‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 37 sur 97 · AU SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU SEIZIÈME SIÈCLE

Après la rude discipline qu'avait fait peser sur eux la scolastique pendant cinq ou six siècles, les esprits, dès le début de la Renaissance, et même plusieurs années auparavant, ressemblent à des écoliers livrés à eux-mêmes et qui ne craignent plus la férule. Chacun va à ce qui le tente, chacun cherche un maître de son choix ou se déclare son propre maitre. L'un s'adresse à Platon et au néoplatonisme; l'autre, à Parménide ou à Pythagore; un troisième conserve Aristote, mais en Tinterprétant à sa manière et en le retournant contre les dogmes dont il avait passé pour être le protecteur; un quatrième croit trouver la vérité dans une antique tradition où se serait conservée, sous le voile des symboles et à l'ombre du mystère, la sagesse des Hébreux. Il en est qui s'imaginent reculer encore plus loin dans le passé et se rapprocher d'autant plus de la vérité éternelle en acceptant comme authentiques les livres qui portent le nom d'Hermès Trismégiste. On ne se borne pas à la connaissance purement spéculative de ces traditions et

"Il

■ ' il?

IH

de ces livres : on veut renouveler les merveilles dont on prétend qu'ils enseignent le secret, ou qu'on a entendu attribuer à leurs interprètes. A l'étude de la kabbale et des livres hermétiques, on est entraîné à ajouter la pratique de la magie, de l'alchimie et de l'astrologie judiciaire. La crédulité publique favorise ces chimères, et, pour encourager la crédulité, pour conserver le rang qu'avec une illusion d'abord sincère on s'est flatté de conquérir dans l'opinion, on en vient à ne pas reculer devant le charlatanisme. Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Reuchlin, François Patrizzi se sont arrêtés sur cette pente ; Corneille Agrippa et Paracelse l'ont descendue. 11 est difficile, quand on nomme l'un des deux, de ne pas penser à l'autre, car ils se ressemblent beaucoup , tant par leur vie que par leurs idées ; mais Agrippa est Tainé de quelques années. C'est lui qui a ouvert la voie, qui a créé le type dont il est la réalisation la plus complète. M. Prost a eu raison d'en faire le sujet d'une étude approfondie et de lui consacrer un ouvrage aussi étendu que celui dont nous nous sommes proposé de rendre compte*.

Les historiens de la philosophie, en parlant d'Agrippa, n'ont guère fait jusqu'ici que se répéter les uns les autres. Quelques traits généraux de sa vie et de son caractère ont suffi pour les contenter, et de ses ouvrages ils n'en font connaitre que deux, à la vérité les deux principaux, mais sans attacher d'importance aux rapports qui les unissent et aux circonstances dans lesquelles ils ont été écrits. M. Prost a compris quel parti l'on pouvait tirer de la correspondance d'Agrippa, environ cent cinquante lettres écrites par lui et deux cents qui lui sont adressées. 11 s'est mis à la dépouiller, à l'analyser année par année, presque jour par jour, en la soumettant à un sévère contrôle et, quand cela était nécessaire, en l'expliquant ou en la com-

1. Les sciences et les arts occultes au xvi« siècle. — Corneille Agrippa, sa vie et ses œuvres, par Auguste Prost. 2 vol. in-S» de xxxix-401 et ^P pages. Paris, chez Champion, libraire, 1881.

LE MYSTICISME ET L' ALCHIMIE AU XVl^ SIÈCLE 143

nlétant par les documents contemporains. M. Prost a tiré de ces recherches de véritables trésors. Il a pu nous fournir non seulement sur Agrippa, mais sur ses amis, ses protecteurs, ses adversaires, les institutions et les opinions des différentes villes où il a séjourné, beaucoup de détails io-norés ou mal connus. C'est bien plus qu'une biographie, J^est en quelque sorte, la monographie intellectuelle et morale, civile aussi, des trente-cinq premières années du xvF siècle. Ce n'est pas arbitrairement que ces deux sortes d'études se trouvent ainsi réunies et presque confondues. L'immense crédit dont a joui un aventurier et un charlatan, même un charlatan de grand savoir et de grandes facultés comme Agrippa, et les illusions sincères qu'il s'est faites sur lui-même ne peuvent se concevoir qu'à l'époque à laquelle il appartient et dans le milieu où il a

vécu.

