvre ? Aux physiciens de la poursuivre. La définition exacte et du corps et des corps est donc le but de la science, tant s'en faut qu'elle puisse en être le principe.
Je conclus , pour revenir au problème de ce chapitre, que la notion commune d'être, cherchée et vérifiée dans les corps, s'applique à divers ensembles de phénomènes et de fonctions, dont chacun de nous forme aisément de grossières synthèses, et dont l'analyse est du fait de la science infatigable et progressive.
Celui qui doute qu'une synthèse ainsi formée suffise à nos représentations habituelles est libre de continuer
celte poursuite de la substance que les Indiens et les Grecs commencèrent il y a deux ou trois mille ans. Mais, auparavant qu'il réponde : Pourquoi les philosophes n'ont-ils jamais pu définir à la satisfaction générale une chose que d'après eux tout le monde connaît parfaitement, la matière? Aussitôt qu'un homme entreprend de creuser l'être, et, quittant les phénomènes et leurs lois sensibles, vise à l'absolu» le voilà philosophe , il n'est plus du vulgaire. Mais le plaisant c'est que de ce moment date sa prétention à faire accepter pour une donnée universelle de l'esprit ce que lui-même ignorait naguère, que d'autres contestent, que la plupart ne comprennent pas et qu'il pourrait bien à son tour refuser de comprendre demain. Point d'opinion que quelque philosophe n'ait une fois soutenue , disait un ancien ; ajoutons : et que quelque philosophe n'ait une fois abandonnée.
Ainsi le sens commun , ou plutôt sa vivante manifestation, le peuple, affirme sous le nom d'être attribué aux corps les fonctions diverses qu'une expérience journalière nous apprend à distinguer et à classer en les extrayant du vaste ensemble des phénomènes. Il n'importe que les définitions savantes soient incomplètes, l'observation vulgaire peu précise. Celle-ci suffit pour que chacun reconnaisse dans les phénomènes matériels une parfaite régularité de production et d'enchaînement, des caractères constants, des rapports fixes. C'est par là que des groupes naturellement formés tombent squs les sens ; c'est à cela que le peuple
attache Y existence des corps , et ce que nous avons appelé fonctions n'est pas autre chose.