‹ Essais de critique généraleChapitre 75 sur 139 · ACTE, PUISSANCE, FORGE · texte numérisé non relu

ACTE, PUISSANCE, FORGE

Cause et effet. —Définition et mesure des forées.

Toute série de phénomènes enchaînés par le devenir, après qu'elle est écoulée, soumet à l'analyse une certaine loi de succession et de développement. Mais , à priori, dans l'attente où nous sommes d'un avenir et d'une suite de changements, il arrive souvent que nous ne nous représentons point quelle loi sera. Ceci est un fait. Au reste si une loi préexiste alors à ellemême, est prédéterminée comme on dit, en sorte seulement que nous ignorions laquelle, ou si, dans cer-* tains cas, les phénomènes ne sont liés qu'après qu'ils sont et que l'expérience les a donnés, c'est ce que je n'examinerai pas en ce moment.

Plaçons-nous à un instant quelconque d'une série que la représentation se propose comme indéterminée au delà de cet instant. Un phénomène est maintenant, et, après une durée très petite, nous nous attendons à trouver un autre phénomène substitué aux rapports du premier. Ce second phénomène, en tant qu'il n'est posé en vertu d'aucune loi, n a ni quantité, ni qualité fixe, mais comprend un nombre indéfini de déterminations toutes différentes les unes des autres. Ces déterminations qui s'excluent mutuellement sont des possibles, sont dites exister en puissance, et cela sinon dans le phénomène immédiatement antérieur, au moins dans l'ensemble des précédents dont la loi est

donnée ; celle de toutes, la seule, qui se trouve devenir effectivement, selon l'expérience, est dite actuelle, et constitue un acte de ce même ensemble dont les possibles composent à chaque instant la puissance.

Si la loi s'étend du passé jusque sur le futur, n'importe ici à quel titro, on distingue toujours entre la détermination en puissance et la détermination en acte. Il serait établi, par je ne sais quelle méthode, qu'entre tous les possibles, ainsi nommés eu égard à l'ignorance seulement, il n'y en a jamais qu'un que la connaissance exacte et totale des rapports donnés ne fît point reconnaître impossible à un instant et pour des circonstances déterminés, dans tous les genres de phénomènes ; encore ce seul possible, ce vrai futur, auraitil en vertu de la loi de temps, deux formes opposées exclusives l'une de Tau tre : la première comme à venir, et c'est la puissance, la seconde comme devenant et présent> et c'est l'acte.

Les groupes définis de phénomènes sujets au devenir, depuis les corps qui exécutent de simples changements de lieu jusqu'aux êtres les plus complexes dans leurs variations, se composent ainsi, quant à leur partie mobile, d'une série d'actes. Cette série, syntkéti* séeà chaque moment, est comme un acte unique séparé de l'acte immédiatement consécutif par une puissance, soit d'ailleurs que nous nous représentions celle-ci sous la forme d'un nombre indéfini de possibles divers, . ou que nous n'y apercevions que le simple intervalle entre deux moments d'un changement dont nous savons la loi et qu'en conséquence nous envisageons futur

comme s'il était aceompli. La synthèse des actes passés est une véritable définition du mobile dont elle exprime Yétat actuel : telle est la vitesse acquise d'un corps en mou vement ; tel est, dans un ordre bien autrement compliqué, le caractère d'un être moral qui délibère. Il nous sera donc permis de prendre la puissance pour l'intervalle quelconque dedeux actes consécutifs, en faisant du premier la synthèse de tous les actes antérieurs.

Jusqu'ici l'acte et la puissance ne paraissent pas excéder la catégorie du devenir, et il semble que nous recommencions l'analyse de cette dernière avec des dénominations nouvelles. Mais le sens de ces deux notions va changer par l'introduction du rapport unique et original qui les lie : la force.