Quant aux ouvrages d'Agrippa, M. Prost ne s'est pas borné, comme ses devanciers, à nous offrir un résumé plus ou moins fidèle de la Philosophie occulte et du traité De Vincertitude et de la vanité des sciences. Il remonte à l'origine de ces deux livres étranges, il nous montre dans quel état d'esprit, sous l'empire de quelles préoccupations ils ont été composés l'un et l'autre, et nous apprend par là même qu'ils ne se contredisent pas autant qu'on pourrait le croire, puisque le dernier était déjà entièrement publié quand parurent seulement les deux parties les plus importantes du premier. Mais de la plume féconde d'Agrippa sont sortis beaucoup d'autres écrits qui nous découvrent en lui un personnage tellement multiple qu'il est impossible de le définir. Mystique ou illuminé dans la Philosophie occulte, sceptique dans le traité De Vincertitude et de la vanité des sciences, il commente les livres kabbalistiques de Reuchlin, fait un cours sur le Poimandrès d'Hermès Trismégiste, explique l'épitre de saint Paul aux Romains, se lance dans une controverse théologique sur le triple mariage attribué à sainte Anne, fait des réflexions sur le Ranquet de Platon, soutient la supériorité des femmes sur

les hommes, publie un traité sur le péché originel et un autre sur le mariage, donne des consultations médicales et juridiques, propose un remède contre la peste, oiïre à François 1er ses instructions sur l'art de la guerre, sur la pyrotechnie, comme nous dirions aujourd'hui {pyromachia), se donne lui-même pour un grand homme de guerre pour un chevalier de haut lignage qui a gagné ses éperons d'or {eques auratus) au milieu des batailles, fait Toraison funèbre de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays- Bas, comme s'il avait qualité pour parler des grands de la terre, assiste comme théologien consultant au concile de Pise, et enfin, comme historiographe du gouvernement des Pays-Bas, fait le récit du couronnement de Charles-Quint à Bologne. Auparavant il avait fait celui de l'expédition du iuc de Bourbon en Italie. De ces œuvres si nombreuses et si diverses, M. Prost, même quand il n'en reste qu'un fragment ou un simple titre, n'en néglige aucune, et il pousse le scrupule de l'exactitude jusqu'à nous parler d'Agrippa comme artiste, en mentionnant un beau dessin de Mercure qu'il aurait tracé au charbon sur la muraille de la maison d'un de ses amis. Mais pourquoi, au lieu de nous donner son livre pour ce qu'il est, pour une étude à la fois biographique et historique sur Corneille Agrippa, M. Prost lui donne-t-il encore un autre titre : Les sciences et les arts occultes au xvi« siècle? C'est une promesse qui demeure sans effet, ou du moins qui n'est remplie que d'une façon très incomplète; car les arts et les sciences occultes ont ail xvi* siècle une histoire qui s'étend bien au delà de la ¥ie d'Agrippa, mort en 1535, et l'esquisse générale que M. Prost a tracée de ce genre de connaissances dans les quelques pages dont se compose son Introduction est de tout point insuffisante. Elle ne montre pas comment l'astrologie, l'alchimie et la magie ont pu se rattacher à l'esprit philosophique et donner naissance à d'audacieux systèmes. Il faut reconnaître cependant qu'à l'occasion des leçons faites par Agrippa à l'université de Pavie sur le Pimander &u Poimandrés de Mercure Trismégiste, il donne une idée

assez exacte des livres hermétiques, et il en a d'autant plus de mérite qu'il parait ignorer l'existence du savant livre de M. Louis Ménard, couronné en 1866 par l'Académie des inscriptions et belles-lettres K

