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Nous ajouterons quli n> avait nulle inclination. C'était comme on dirait aujourd'hui, un psychologue. Son princiDal ouvrage, son traité de VAme [de Anima), peut être considéré en nous servant d'un mot de l'époque, comme une somme de psychologie. Aucune des questions qui se rattachent «à cette branche de la philosophie n'y est oubliée. C'est surtout lorsqu'il parle des facultés de l'àme, que son réalisme se laisse apercevoir. Tout en se représentant l'àme comme une substance indivisible et distincte du corps, il ne croyait pas comme Guillaume d'Auvergne et comme bien des philosophes de nos jours, que les diverses facultés qui lui sont attribuées n'ont qu'une existence nominale; il les considerait, au contraire, comme des vertus, des énergies, des forces réelles, sans lesquelles ne s'explique pas la diversittde nos opérations. En cela il est le devancier de l'école écossaise et de l'école éclectique. Comme ces deux écoles aussi, Il trace une ligne de démarcation profonde entre sentir et connaître, entre la sensibilité et l'intelligence. A la sensibilité il rattache non seulement la sensation, mais 1 imagination, par laquelle nous percevons les images des corps, et de ces images, par un abus de l'abstraction ou par un excès de réalisme qui remonte à saint Augustin, il fait des existences distinctes de l'esprit, des intermédiaires nécessaires entre l'esprit et les objets extérieurs. Dans la faculté de connaître, il distingue la raison, l'intellect et l'intelligence. La raison a pour fonctions principales l'abstraction et le raisonnement; l'intellect nous met en relation avec les esprits créés; rintelligence a le privilège de s'élever jusquau Créateur, de contempler Dieu dans son unité C'est dans cette proposition surtout, et dans la faculté attribuée a lame de connaître, sans l'intervention du corps, des substances spirituelles, que se manifeste le platonisme de Jean de la Rochelle; car sur les universaux proprement dits, sur a nature des genres et des espèces, il a négligé ou s'est trouve embarrassé de s'expliquer.
Il nous reste maintenant à examiner une dernière question, Ijiwijittg importante que toutes celles que nous avons
LA PHILOSOPHIE AU MOYEN AGE
rencontrées : dans quelle mesure les deux maîtres les plus vénérés du xiii* siècle et du moyen âge en général, les deux représentants les plus illustres de la scolastique, Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin, ont-ils été fidèles à Aristote ou se sont-ils rapprochés de Platon? La réponse que nous obtiendrons à cette question principale nous apprendra aussi dans quelle mesure et dans quel sens ces deux grands hommes appartiennent à l'école des nominalistes ou à celle des réalistes.
M. Hauréau fait une remarque très sensée qui, si nous ne nous trompons, ne s'est présentée à l'esprit d'aucun autre historien de la philosophie du moyen âge : « On peut dire (telles sont ses expressions) des philosophes du xiii« siècle qu'ils ont été pour la plupart éclectiques, et Font été sans le savoir... ignorant l'histoire et la fortune des anciens systèmes, ils se persuadent volontiers qu' Aristote et Platon se sont pris de querelle sur des détails plus ou moins frivoles, mais que, sur les grands problèmes, ils étaient d'accord. L'anarchie des écoles grecques, l'antagonisme constant des doctrines étant des faits qui leur sont mal connus, ils supposent qu'au-dessus de toutes les sectes, au-dessus de tous les paradoxes individuels, il existait chez les Grecs une philosophie constitutionnelle, si l'on peut ainsi parier, une doctrine invariable dans ses données fondamentales, établie sur des prémisses consacrées par une longue tradition, et tout leur labeur tend à rechercher cette doctrine, cette philosophie *.» Rien de plus vrai, rien de plus juste; mais, au lieu d'applaudir à cette disposition des esprits, M. Hauréau s'en afflige et en fait un sujet de reproches plus que sévères à ceux qui s'y abandonnent. Pénétré d'une admiration sans réserve pour la philosophie d' Aristote, il regarde comme une sorte de sacrilège, au moins comme une erreur funeste et comme une contradiction, qu'on y mêle celle de Platon, objet de sa critique infatigable. Nous dirons que cet éclectisme inconscient est précisément ce qui nous touche le