Toute représentation de changement est accompagnée d'une représentation de force. À ce nouveau point de vue la puissance comme intervalle de deux actes unis qui la déterminent, si le second n'est pas encore posé, nous donne le pouvoir; s'il est posé, le faire ou production. Ce sont deux faces de la notion de force. Sous le premier aspect, la force n'est que virtuelle, et la puissance est encore distincte de l'acte ; sous l'autre, il y a synthèse complète, et c'est la force proprement dite qui paratt, participant dans une égale mesure et de l'acte et de la puissance qui se transforment assumés dan* une troisième conception. En effet, soit que nous posions l'acte pur, sans puissance, ou la puissance pure, sans acte, de même que nous n'obtenons pas le devenir , de même aussi nous n'obtenons pas le faire : les chose* sont représentées , soit actuelles

soit possibles , mais non produites. L'acte et la puissance , envisagés dans une abstraction complète , s'excluent mutuellement, et la force, étrangère à chacun des deux séparément, résulte de leur synthèse. La force est Yacte de la puissance.

Il est bon de signaler une frappante analogie de forme entre les catégories de devenir et de force et celles de position ou de succession. Les actes sont de véritables limites entre lesquelles s'étendla puissance; celle-ci, intervalle indéterminé d'abord comme l'espace et comme le temps, du moins si l'on a égard aux cas où elle nous représente un nombre indéfini de possibles, se détermine par la position d'une double limite, comme l'étendue par deux points et la durée par deux instants. Enfin, le devenir est engendré à la manière d'une ligne et comme par un mobile dont chaque direction, d'une limite à une autre indéfiniment rapprochée de la première, exclut un nombre indéfini d'autres directions, toutes également possibles si la loi de la ligne n'est pas donnée. La force qui anime ce mobile détermine la synthèse de la puissance et de l'acte en chaque élément linéaire.

La force envisagée plus particulièrement dans son rapport au premier des deux actes qui limitent la puissance prend le nom de cause, et dans son rapport au second le nom d'effet. On doit dire qu'il y a relation de cause à effet, lorsque dans une série de phénomènes sujets au devenir, deux groupes sont envisagés de telle sorte que le premier étant d'abord posé en acte, et le

second représenté en puissance dans le premier, le second devienne actuellement. Nous supposons ici que l'acte et la puissance sont toujours, en pareil cas, liés par la force ; et cette supposition est voulue par une loi de la représentation que Ton connaît sous le nom de principe de causalité.

J'énonce ce principe ainsi : Tout ce qui change, en tant que changé, est un effet , ou encore tout changement implique une cause qui est dite le produire. L'énoncé vulgaire point d'effet sans cause est une identité insignifiante. On dit mieux tout ce qui commence a une cause, mais alors il faut n'envisager qu'un commencement relatif synonyme de changement. Celui qui prétendrait appliquer le principe de causalité à un premier commencement des phénomènes se placerait en dehors de la série du devenir, et par conséquent de l'expérience possible, et par conséquent des catégories qui ne s'entendent que comme règles générales attachées par la représentation à l'expérience. L'axiome prétendu n'aurait alors aucun fondement. C'est pourquoi je n'ai cherché la définition du rapport de cause à effet que dans la comparaison de deux termes successifs tirés du cours des phénomènes qui changent.

Le principe de causalité est un jugement synthétique, par lequel les catégories de devenir et de forée se présentent comme constamment liées, de même que le sont déjà les catégories de succession et de devenir: Tout changement implique une force; tout changement implique une durée.

La dialectique dirigée contre la notion de cause à

diverses époques, et par les philosophes les plus profonds, tombé devant les définitions que je propose. Les arguments aussi vrais que subtils d'OEnésidème, re* produits plus tard et affaiblis, s'adressent aux partisang de la substance, obligés d'admettre des causes séparées de leurs effets. C'est donc à ceux-ci d'y répondre, ce qu'ils n'ont jamais fait et no feront jamais. Il est clair que celui qui pose l'existence d'une chose active par soi et de sa nature, puis, en regard, l'existence d'une chose essentiellement passive, est dans l'impossibilité d'expliquer comment l'agent est agent sans être patient, et le patient, patient, sans être agent, et comment tous deux jouent ainsi leurs rôles sans échanger leurs natures. Quant à la cause dite en elle* même et à sa détermination interne d'où procède l'acte, comment se là représenter si on ne la place dans le devenir, c'est-à-dire si on ne la considère comme une succession de causes et d'effets, et non plus simplement comme active? Enfin, poser une substance, et dans cette substance une cause de ses modifications, c'est vouloir qu'une chose, entant qu'elle est, se fasse autre et devienne son contraire. La cause des écoles idolologiques pourrait se définir une chose qui se fait non-chose, étrange contradiction ! On se condamne à de telles conséquences lorsqu'on veut expliquer la multiplicité et le changement en prenant l'un et l'immuable pour données. On a le droit de les répudier lorsqu'on se refuse h poser des termes de rapports à part de ces mêmes rapports qui sont les seules doftnées véritables de la connaissance. Toutes les chi-

