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les plus illustres relations, celles qu'il entretenait quotidiennement avec les grands de la terre, c'a été pour servir une noble république, la première de toutes par ses vertus. Quand il considère les modèles que les temps passés lui proposent, les Démosthène, les Cicéron, les Hortensius, il ne peut s'empêcher de reconnaître son insuffisance; mais il remplacera par le zèle et par le dévouement ce qui lui
manque du côté du génie. , . * ,.
A Metz comme à Dôle, Agrippa, par la réputation qui l'avait précédé, par le genre de connaissances qui la lui avait value et par le penchant qui l'entraînait vers la Réforme naissante, se fit beaucoup d'amis dans la classe la plus lettrée de la population; mais, comme à Dôle aussi, il excita par les mêmes causes d'abord la défiance et bientôt riioslilité d'une partie du clergé. Ses principaux adversaires furent des religieux de l'ordre de Saint-Dominique parmi lesquels on compte Nicole Savini, inquisiteur de la foi pour la ville de Metz, et Claude Salini, prieur du couvent des Frères prêcheurs. Leurs soupçons étaient bien naturels a l'égard d'un homme comme le nouveau conseiller stipendié, et un an après que Luther avait affiché ses thèses contre le pape. Cependant il leur fallait un prétexte pour les faire éclater. Agrippa leur en fournit deux. L'un est le rôle qu'il joua, à son très grand honneur, dans un procès de sorcellerie; l'autre est la thèse qu'il lui prit fantaisie de soutemr sur le triple mariage de sainte Anne.
Une paysanne du village de Woppy était poursuivie comme sorcière par l'inquisiteur Savini et soumise a de telles tortures que finquisiteur lui-même n'en put supporter le spectacle. Le seul fait allégué contre elle par ses dénonciateurs, c'est qu'elle était fille de sorcière, sa mère ayant été brûlée en cette qualité. Or une fille de sorcière a été nécessairement, dès sa naissance, vouée au diable qui est son père, et ne peut être occupée que de pratiques infernales. Telle est l'argumentation de Savini. Qu'y répond Agrippa? Non pas que la sorcellerie est un crime imaginaire, c'était le moyen de s'attirer à lui-même une accusa-
tion d'hérésie et peut-être de sorcellerie, mais que l'enfant d'une sorcière qui a été baptisé, ce qui était précisément la situation de l'accusée, se trouvait par là même soustrait à la domination de Satan; qu'il n'y avait qu'un hérétique qui put contester cette vertu au sacrement du baptême. A ce moyen théologique, Agrippa en ajoute un autre qui était tiré de la procédure. L'inquisition, selon lui, a été instituée pour juger l'hérésie, elle est incompétente en matière de sorcellerie. La pauvre femme fut sauvée du bûcher.
Agrippa fut moins heureux dans sa controverse au sujet de la mère de la Vierge. Sainte Anne a-telle été mariée trois fois et a-t-elle donné naissance à trois filles du nom de Marie dont l'une devait être la mère de Jésus, ou saint Joachim a-t-il été son unique époux et la Vierge son unique fille? Telles étaient les deux opinions entre lesquelles il s'agissait de choisir. La grande majorité des docteurs de l'Église latine s'est prononcée pour la première; l'Église grecque a pris parti pour la seconde ; et c'est l'opinion de l'Église grecque, récemment défendue par Lefèvre d'Étaples, que soutenait Agrippa. Cette hardiesse lui porta malheur. Le prieur du couvent des Frères prêcheurs, Claude Salini, un docteur en théologie de l'université de Paris, y vit la preuve de ses dispositions en faveur des novateurs, et il ameuta contre lui la plus grande partie, non seulement du clergé, mais de la bourgeoisie. Agrippa jugea à propos de résigner ses fonctions et de quitter une ville qui, après lui avoir fait un accueil si engageant, se montrait pour lui pleine d'inimitiés et de dangers. Aussi avait-elle cessé d'être à ses yeux le modèle des républiques, elle n'était plus, selon les expressions dont il se sert dans une lettre à un de ses amis, que la marâtre de toutes les bonnes lettres et de toutes les vertus, « omnium bonarum litlerarum virtutumque noverca ». Ces paroles sont à retenir, car on les fera servir encore dans une autre circonstance.