Avant de raconter la vie d'Agrippa, M. Prost, avec beaucoup de raison, nous fait connaître sa légende; car la légende n'est pas moins utile à consulter quand on veut retracer la physionomie intellectuelle et morale d'un homme supérieur, ou tout au moins d'un homme qui a laissé de fortes traces dans la mémoire de ses semblables, que lorsqu'on entreprend de remonter aux origines de l'histoire d'un peuple. Elle nous montre quelle idée on s'est faite de lui, quelle place il tenait dans l'opinion de ses semblables ou celle qu'il avait l'ambition d'y tenir. Au moment où venait de paraître la première partie de la Divine Comédie, ne disait-on pas que Dante avait visité l'enfer. Cela nous apprend quelle impression profonde son poème avait produite sur Timagination de ses contemporains. C'est de la même manière que, deux siècles plus lard, l'auteur de la Philosophie occulte l'apologiste de la magie, de l'alchimie et de l'astrologie judiciaire, passait pour un magicien, un alchimiste et un astrologue. On lui attribuait le don de rendre, au moins pour quelques heures, la vie à des morts; de changer, également pour un temps limité, les matières les plus viles en métaux précieux ; de découvrir des trésors cachés dans les entrailles de la terre, de lire dans les astres, particulièrement dans la lune, ce qui se passait aux extrémités de notre globe, et de franchir en quelques minutes, invisible à tous les yeux, les plus grandes distances. Ainsi, quand il terminait une leçon à dix heures du matin, devant ses auditeurs de Fribourg, il en commençait une autre, au même instant, à l'université de Pont-à-Mousson. On assurait qu'il se faisait

1. Hermès Trismégiste, traduction complète précédée d'une étude sur l'origine des livres hermétiques par Louis Ménard, docteur es lettres, ouvrage couronné par l'Institut (Académie des inscriptions et belleslettres), 1 vol. in-8«, librairie Didier ; Paris, 1866.

'M ■il

obéir des démons et qu'habituellement il en avait un à son service sous la forme d'un chien noir. Son disciple, Jeau Wier, se donne beaucoup de peine pour détruire ces rumeurs; mais Agrippa met une certaine complaisance à les laisser se propager, on peut même ajouter qu'il y aide de tout son pouvoir. C'est que chez lui le charlatan n'est jamais séparé de Thomme d'action et de l'homme de science, dans les moments où il s'élève à la science et à la philosophie. Il nous suffit, pour en donner la preuve, de résumer les faits qu'a si laborieusement recherchés son dernier biographe. Mais il y a un point où nous nous séparons de M. Prost. Nous éviterons de mêler comme lui les actions d'Agrippa et les événements de sa vie avec ses opinions et l'analyse de ses ouvrages. Les ouvrages d'A grippa, surtout les deux principaux que nous avons déjà nommés, soulèvent des questions intéressantes pour Fhistoire de la philosophie et méritent d'être examinés à part.

Comme Aureolus Paracelse, à qui certainement il a servi de modèle, il prend des noms pompeux auxquels il n'a aucun droit : celui d'Agrippa en souvenir de Cologne (Colonia Agrippina), sa ville natale, et celui de Nettesheim, pour faire croire qu'il était d'une origine aristocratique. 11 s'appelait Cornélis et naquit en 1486 d'un obscur petit bourgeois. Cornélis, selon Pusage des érudits du temps, devint Cornélius. A ces noms d'emprunt, il ajouta plus tard des titres scientifiques qui ne lui appartenaient pas davantage : ceux de docteur en médecine et de docteur en droit, . en droit civil et en droit canon, in utroque, comme on disait alors. On ne voit pas où et comment, dans sa vie agitée, presque nomade, il aurait acquis ces titres et les connaissances qu'ils représentent. Cela ne fempêche pas, en sa qualité d'alchimiste, de traiter les plus grandes questions de la science médicale, et, en qualité de philosophe, de se croire initié à tous les secrets de la jurisprudence. Il n'était que maitre es arts lorsqu'il quitta, vers l'âge de vingt ans, sa ville natale pour se rendre à l'université de Paris. Le

temps qu'il y passa fut très court, puisqu'on 4507, âgé de vingt et un ans, il retourne à Cologne, d'où il ne tarde pas à partir pour visiter, au moins en partie, TEspagne, l'Itahe et le midi de la France. On est amené à supposer que ces années ne furent pas uniquement employées à suivre des cours universitaires et à parcourir des pays étrangers, car en 1510 le traité de la philosophie occulte était déjà en .rrande partie rédigé et excitait l'admiration d^un des maîtres les plus renommés en matière de sciences occultes, nous voulons parler de Tritheim, abbé de Spanheim et de

Wurtzbourg K . ., .