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mère» dont la notion de causalité a été environnée s'évanouissent aux yeux du philosophe qui définit l'acte, la puissance, la force, la cause par la simple analyse des rapports auxquels ces dénominations s'appliquent.

11 y a toutefois une raison à donner de l'habitude que nous avons de personnifier l'activité dans un certain sujet et la passivité dans un autre. Le rapport de cause à effet ne se représente rationnellement que par deux actes, distingués, il est vrai , mais unis aussi et placés dans une même série, lesquels limitent une puissance, et par synthèse avec celle-ci nous donnent une force. Mais les relations des phénomènes ne sont jamais aussi simples que l'esprit est forcé de se les faire pour les définir, soit dans la science, soit dans l'usage le plus vulgaire. Or, les deux mêmes actes qui, pour l'intelligence de la causalité, doivent être envisagés dans une série unique où ils se produisent successivement, à d'autres égards appartiennent à des ensembles de rapports des plus distincts : par exemple le mouvement musculaire et l'impulsion communiquée à un corps étranger. Le mouvement musculaire se lie d'une façon toute particulière à la loi très complexe qui constitue un homme, tandis que l'impulsion reçue se place dans le corps qui se meut et parmi les rapports qui déterminent l'être de ce même corps, ou en règlent les dépendances. De là vient que l'effet et la passivité 60 nt aisément fixés par l'imagination dans un sujet, la cause et l'activité dans un autre. Le préjugé de la substance donne un corps à cette distinction

d'ailleurs naturelle. Mais l'existence de deux lois diverses, quelque tranchés que soient les phénomènes qu'elles enveloppent , ne nuit point à la troisième loi qui les unit sous un point de vue. Cette dernière est précisément la causalité, c'est-à-dire une relation qui se surajoute constamment à celles qui constituent les êtres dans le devenir.

Que la représentation de la cause nous offre de certains phénomènes comme fonctions de ceux-là même qui d'ailleurs en diffèrent le plus, c'est ce qu'il est aisé de vérifier. Et, par exemple, l'acte du vouloir dans l'homme semble de lui-même étranger aux lois de l'espace et du mouvement local aussi bien qu'à toutes les qualités par lesquelles se définit le corps humain soumis à ces lois; Tac te de la contraction musculaire à son tour paraît se rapporter exclusivement aux catégories de quantité, étendue, durée et qualité ; cependant des faits si divers assument un rapport dans le devenir : le second de ces actes est en puissance dans le premier, et leur synthèse est une force. La différence n'est pas moindre entre le vouloir et le penser que le vouloir dirige. Enfin, là même où les faits sont du même ordre, la causalité ne résulte pas logiquement des rapports posés indépendamment d'elle, en sorte que l'identité ou la différence des phénomènes n'importent nullement, et que le rapport de force se superpose aux autres rapports sans acception de la nature de ceux-ci. Un exemple très connu suffira. Dans le fait de la communication du mouvement entre les corps, l'acte d'un premier mobile nous est représenté

comme lié par une force à l'acte d'un second au moment du choc ; et pourtant si l'état d'un corps libre et en repos atteint par un corps en mouvement n'éprouvait un jour aucune modification, ce phénomène n'impliquerait pas plus contradiction que le phénomène inverse observé continuellement. Seulement l'expérience se démentirait.

