QUANT AU DEVENIR
en ce qu'il dépasse l'expérience et le champ d'applica tion des catégories.
Nous posons une limite, comme limite seulement ; nous ne l'embrassons pas, nous ne sommes poinl admis à la reconnaître, à en faire le tour. Mais envisagé directement, immédiatement, le premier terme n'est non plus contradictoire que ne l'est un acte quelconque envisagé de même, c'est-à-dire isolé, retiré de la série de l'expérience. La respiration du nouveau -né, le composé produit des mains du chimiste, l'accident le plus simple sont des phénomènes qui commencent à la rigueur, quant à ce qui les caractérise par opposition aux phénomènes préexistants.
Deux objections sont à prévoir. L'une se targue du principe de causalité qui, dit-on, exige que tout devenir procède d'un acte antécédent. En effet, l'analyse de la cause implique deux actes successifs, mais comment? en manière de donnée, et de telle sorte que là où ces deux actes manquent, la cause ne soit pas. On tire donc la causalité de sa sphère en l'appliquant à un acte sans précédents. Dès que nous posons un terme premier, c'est un terme sans cause que nous posons; et dès que nous sommes contraints de le poser sous peine de contradiction, nous sommes contraints de poser un terme sans cause. Mais on dit que la représentation n'admet de phénomènes que sous la loi de causalité. Gela est vrai entre les limites de l'expérience et de l'application des catégories ; cela n'a plus de sens quand il s'agit de la limite même qu'il est donné d'atteindre par la pensée» non de comprendre.
Au surplus, il faudra voir si les notions de cause et de force ne reparaissent pas modifiées par rapport au premier terme, ainsi que tant de philosophes l'ont cru.
L'autre objection est prise du point de vue empirique. Elle est plus forte, et en la restreignant à sa portée véritable, je l'accepte. On peut nous demander ce qui nous autorise à sortir du domaine, non de l'expérience seulement, mais de l'expérience possible, laquelle enveloppe tous les rapports accessibles à la connaissance. S'il est vrai, en effet, si l'on est forcé d'admettre que les conditions de l'expérience ne répugnent point à ce que quelque chose commence et se produise nouveau à certains égards, il n'est pas moins vrai qu'elles veulent que ce quelque chose, à d'autres égards, suive , et se rapporte à un plus ancien. Mais de ce que l'expérience ne peut s'étendre à cela qui précisément commence la série de Fexpérience, je conclus aussi qu'elle ne saurait en aucune manière le contredire. Les phénomènes devenus et précédés qu'elle enveloppe n'entraînent pas la négation d'un ou de plusieurs phénomènes existants ou venus, non précédés, qui la bornent. La question : Oui ou non, la série de l'expérience a-t-elle commencé? est claire et inévitable. Une fois admise, il faut bien avouer que le non implique l'infini, c'est-à-dire la contradiction, tandis que le oui pose une limite, une limite qu'il est nécessaire de poser, mais qu'il n'est pas nécessaire de comprendre.
Le mot de la difficulté est celui-ci : La représenta-
tion catégorique est la règle de l'expérience, et, par conséquent, s'étend à la totalité de l'expérience possible. Dépassant l'expérience en ce sens, elle peut lui prescrire un contenu, mais sans le déterminer, sans le borner à la manière des autres objets qui se rangent sous les catégories de nombre, étendue, durée, espèce, devenir. L'extrême limite qu'elle fixe n'est rien qui puisse être limité à son tour. Elle la pose donc et ne la définit point.
Nous nous occuperons du dernier terme à propos de la fin des phénomènes. Maintenant passons à la cause.