C'est pendant ces mêmes années et avant d avoir quille Paris, qu'Agrippa, avec quelques jeunes gens de son âge, forma une association secrète dans le but de travailler au grand œuvre et de se pousser aux honneurs et à la fortune par des moyens mal définis, probablement peu susceptibles de l'être, au besoin par le métier des armes, par des aventures militaires ou de tout autre espèce. C'est ainsi qu'en 1508 la correspondance d'Agrippa avec ses amis nous le montre en Espagne, au service du roi d'Aragon, engagé dans une expédition dont il est bien difficile de se faire une idée. Il se vante d'y avoir joué un rôle héroïque et d'avoir pris, tant par sa bravoure que par son habileté dans fart des sièges, une forteresse importante, mais dont le nom, malheureusement, est tout à fait inconnu et la position géographique difficile à déterminer. Après ce succès problématique, Agrippa se dit dégoûté ou rassasié de la gloire des batailles, et nous allons le rencontrer sur

un autre théâtre.

C'est en 1509, presque au lendemain de ses exploits guerriers, dont le bruit, à ce qu'il paraît, s'est répandu au loin en même temps que sa réputation de savant. Orné de ce double prestige dans un âge où tant d'autres sont encore assis sur les bancs de l'école, il arrive à funiver-

1. Son nom latin Joannes Trittemius devrait être traduit par celui dé Jean de Tritenheim.

site de Dole et obtient d'y faire un cours public. Le sujet qu'il a choisi est bien fait pour frapper les imaginations à une époque de fermentation intellectuelle et religieuse et presque à la veille de la Réformation. C'est le De verbo mirifico de Reuchlin, une sorte de kabbale chrétienne, où ie la kabbale juive on ne conserve guère que certains procédés inoffensifs, mais qui n'en est pas moins une libre interprétation du christianisme. Les hommes les plus distingués de la ville, des membres du clergé, du parlement, de l'université, et parmi eux le vice-chancelier de l'université, doyen de l'église de Dôle, Simon Vernerius, se pressent autour de la chaire du jeune professeur, avides de l'entendre, séduits par sa doctrine autant que par son éloquence. Seul un franciscain du nom de Catilinet aperçut le danger de cet enseignement exotique. Il dénonça Agrippa comme un hérétique judaïsant, et, comme la ville de Dôle faisait alors partie du comté de Bourgogne, gouverné par Marguerite d'Autriche au nom de Charles-Quint, son neveu, agrippa, quoiqu'il eût écrit en l'honneur de la gouvernante son fameux traité de la supériorité des femmes, jugea pruient de s'éloigner. 11 se réfugia à Londres, d'où il répondit aux accusations du P. Catilinet par un pamphlet rédigé dans le goût du temps, où les injures tenaient autant de place que les raisons.

De Londres, où il prétend avoir été occupé d'une mission secrète et de l'étude des lettres sacrées, notamment des épîtres de saint Paul, il se rend dans sa ville natale, y soutient des thèses de théologie eu même temps qu'il continue son travail sur la magie, puis il passe en Italie six à sept ans, partagé, à ce qu'il assure, entre les armes et les lettres. Il aurait pu ajouter la théologie; car Louis XII, pour combattre les censures prononcées par le pape Jules 11 contre les troupes royales engagées en Italie et contre le clergé de France, avait provoqué ou favorisé à Pise, en 1511, la réunion d'un concile qui, après diverses péripéties, avait fini par se soumettre au souverain pontife. C'est à ce concile qu'Agrippa, sur e vœu du cardinal de Sainte-

LE MYSTICISME ET L' ALCHIMIE AU XVl^ SIÈCLE 149

Croix assista comme théologien consultant. Quel rôle il y ioua à quel moment il y parut et pour quelles raisons un cardinal voyait en lui un théologien, c'est ce que nous • icrnorons et ce qu'Agrippa, avec ou sans intention, néglige de nous apprendre. Il garde la même discrétion sur la nature des services militaires que, pendant son séjour en Italie il se glorifie d'avoir rendus à l'empereur. La seule conjecture qu'on puisse faire à ce sujet, c'est qu'il a été chargé de porter à Maximilien, de Trente à Vérone, quelques milliers de pièces d'or. Est-ce pour cela qu'il s'attribue la qualité de chevalier, de chevalier doré ou aux éperons d'or (eques auratus), dont il ne manque pas de se parer à toute occasion?