On voit que les catégories de devenir et de force diffèrent profondément des précédentes. Lorsque certaines relations de nombre ou de qualité sont posées, certaines autres le sont aussi par là même. L'équation et la proposition ne signifient pas autre chose. Mais d'un état donné dans le devenir» un autre état ne résulte point pour nous à priori. Les forces, les causes, nous sont signalées par l'expérience, sur laquelle nous ne faisons qu'anticiper en vertu des observations passées, lorsque, dans un cas déterminé, nous attendons un certain effet. Les actes successifs entre lesquels nous nous représentons la puissance et la force renferment des éléments de quantité et de qualité, d'étendue et de durée ; mais rien de tout cela ne nous apprend qu'il y a cause, et que le premier acte étant, le second sera produit. D'un autre côté, l'expérience nous soumet l'ordre de succession des phénomènes ; mais le phénomène de la cause, à proprement parler, ne tombe pas sous l'observation ; il appartient à la représentation en général, qui l'applique à tous les cas de succession constante donnés à posteriori.

Les considérations qui précèdent s'appliquent au

rapport de causalité pris en lui-môme , abstrait , gé« néralisé, et dans toute son extension comme objet de la connaissance. Mçis portons* notre attention sur la môme loi, telle qu'elle apparaît dans un cas particulier d'une importance majeure ; je veux dire l'action de l'homme, Il se trouve alors que tel acte posé avec des possibles (soit la volilion qui précède un mouvement musculaire) implique une représentation de force, et par celle-ci celle d'un acte conséquent. C'est un fait de personnalité ou de conscience, sur lequel nous ré* viendrons à propos d'une autre catégorie, mais que nou6 devions constater ici comme un cas, et le seul, où des phénomènes sont liés à priori par une force* En dehors de ce fait, on ne rendrait point compte des phénomènes humains, je dirai même de ceux de l'animalité, à moins de supposer, ce qui est certes chimérique, que l'animal apprend par la seule expérience, et sans anticipation de l'instinct, que tel acte par lequel il s'efforce d'approcher ou d'éloigner un objet est suivi d'un approchement ou d'un éloignement effectif. Ainsi, la force, envisagée dans la conscience, est un type sur lequel, indépendamment de l'expérience, nous modelons le rapport de causalité de tous les phénomènes extérieurs enchaînés dans le devenir. Nais il faut que la succession constante de ceux-ci soit établie d'ailleurs.

Hume, auteur d'une critique célèbre de la causalité, démontre, ce que j'admets, que les causes, quant à l'observation externe, se réduisent à de simples rap* ports de succession. Mais il supprime arbitrairement

les forces. 223

06 que la représentation, en vertu de ses lois générales régulatrices de l'expérience, ajoute à ces rapporte constamment observés. W habitude du retour dos phénomènes dans un ordre déterminé n'a rien de commun avec la force qui les lie ; et cette force, il est de fait que la conscience la pose relativement à de certains actes ; il est de fait que la représentation Ja transporte à tous les autres aussitôt qu'elle envisage ceux-ci dans le devenir.

Nous avons défini la force par le rapport de deux actes limitant une puissance, et la cause par ce même rapport au point de vue spécial de l'acte antécédent. Mais l'usage identifie la force à la cause en ce sens, et les considère tous deux indépendamment des actes subséquents. Ce fait tient, sans aucun doute, aubesoin que nous éprouvons, dans les sciences comme dans la vie, de fixer les notions sur des rapports qui tombent, au moins partiellement, sous l'observation externe ; et les actes sont dans ce cas, tandis que les possibles, les forces et les causes n'appartiennent pas au domaine de l'expérience. Ainsi le mathématicien fait résider une force dans le corps quelconque en mouvement ; le chimiste dans une partie de matière dont les qualités lui sont connues, sous des circonstances don* nées, etc., etc. Ce langage, emprunté à la doctrine de la substance, ne touche ni la méthode, ni les résultats de l'exploration scientifique, dès qu'il est bien entendu qu'on ne se propose de déterminer que des phénomènes et des lois ; et on l'adoptera sans plus d'incon-

