OE LÀ FORME ANTINOMIQUE
Joute question proposée. La science, réduite à constater des faits partjp|iliers, pu pour mieux dire singuliers, no serait pien, hors de là, qu'un autre nom de la contradiction.
Mai* ces propositions sont sophistiques, n'ont que l'apparence de propositions. En effet, la distinction et l'identification ne sauraient s'attribuer séparément à la relation que leur synthèse constitue : celle-ci implique tes deux termes , et chacun la suppose à son tour en supposant son corrélatif et contraire. Il en est ainsi de l'un et du multiple dans le tout, de Y être et du non être dans le devenir, etc.
En général, il est bien vrai que, dans toutes les catégories, l'antithèse est la négation de la thèse, et que la synthèse résulte de cette affirmation et de cette négation tour à tour niées et affirmées; mais on ne doit pas oublier que la thèse et l'antithèse n'ont de sens que l'une par l'autre et dans la synthèse qui les unit. En les attribuant Tune à l'autre, comme dans ces propositions : le même eét autre, Vautre est le même, on renverserait leur signification corrélative; et en les appliquant séparément à leur commune synthèse, comme ci-dessus, la relation est diversité, la relation est identité, c'est la signification de cette Synthèse elle-même qui se trouverait atteinte.
On voit que la constitution des catégories, loin d'être incompatible avec le principe de contradiction, ne fait que le répéter et le confirmer. C'est en vertu du sens attaché aux trois termes, thèse, antithèse et synthèse,
que les deux premiers ne sauraient exprimer un seul
et même rapport dans le troisième.
J.es synthèses sont les données dp 1a science, et l'usage des éléments analytiques regarde la description, la décomposition pt la recomposition dis ces ipêqaes synthèse?. Il eq est d'ailleurs de la science appliquée comme de cette science abstraite et générale. Toutes les données de la représentation, de quelque nature qu'elles soient, sont synthétique? ; une thèse ppeée quelconque est déjà une synthèse que la scienee entreprend de diviser, pour la reformer ensuite. M science, je l'ai dit ailleurs et développé? n'a qu'un but : c'est de composer distinctement Jes synthèses obscures de la connaissance.
Ainsi les antinomies du système des catégories ne ruinent point la science, ni ne l'infirment, ni même ne la bornent, si ce n'est en ce sens qu'elles en marquent l'origine. Elles sont les premières et les plus générales des lois, les rapports régulateurs universels, et ne çQpçfitnent point une dérogation au principe 4'iden* tité , toujours nécessaire à la considération ef au jeu des relations.
Ces antinomies ne contiennent pas non plus la science , et n'en offriraient pas l'accomplissement alors mêipe que l'analyse aurait pQpp^jvi }e tféypteppemsnt des synthèses primitives jusqu'à ses dernières limites. En déroulant ainsi tout le contenu abstrait de6 catégories, oeuvre difficile, sujette à beaucoup d'erreurs, et qui ne peut être le résultat que de travaux collectifs et prolongés , on n'arrivera pourtant
qu'à dessiner le squelette de la représentation. Cet ensemble de formes sans vie, immobile, inapte à donner les fonctions particulières, sera le système des règles du savoir, non le tableau de l'esprit et de la nature. Toute la représentation ne consiste pas dans les rapports généraux qui la dirigent; il faut y joindre une matière, des phénomènes détermines particulièrement et tels que les donne l'expérience ou relation de fait dans ses modes plus ou inoins variables : soient les rapports effectifs de nombre, étendue et durée, les espèces, les changements, les causes, les fins, les personnes, en un mot, le monde.
C'est de ce contenu de l'expérience, de ce contenu de la représentation au moins possible, où s'étendent ses formes régulatrices, mais qu'elles ne constituent point , c'est du monde que je dois m'occuper maintenant. Et la question est celle-ci : la science peut-elle embrasser le monde? Peut-elle résoudre les questions générales qu'elle se pose en lui appliquant les catégories? Une synthèse unique et totale des phénomènes est-elle possible?