‹ Essais de critique idéalisteChapitre 6 sur 10 · LIVRE POSTHUME · texte numérisé non relu

LIVRE POSTHUME

Sophie de cette conception; et Jocelyn, ce chefd'œuvre de notre poésie nous montre comment Tœuvre eût été exécutée si Fauteur avait pu se consacrer tout entier à ce monument.

Chacune de ces dix Visions marque à la fois une des grandes époques de l'histoire et un des degrés par où l'âme se relève en expiant ses fautes. L'homme reçoit dans chacune de ces phases de son existence une initiation supérieure se rapprochant par chaque victoire sur lui-même de la vie bienheureuse à laquelle Dieu l'a destiné. L'idée d'une chute primitive, la douleur considérée comme le châtiment de cette chute, comme l'instrument de l'expiation et le grand ressort du progrès moral, telle est l'idée parfaitement orthodoxe qui domine tous ces poèmes. Cette idée s'impose à toutes les philosopbies dignes de ce nom. L'éternelle présence de la douleur sur ce globe ne permet à l'esprit de concevoir aucun drame sérieux où elle n'apparaisse ; il s'agit de la montrer dans sa véritable essence, l'expiation, et dans son but, la réhabilitation et le progrès. Ceux qui prétendent expliquer la destinée humaine sans l'idée de la douleur, ceux qui en nient la nécessité et n'en voient pas le but, ceux qui prétendent la supprimer ici-bas ne sont pas même des enfants !

Mais la douleur, devenue nécessaire par la faute primitive, le mal créé par la chute, n'ont pas, aux yeux de l'auteur des Visions une telle prépondérance dans l'univers que le poète soit entraîné par une imagination terrifiante comme celle des chantres

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de Tenfer à faire du mal un principe indestructible et à proclamer son éternité. Les Visions finissent par une victoire complète du bien, par la réhabilitation de rame tombée et par son immortelle glorification.

Le fragment de la huitième vision inconnu jusqu'à ce jour et intitulé, le Chevalier est un morceau très important et d'une exécution achevée; il a du moins reçu toute la perfection sans minutie que Lamartine, ce merveilleux improvisateur, donnait à ses vers si faciles et si abondants. Lamartine est dans notre littérature, dans toutes, peut-être, le trouveur par excellence. Aucun poète n'abonde comme lui en vers qui semblent être sortis de l'àme de l'auteur et de la langue qu'il parle comme une fleur sort de la sève et du rameau .

Ce simple épisode, où les personnages ont à peine le temps d'indiquer leur caractère, a la plus grande valeur comme peinture. C'est un vrai type de la description et du génie pittoresque dans Lamartine. Le talent du poète comme paysagiste est reconnu ; mais sa supériorité en ce genre et les allures de son pinceau ne sont peut-être pas bien comprises. L'art de peindre le monde extérieur par la parole a été poussé très loin de nos jours ; certains poètes savent nous faire voir et toucher les objets 'matériels de telle sorte que leurs tableaux émeuvent nos sens et nos nerfs, presque autant que la réalité ; il ne s'agit pas pour eux d'interpréter poétiquement la nature, mais de la reproduire presque mécaniquement. Les

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