vénient que n'en apporte l'inévitable emploi des figures dans le discours : mais il faut se rappeler que la cause sans l'effet, la force sans la puissance et le double acte, sont de purs mots dénués de toute signification. Qu'est-ce, par exemple, qu'assigner les vibrations de l'air pour la cause du son, si le son n'est pas considéré comme un acte de l'être sensible, lequel acte soutient avec l'acte du fluide élastique un rapport de puissance que l'observation révèle ? Il est manifeste que l'air vibrant, pris en lui-même et à part de la sensation, n'est pas une activité sonore, et que la force de son, pour ainsi parler, n'est intelligible qu'au moyen d'une synthèse expérimentale des deux actes d'ailleurs si divers. De même, dans le fait de la communication du mouvement, la force motrice , placée par image dans le premier mobile, est, au vrai, une synthèse des deux activités au moment de la communication ; car on ne saurait concevoir comment, de ce qu'un corps se meut, un autre corps se meut aussi ou ne se meut pas. Enfin, la force attribuée au vouloir, représentée dès le premier acte, ainsi que nous l'avons vu, ne l'est pas pour cela dans cet acte, abstraction faite de l'acte conséquent; mais ce dernier se pose dans une synthèse qui anticipe l'expérience, et par un phénomène propre à la personnalité. De fait, une volonté actuelle a toujours quelque effet, ou se perd dans l'indétermination et n'est plus un phénomène.

Ces réserves faites, nous pouvons nous conformer sans scrupule au langage reçu. Nous regarderons alors comme une classification des forces la division qu'on

peut faire des actes antécédents selon leur nature. Celte division répond à celle des sciences, et présente de graves difficultés, à raison de l'imperfection de nos connaissances positives.

Force» mécanique». — L'acte antécédent est un mouvement défini dans un mobile donné, et l'acte con séquent est de même nature, si nous ne sortons pas de la mécanique proprement dite. Un acte de ce genre comprend deux éléments : la vitesse dont nous con* naissons la définition et la mesure ; le mobile lui-môme, ou pour mieux limiter ici notre objet, la masse dn mobile. Ce dernier, en effet, n'est pas simplement un volume, corps géométrique : l'expérience constate que deux corps d'une étendue équivalente, ou même superposables, ne suivent pas les mômes lois quant à la vitesse qu'ils acquièrent, ou à celle qu'ils transmettent, étant placés dans des circonstances où un mouvement se produit, circonstances identiques départ et d'autre. Cependant si le mobile était le même dans les deux cas, et toutes choses égales d'ailleurs, les vitesses reçues ou imprimées ne devraient pas non plus être dif férentes ; et il faut supposer que les phénomènes de cet ordre sont liés par des fonctions invariables. On considère alors le corps comme une somme de parties liées, lesquelles, au lieu croire des éléments cubiques, peuvent se trouver en nombre inégal sous des volumes égaux. La masse est la somme de ces unités constituantes des corps, de ces parties matérielles élémentaires supposées propres à présenter les mêmes phénomènes de mouvement dans les mêmes circonstances.

LOI D£ CAUSALITÉ l

Pour ne pas dépasser le point de vue spécial de la science, et afin de laisser toute spéculation physique de côté, il faut savoir que Ton ne définit sous ce nom de masse que le corps mécanique, un ensemble de parties quelconques composant le mobile, aptes à se substituer les unes aux autres (abstraction faite de leur figure) dans un même mouvement y sans le troubler. L'existence de ces parties, ou unités mobiles, est un postulat pour l'expression rationnelle des lois du mouvement.

La masse est une quantité qu'on peut mesurer: l'unité, non naturelle, mais conventionnelle, est la masse quelconque d'un corps défini, dans des circonstances mécaniques données. D'autre part, la vitesse est mesurée ; dès lors, ce qu'où pourrait nommer l'acte du mouvement, est une quantité composée de deux autres, laquelle variant en raison de la vitesse, à masses égales, et en raison de la masse, à vitesses égales, a pour mesure le produit de la masse du mobile par la vitesse du mobile.

