‹ Essais de critique idéalisteChapitre 7 sur 10 · LIVRE POSTHUME · texte numérisé non relu

LIVRE POSTHUME

peintures de Lamartine, si vives qu'elles soient de couleur et surtout ses paysages ont une tout autre portée. Ils expriment la vie, l'esprit, Tàme des choses mieux encore qu'ils n'en reproduisent la forme sensible. Je ne dirai pas que Lamartine idéalise la nature, dans le sens de corriger et d'embellir ; mais il l'anime et la spiritualise. Il en fait jaillir tout ce qu'elle renferme de moral et de divin. La nature devient sous son pinceau non seulement un portrait de l'âme humaine, mais comme une esquisse de la divinité; Tinfini s'y reflète, l'intelligence et l'amour s'en exhalent de toutes parts. Lamartine peint toute chose d'une façon tellement fluide, transparente, intellectuelle, que les formes prennent des ailes sous son pinceau ; toute la création semble vivre de la vie de l'esprit et semble s'envoler dans une perpétuelle ascension vers l'intelligence et l'amour suprême dont elle émane. D'autres poètes abaissent et matérialisent l'expression des choses les plus élevées comme pour mettre les objets en contact avec nos sens et leur soustraire au profit du relief et de la couleur tout ce qu'ils expriment du monde moral. Ces peintres épaississent et alourdissent la physionomie de toute chose et jusqu'aux paysages les plus éthérés. Dans les tableaux de Lamartine, la scène semble vivre comme les acteurs, la nature entoure les personnages comme une substance vivante et sympathique en perpétuelle communion avec leur âme. Le paysage se développe, ondule et flotte autour des héros du drame, comme dans une symphonie de

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maître raccompagnement se déroule autour de la mélodie.

L'épisode inédit du poème du Chevalier nous montre ces qualités du paysage et des descriptions de Lamartine à un degré aussi élevé que Jocelyn lui même. Le génie tout particulier que ce maître apporte à peindre le monde extérieur fait de lui par excellence le poète de la nature ; d'autres n'en sont que les imagiers et les photographes.

Les pièces lyriques qui complètent le volume datent des époques les plus diverses de la vie de Lamartine. Quelques-unes sont d'une grande beauté. Les stances à César Alfieri, écrites du temps des MéditationSy et omises, on ne sait pourquoi, dans ce recueil, se terminent par de nobles vers, qu'on dirait pensés par Corneille et qui possèdent de plus que les siens, la musique et l'accent propre au poète lyrique :

Aux bords de la Seine ou du Tibre, Sous un consul ou sous un roi.

Sois vertueux, tu seras libre.

Ton indépendance est en toi.

Le Lac et V Isolement, ces deux chefs-d'œuvre, reproduits avec quelques variantes et des strophes inédites, sont devenus, sous cette forme nouvelle, de précieux documents pour la critique. Lamartine corrigeait fort peu ses premiers jets; sa composition était une sorte d'improvisation, tant elle était rapide- 11 écrivait d'un trait sûr comme les poètes grecs, comme tous ceux qui sont les inventeurs, les originaux, les irouveurs par excellence. Mais la clair-

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