‹ Essais de critique généraleChapitre 78 sur 139 · D NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

D NÉCESSAIRE

présent même, en tant qu'un devenu, est contingent, fortuit, arbitraire. L'acte est le rapport posé, ce qui est; la puissance, le rapport po sable, ce qui peut être, identique, comme non acte, à ce qui peut ne pas être. La syntbèse s'opère dans la détermination de la puissance par deux actes limitants, l'un antécédent et l'autre conséquent. Si donc la catégorie de force impliquait une solution de la question posée, il faudrait que l'analyse de ses seuls éléments nous apprît laquelle de ces deux suppositions est la vraie : ou que la synthèse, et la détermination qui s'ensuit pour le devenir, sont données dans l'acte antécédent (dans la cause), et qu'ainsi tous les actes successifs possibles composent un acte unique, divisé et déroulé dans le temps; ou que l'acte conséquent (l'effet) doit être posé en fait pour que la cause elle-même existe déterminément, et qu'une loi des phénomènes successifs puisse être envisagée.

Dirons-nous, en faveur de la nécessité, que tout phénomène qui devient est effet; et que tout effet, contenu dans une cause antérieure, est par là même prédéterminé ?. Cette idée de contenance est obscure, pour ne rien dire de plus, dès que nous n'admettons point de causes séparées, point de substances, et que nous réduisons la cause et la force à ce rapport original que la représentation envisage entre certains actes successifs. Mais allons plus loin, accordons que la contenance puisse recevoir ici un sens positif, il restera toujours à savoir si l'effet, maintenant en acte, fut seul en puissance dans sa cause, ou si d'autres effets l'ont

Et 1>U POSSIBLE. 237

été concurremment, lesquels se sont trouvés éliminés au moment et par le fait du devenir. On insiste, on affirme que rien ne se produit sans une cause adéquate à l'effet, sans une raison suffisante pour que l'effet soit tel et non autre. Mais pourquoi l'acte môme, le double acte qui détermine une puissance auparavant indéfinie (et par cette synthèse représente une force), ne serait-il point une raison suffisante de la détermination au iqoment où elle se pose? S'il en était ainsi y dit-on, quelque chose commencerait absolument, ce qui est incompatible avec le principe de causalité. À cet argument suprême, il faut répondre que le devenir lui-même implique ce commencement dont on voudrait s'affranchir; que le changement, d'une manière générale, a lieu sans cause, quelque déterminés que puissent être les changements particuliers! car pourquoi quelque chose change-l-il? enfin, que, remontant de cause en cause, le partisan de la nécessité se voit contraint, ou de violer le principe de contradiction en se réfugiant dans le progrès à l'infini, ou d'admettre une première cause sans cause, et alors pourquoi pas dix, pourquoi pas cent?

Affirmerons-nous donc que nul des phénomènes, présents ou passés, n'a été nécessaire en vertu d'une loi préexistante, et des actes antérieurement posés£ Affirmerons-nous que ce qu'on nomme le futur ne peut jamais être dit actuellement devoir être ou ne pasêtre, ni se poser comme vrai en aucun cas, ni comme faux, ni comme vrai ou faux> enfin figurer d'une manière quelconque parmi les éléments de la proposition? On

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justifierait ce parti pris pour le hasard en recourant à la notion de puissance, de même qu'on s'en réfère au fond à la pure notion d acle dans toute argumentation à l'appui de la nécessité. En effet, si, d'une part, l'acte lié à l'acte par une loi, et réduit à l'unité, donne laper ces si té même; de l'autre, la puissance indéterminée est précisément la négation de cette loi, lien {les actes successifs. Mais comment savoir si le rôle indispenr sable des possibles dans le jeu de la représentation humaine reconnaît un autre fondement que l'ignorance? L'intelligence humaine a tant et de si grandes lacunes! il s'en faut tellement qu'on puisse la prendre pour équivalente à la représentation, en général! Ensuite, et surtout, le rapport de causalité s'appliquant à certains phénomènes déterminés dont la succession constante est connue, et cette succession nous induisant à une anticipation sur l'avenir aussitôt qu'apparaît le phénomène antécédent, on est porté à conclure quç dans certains cas, si ce n'est dans tous, la puissance est çéduite à un possible unique pt perd son caractère propre pour prendre celui d'un acte futur. Ces deu? derniers mots semblent contradictoires, mais il faut Jf s entendre au sens dune partie d'iui acte total compté $ou& mie condition de temps. C'est ainsi que se déterminent àpriori les moments d'un mouvement doqt la loi est donnée. Pourquoi tous les actes, tous les moine n^s du devenir, en tout çtrdre de phénomènes, ne seraient-ils point liés par des lois, très complexes sans doute et à nous inconnues, mais enfin par des lois analogues à celles que, sur te foi des sciences, on recon-