Ce produit, très bien désigné sous le nom <Je 91409tité de mouvement, est pris ppur mesure de la fprce en dynamique. Mais, au fond» ce n'est pas la force qui se trouve ainsi mesurée, puisque ne tombant pas sous l'qhserYatipn, et n'étant pas par elle-même une quantité, à moins qu'on ne la confonde avec les actes produits dans le temps et dans l'espace, on peut seulement la traiter de grandeur et lui attribuer une intensité dont l'évaluation précise et directe est impossible. Ce qu'on mesure, c'est le mpuvetn^t. Les \m du

LES FORCES. i&7

mouvement sont l'objet positif de la dynamique. On pense encore pouvoir établir une comparaison numérique directe des forces, au point de vue statique, en considérant deux forces comme égales, lorsque, appliquées en un même point et dans la même direction, en sens contraire Tune de l'autre, elles se fout équilibre : d'où la notion d'une force double, triple, etc., se déduit comme dans les autres cas de ce genre. Mais tout ceci suppose une définition exacte de ces forces. Si on les présente comme des causes qui tendent à changer l'état de repos ou de mouvement des corps, il reste à expliquer ce que c'est que mesurer une cause et une tendance, et, dans le fait, il se trouve qu'on ne mesure jamais que des actes, c'est-àdire des mouvements. Si Ton fixe l'idée de tendance dans les phénomènes sensibles & effort, de pression, de poids, on n'en obtient pas pour cela la mesure directe. Or, la mesure qui se tire indirectement de la comparaison de certains effets (un ressort tendu, un levier en équilibre) ne saurait dépasser ces mêmes effets, seu|s observables et toujours définis par certaines conditions de déplacement dans l'espace. L'équilibre est un pas particulier des lois du mouvement.

Concluons que la force, dans son acception mécanique, la moins complexe de toutes en apparence, ne souffre pourtant pas 1 application exacte du nombre, et que le mouvement seul est ressortissant aux lois mathématiques. Ce n'est pas qu'une noliou essentielle puisse être bannie de la science qu'elle domine ; mais la mesure, et par suite le calcul, s'appliquent à l'acte,

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ou à Pacte en puissance, jamais à la force proprement dite (1).

Forces phyatquea. — La plus universelle de ces forces est celle qui passe pour produire les mouvements de gravitation. On a longtemps cherché à l'expliquer comme un cas particulier des précédentes. Newton même a travaillé dans ce sens. J'ignore si la recherche a été vaine seulement, ou si elle est vraiment absurde, comme on a fini par l'assurer ; mais la tendance au rapprochement, attribuée presque de tout temps aux parties de la matière, ne se distingue plus aujourd'hui d'avec la force même. 11 y a là un mélange de deux catégories, d'une loi de finalité et d'une loi de causalité, d'un principe appétitif et d'un principe impulsif. Quoi qu'il en soit, Y attraction, assimiléedans le fond à Tune ou à l'autre des facultés animales, n'est pas en elle-même susceptible de mesure, et la grande loi de la pesanteur ne règle positivement que des mouvements pour des masses et des distances données.

Les forces dites moléculaires ou intérieures président à des phénomènes très composés, très variables, d'une observation difficile. On ne trouve à ce sujet, depuis Boscovich jusqu'à nos jours, que des hypothèses peut* être beaucoup trop simples, et auxquelles des moyens de vérification manquent encore.

Les qualités physiques, la chaleur, l'électricité, la lumière, sont, dans les corps qui nous les présentent,

(1) Voyez dans l'appendice VIII, à la fin du volume, quelques développements afférents aux principes de la mécanique rationnelle.

de certains actes qu'on peut considérer comme des forces, eu égard aux modifications qui s'ensuivent. Mais l'analyse de ces acles est encore imparfaite, et toutes les fois qu'on prétend en apporter la mesure, on ne fait rien de plus qu'évaluer certains de leurs effets, qui appartiennent à Tordre des quantités: ainsi, la dilatation, valeur linéaire ou cubique donnée par un mouvement; ainsi, la chaleur spécifique, qui n'est vraiment une quantité qu'autant qu'on la définit par d'autres quantités réellement observables. La physique atteindra son état positif quand il lui sera permis de substituer aux qualités qu'elle étudie des mou* vements à lois connues, produits dans des milieux définis, et le tout sans hypothèses. Alors elle exécutera de véritables mesures, et qui ne porteront plus sur des objets qui répugnent au nombre. Le mieux, jusque-là, serait de se borner à l'énoncé des faits et des nombreuses lois partielles qui ne dépassent point l'observation. Toutefois, je n'exclus point l'hypothèse comme moyen d'investigation.