Resté pauvre malgré ses grandeurs imaginaires et sa renommée réelle, il cherche à s'assurer des moyens d'existence tantôt à Pavie, tantôt à Turin, tantôt à Casale, puis, retourné à Pavie en 1515, il occupe dans l'université de cette dernière ville une chaire dont il tire parti pour éblouir les esprits et à laquelle sont attachés de solides avantages. Le croirait-on? C'est une chaire de théologie, et il s'en sert pour expliquer, d'après la traduction latine de Marsile Ficin, le Poimandrés ou Fimander d'Hermès Trismégiste. Qu'irait accueilli sans examen toutes les légendes qui avaient cours sur l'origine des livres hermétiques : qu'à ces légendes il en ait ajouté d'autres de son invention et qu'il justifie par des citations de pure fantaisie, c'était dans l'esprit de son siècle; mais ce qui lui appartient en propre, ce qui le fait apparaître à nos yeux tout entier, avec son caractère aussi bien qu'avec son tour d'imagination, c'est son discours d'ouverture. Comptant parmi ses auditeurs le marquis de Mantoue, Jean de Gonzague, un célèbre condottiere qui avait mis son épée au service de toutes les causes, il ne manqua pas de se recommander à lui au nom de la confraternité des armes. Soldat et professeur, homme de guerre et homme de lettres, il suit l'exemple de César et de Judas Macchabée, tous deux aussi puissants par la parole ou par la plume que par l'épée, tous deux envoyés sur la

■iijlfijippi

« Il

terre pour attacher la gloire de leur nom à deux institutions également saintes, également divines : les lettres et la • guerre. Il termine en promettant à l'assemblée qui l'écoute de la servir, s'il en était besoin, par son bras comme par sa parole.

Mais voyez l'ironie du sort! Peu de temps après que cette héroïque harangue est prononcée, Pavie tombe au pouvoir des Français, et Agrippa cherche en toute hâte un refuge à Milan, et, Milan ayant été envahi par les Suisses, il retourne à Pavie, d'où il s'échappe de nouveau pour aller chercher ailleurs un asile plus pacifique et plus sûr. Pour un moment i croit l'avoir trouvé à Casale, auprès du marquis de Montferrat, à qui il dédie par reconnaissance son dialogue sur Thomme * et son traité de la connaissance de Dieu; mais le ▼ent de la fortune ou l'inconstance de son humeur ne tarde pas à le pousser ailleurs dans un milieu bien ditîérent.

Avant qu'il quitte l'Italie, et pour n'avoir pas à revenir sur ce sujet, nous parlerons de ses mariages. Agrippa s'est marié trois fois et il a aimé tendrement ses trois femmes. Le chagrin que lui causait leur mort était poussé jusqu'au désespoir; mais, après les avoir perdues, il n'attendait guère plus de cinq ou six mois pour se remarier, et la nouvelle union lui donnait le même bonheur, lui inspirait la même passion que la précédente. C'est avec sa première femme qu'il arriva à Metz en 1518 pour y remplir les fonctions importantes et fort bien rétribuées de conseiller stipendié et d'orateur de la commune. C'étaient celles d'un avocat ou d'un procureur, chargé de faire les affaires, de conduire les négociations de la ville et, dans certaines circonstances, par exemple à la réception d'un personnage important, de porter la parole en son nom.

On ne voit pas trop comment Agrippa s'était préparé à cette tâche qui était celle d'un jurisconsulte plutôt que d'un philosophe ou d'un professeur de théologie; mais il faut voir en quels termes il en prend possession. S'il a quitté

Page 1