naît pour fondements de la nécessité des changements

physiques de l'univers?

On voit que ni l'analyse de l'acte, ni celle de la pais* sauce, à ne consulter que la représentation eu général, ne nous obligent à prononcer sur cette alternative : ou que la succession des phénomènes, quels qu'ils soient, est réglée par une loi qui pour être n'attend pas leur existence; ou que tous, ou certains d'entre eux, n'admettent de lois qu'à posteriori, et ne se déterminent qu'en acte.

Consultons maintenant l'expérience. Elle nous mènera, ce semble, un peu plus loin que la pure analyse, mais sans nous donner de conclusion logique.

D'un côté, l'expérience constate le retour des phénomènes sériés que nous prévoyons en vertu d'une loi observée, et ainsi nous incline à les croire prédéterminés. Je dis croire, parce qu'il y a là une forte induction de notre part, non une opération déductive, et encore moins uu simple fait d'observation : on consiste bieq que le lever du soleil prévu hier a lieu aujourd'hui; mais on ne constate pas que le lever du soleil prévu aujourd'hui a lieu demain; en 4 autres termes le général ne se laisse point observer. Conclupn* donc, et c'est tout ce que nous pouvons conclure, que l'exp^rience interprétée conformément à l'hypothèse de h constance des bis de la nature implique l'existence 4e phénomènes futurs nécessaires.

L'expérience appliquée à un autre ordre de phénomènes, ce sont ceux de l'animalité et plus particulièrement ceux qui dépendent de l'activité humaine, nous

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les présente placés en dehors de toute prévision scientifique, c'est-à-dire d'une loi quelconque rigoureusement préétablie ? Mais peut-être des lois existent, quoique à nous inconnues maintenant? L'expérience ne se borne pas là. Chacun de nous se plaçant, du moins à ce qu'il lui semble, au centre de production de certains phénomènes successifs dont il croit tenir en soi le principe et les éléments essentiels, suppose en délibérant l'incertitude du point que voici : Fera-t-il ou non telle chose? Et la preuve de cette supposition est le fait même, de la délibération, en tant que volontaire. S'adressant à autrui, c'est-à-dire envisageant en autrui un centre pareil au sien, il conseille, il approuve, il blâme. Toutes ces affections, auxquelles il faut joindre le désir, l'espérance, la crainte, le regret, je ne dis pas dans toutes leurs applications, mais dans lëur*principe, impliquent la représentation de possibilités diverses et de futurs indéterminés. Je ne conclus point de là, logiquement, à une indétermination effective; mais je conclus que l'expérience, interprétée conformément à l'hypothèse d'un fondement véritable • de nos affections, implique l'égale possibilité, l'indétermination réelle de divers phénomènes envisagés dans le futur.

Abstraction faite de toute opinion doctrinale, on trouvera, en y pensant bien, que l'hypothèse d'un fondement de nos affections (d'où l'indétermination de certains futurs) et l'hypothèse de la constance dés lois delà nature (d'où la prédéterminalion de certains autres futurs) sont des faits du même ordre. Si, dans

le vrai, tout est nécessaire, nous devons reconnaître la présence dans l'homme d'une illusion, Y illusion du possible. Si, au fond, tout est fortuit, il sera permis de traiter de vaine apparence l'induction tirée de l'observation du passé à la nécessité de l'avenir, et Ton en sera quitte pour constater ce phénomène propre aux représentations humaines , Y illusion du futur nécessaire.