Force* chimiques. — La chimie exécute des me* sures en déterminant les poids ou volumes relatifs des éléments des combinaisons. Quant aux forces qui produisent les changements spécifiques des corps, elle les considère comme des affinités, spécifiques aussi, différentes de l'attraction en cela, et^ans doute aussi quant aux lois encore inconnues qui régissent les mouvements généraux de cet ordre. Ces affinités se classent par degrés d'intensité, selon leurs effets grossièrement comparés, et ne se mesurent pas à la ri-

gueur. Au surplus, la chimie, en possession d'un nombre immense de faits et de certaines lois numériques, ne peut assigner que d'une manière très vague le caractère des forces qui président aux mouvements de composition et de décomposition des corps ; et les théories physiques encore si faibles lui offrent peu de secours pour la généralisation des phénomènes.

Forées vitales. — Sur ce que j'ai dit des forces physiques et chimiques, on peut remarquer que les actes antécédents dans lesquels on envisage les causes de cet ordre, se prêtent à deux points de vue. Il y a d'abord l'aspect mécanique qui doit prédominer ; c'està-dire que des figures et des mouvements sont donnés, d'où procèdent d'autres figures et d'âulrés moutetnents, suivant des lois connues ou à connaître. Puis il y a l'aspect physiologique ou vital : l'acte se présente alors sous le type des facultés animales, la volilioh et l'appétit, plus ou moins affaiblies ; car que pourraiton entendre autre chose par les vertus attractives ou répulsives, dans les êtres en qui elles agissent? Or, la mesure de la force n'est jamais, au fait, que celle d'un acte tombant sous l'observation cornme quantité eh étendue et en durée : donc les actes d'un autre caraclère admis dans la série du devenir sont tels, que nulle mesure exacte ne leur appartient, du moins intelligiblement.

Les faits organiques présentent ce même double aspect, avec cette différence que les phénomènes vitaux viennent au premier rang et non plus au second. Considérés en eux-mêmes, ils se prêtent à l'application

vague de la grandeur, mais échappent au nombre et à la mesure. Aussi, la spéculation cherche à s'attacher de préférence aux phénomènes mécaniques, physiques et chimiques qui précèdent, accompagnent ou suivent les manifestations vitales. C'est ce qu'on appelle réduire les lois de l'organisation à celles de la matière inorganique. La tentative, en un sens, est chimérique et ne s'explique que par le préjugé dé la substance et la fausse notion de la cause. (Voyez ci-dessous § xlvii.) To a le foi s, on peut raisonnablement s'efforcer de dégager et d'étendre le plus loin possible celles des Ibis liées à l'organisation qui souffrent l'application de lé mesure. Mais ici les problèmes eux-mêmes sont à l'état vague, et la physiologie ne peut espérer de longtemps un progrès qui manque à la chimie, à la physique presque tout entière.

force représentative. — J'entends par ce mot, la force qui lie les représentations successives ; car la volonté^ en tant que locomotive, appartient aux forces vitales. ïl ii'y aurait de mesure possible pour cette force qu'autant qu'où observerait des modifications organiques, chimiques, physiques, mécaniques en dernière analyse, exactement correspondantes à ses effets. Ceux (jpii;, sur là foi d'une découverte qu'on n'entrevoit pbint* et dont oh abtise* voudraient confondre les phénomènes représentatif^ avec la matière dune science tout abstraite comme la dynamique; auraient seulement la prétention de tirer une chose d'ufce autre, et du même le différent, toujours sous prétexte de substance el de causalité.

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