DU NÉCESSAIRE
§ XXXVIIÏ.
Un nécessaire, du possible, du probable. — Mesure de la probabilité. — Propositions modales.
La nécessité est une forme attachée à toute actualité donnée dans la représentation. Les sens divers du mot nécessaire dépendent plus ou moins directement de cette signification fondamentale.
Ce qui est, pendant qu'il est, ne peut pas ne pas être ; le rapport posé est posé, non supprimé, c'est-à-dire ne peut pas n'être pas posé en tant que posé. L'actuel est donc aussi le nécessaire , et la nécessité est un autre nom du principe de contradiction, du moins en ce sens.
Les jugements analytiques sont nécessaires lorsqu'ils ont pour termes des données actuelles et actuellement liées, puisque, dans ces sortes de jugements, le lien est inséparable des données elles-mêmes. Ainsi, te tout est plus grand que la partie, l'espèce de l'espèce est espèce du genre, sont des jugements nécessaires à l'instant même où ils se forment dans la représentation.
Le raisonnement déductif est nécessaire, si Ton fait abstraction de la valeur des propositions qui lui servent de données ; caries jugements composés qu'on appelle des syllogismes sont analytiques, aussi bien que le principe général qui les résume, soit dans là catégorie du nombre, soit dans la catégorie du genre : de là le nom de conséquences nécessaires, très
justement appliqué aux conclusions des syllogismes.
Les jugements synthétiques basés sur l'expérience n'ont pas ce caractère de nécessité. D'ailleurs l'expérience ne nous apprend rien de général , et la représentation, dans ces sortes de cas, ne pose pas plutôt d'elle-même un rapport que le rapport contraire. L'actualité ne dépasse donc pas ici logiquement la limite dés faits particuliers observés, quel qu'en soit le nombre. Exemples : les corps sont pesants; dans toute communication de mouvement, l'action est égale à la réaction, etc.
Les jugements synthétiques à priori viennent à la représentation comme des lois générales qui la régissent. C'est pourquoi on les traite de nécessaires. Mais, en fait, la représentation étant donnée dans un homme, et non point simplement et universellement, ses lois ne sont ni aussi invariables ni aussi incontestables que certains philosophes Font cru. Leur nécessité ne s'étend pas, à parler strictement, plus loin que l'acte plus ou moins répété par lequel elle se manifeste. Les jugements analytiques mômes et le raisonnement déductif ne se présentent comme vraiment nécessaires qu'autant que nous réunissons leurs parties, par une sorte de fiction, en un seul acte et sous un seul phénomène, présent, immédiat ; il n'en serait plus de même si nous avions égard à leur développement, qui a pour condition, dans l'homme, l'usage de la mémoire. Mais ces considérations touchent à la question de la certitude que j'ai réservée et que je réserve encore ici.