La parité que j'établis entre l'hypothèse des futurs déterminés et celle des futurs ambigus, toutes deux posées sous condition d'une certaine interprétation de l'expérience, semble souffrir une difficulté: la première hypothèse est vérifiée par les faits, non certes pas en elle-même et d'une manière générale, mais en ce sens que notre attente de certains phénomènes est justifiée par l'arrivée de ces mêmes phénomènes en particulier; pour que la seconde permît une vérification semblable, il faudrait que l'observation constatât que, dans un cas où nulle loi n'est posée, le phénomène A n'étant ni plus ni moins attendu que le phénomène non A, le phénomène A n'arrive ni plus ni moins que le phénomène non A. Au premier abord, une expérience de ce genre paraît impossible. Cependant la vérification expérimentale de la loi des grands nombres n'est pas autre chose, et nous allons nous en rendre compte en passant de l'analyse du nécessaire et du possible à l'analyse du probable.

Supposons des événements numérotés 1, 2, 3, etc., tels que l'un quelconque d'entre eux soit possible au même titre que tout autre de la série, c'est-à-dire au-

^49 pu ppqba^e:

tant et 9vi39î peu aHeP<lu que el>acuu 4'eux pour un

^s 4ewtf j sqppgsQ^s (Je plus que l'énumératiou 4es

phénemènes ppaçi^l^s 4e ce cas sqH cpmplèta. Pire

itfprs que ç$s phénomènes sont des fqturs également

probables , c'g§t 4ire simplement qu'où ne met aucune différence entre leu^ possibilités respectives,

4an« l'attente oît Vq« çst 4e Ja venue 4e quelqu'un

d'eux. On envisagera, pour fixer les idées, une p^e jeuferq?ant un nombre 4éter^iué de t)Qule§ numérotées, pareille?, dont Vune doit s'extraire sans fifcoi*.

Mai§ repréa«nten$-nou$ les événements ain»i parta* gés ; d'un côté le n* J. 4e l'aube l'un quelconque des ^Utfes, g, 3, 4 ... . m; puis comparons comme deux ^Yénemepts futurs 4' un nouveau genre l'arrivée 4u jf 1 et l'arrivée 4'un autre numéro- Ce dernier événement est un possi^lg cçmposé de m — 1 autres postybies (ou répond h pue attente composée de m — 1

a^tre* attentes) ; le premier n'admet qu'un possible et

qu'une atlepte simples* A ce point 4e vue nous voyons apparaître le possible, twilç et des possibles nomhrçs, qui sont, peur ainsi parler» 4es nombres d'attente. Si 4p9£ 4eU* événements ce présentent comme réalisables* l'un §ous condition 4e l'uu quelconque de g événements simples, l'autre sous condition 4e l'un quelconque de £ événements simple^ et s'il n'y a eu

tout que a + b événements possibles , la possibilité

comptée du premier événement sera donnée par le

rapport numérique J et celle du aeeond par le

MESURE DBS PROBABLES. 343

1 rapport 7. Ces rapports se posent, pour emprunta lp langage reçu «tes joueurs, entre le norpi^r» des .

chance? feypFatyes g clwqus événemept el }e napibpe total des cb^nçgs sqppp§ée§ parejjle^ et exactement pnumérée§,

Cette possibilité composée évaluable en «ombres est I3 probabilité mathématique* EUe mesure raliq^e applicable à un événement entre plusieurs ; et de là vient que les enjeux des joueurs doivent être proportionnels au* probabilités respectives (le g?ip qu'il? aqt en conséquence des règles du jeu. On voit qu'il s'agit ici de* jeux de hawr<j.

Le probable ne laisse pas de s appliquer à des cas où n'ont lieu ni la distinction ni rénumération des phénomènes également possibles et attendus composant la totalité d'un ordre que Ton considère. C'est que, de même que nous nous représentons un ordre de grandeur entre des phénomènes non susceptibles de mesure, ainsi nous pouvons envisager pn ordre de probabilités qui échappent au calcul, Ad fond, notre pensée doit alors s'en référer à des possibilités composées dune manière vague, dont l'événement attendu fait partie et que Ton croit l'emporter sur celles dont il est exclu. Les événements observas dans le passé guident ordipairement nos appréciations touchant l'avenir ^ comme quand nous pi ésu pions de la conduite d'un bomrpe sur ce que nous appelons son caractère. Nous transportons au futur les nombres du passé sans les avoir rigoureusement déterminés et sans connaître

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