Ce qui est à retenir aussi, c'est le spectacle que présente une discussion théologique, en 1319, dans la ville impériale de Metz. Tout le monde y assiste, tout le monde y prend
nort et il s'agit précisément de la question soulevée par Sppa. Nous ne pouvons mieux faire que de donner la narole à un des acteurs de la scène, au cure de Samtermix oui la raconte dans une lettre à Agrippa, deja parti nnur Cologne. « Il y avait affluence de paysans, de bonnes femmes et d'enfants, tous le col tendu, la bouche béante. In certain prêcheur qui présidait la séance se plante fièrement dans la chaire et. trois heures durant, pérore dune voix traînante en agitant les bras comme un histrion. Cependant l'assistance, fatiguée de cette interminable harangue, se met à battre des mains, et toute cette belle et savante éLuence se trouve étouffée par l'enthousiasme populaire ! » Srellement le frère prêcheur conclut en faveur des trois mariages. Un médecin, appelé Reinaud, lui répond; mais, quoiqu'il incline à la monogamie, il n'ose pas se déclarer ouvertement. Cette timidité indigne le curé de bamte-Croix, il s'élance, comme il dit. dans la lice, soutient avec emportement la thèse qui vient d'être si mal défendue et, croyant avoir pour lui l'Évangile et les apôtres, récuse sans ménagements les assertions de saint Augustin, de sam Jérôme, de saint Thomas d'Aquin et de tous les autres. Il est très hardi le curé. Aussi chacune de ses déclarations provoque des tempêtes. « Saint Augustin est incapable d'erreur », crient les Augustins. « Saint Thomas ne s est jamais Spé », vocifèrent les thomistes. Mais il y a dans la salle un personnage qui prend la chose encore Pl-^^ au^-^^f'que « Comme je m'en allais, continue le cure de Sainte- Croix. Claude Drouin, le tabellion, vient a mm rouge de colère pour me provoquer, et, se penchant a mon oreille : « Puisses-tu être brûlé, murmura-t-il. hérétique damne; j ai encore quelques fagots, je les donnerais volontiers pour cela » D'autres invectives encore plus fortes viennent se joindre à celle-ci, et le dialogue, un peu trop anime, se termine par un procès où le tabellion orthodoxe est traite avec ménagements par le prêtre suspect.
Homme de loi et orateur municipal a Metz, Agrippa se fait médecin dans les autres villes qu'il habile successive-
ment Étant à Genève, il essaye de se faire nommer medecm du duc de Savoie. Cette tentative ayant echoul maigre la promesse quil prétendait avoir reçue du duc n se rend a Fribourg, où les autorités de la vilie, sa^s dout séduites par son éloquence ou éblouies par son nom Z confient la position de médecin stipendié, c'est-à-dir; de medecm public, de médecin officiel subventionné aux frais du Trésor Mais comment s'y serait-il arrêté, lui qui ne pouvait se fixer nulle part? Malgré les succès q^'ii y ittinT a ce qu on assure, il ne resta qu'un an à Fribourg et aï chercher fortune à Lyon, qu'il connaissait déjà pour y avoir séjourné antérieurement. A Lyon, où il revient en 1324 le sort commence par lui être encore plus favorable qu'à Fri bourg. Louise de Savoie, régente de France, en 1 absence de François « retenu en Italie par la guerre fatale qui devait flmr par le désastre de Pavie, y tenait sa cour. Agrippa qui dans les premières rencontres exerçait toujours une grande fascination sur les esprits, fut attaché, en qualité de médecin, a la personne de cette princesse avec le titre de conseiller du roi. Mais cette position privilégiée, il ne la garda pas longtemps. Pour des motifs sur lesquels la lumière n est pas encore faite, il encourut la dis<'ràce de la régente. On suppose qu'il était en relation avec le connétable de Bourbon qui avait essayé, peu de temps auparavant, de l'attirer auprès de lui. Cette tentative seule si elle était connue à la cour de France, suffisait pour' le perdre. Il y a peut-être quelque chose de plus. Il résulte de la correspondance d'Agrippa qu'il servait à la reine mère non seu ement de médecin, mais d'astrologue, et que, pendant qu'il lu. refusait les horoscopes qu'elle lui demandait pour le roi son fils, il en envoyait au connétable de Bourïn qui lui prédisaient les plus grands succès. C'était mal choisir son temps et faire peu d'honneur à lastrologie que dai leurs, dans une lettre de la même époque adress'ée an dominicain Savinius, il ne se refuse pas îe 'plaisir dTtourne en dérision. Quoi qu'il en soit, dès le mois d'avril de l'année 1526, oa cessa de lui payer ses gages (c'est le mot con-
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sacré), et quelques mois plus tard il apprend qu'il est rayé Ap la liste des pensionnaires du roi.
A cette nouvelle, la colère d'Agrippa franchit toutes les hnrnes et sa plume ne recule devant aucune invective. Il amelle Louise de Savoie une Lais et sa cour un lupanar, une basse-cour. Il écrit à un de ses amis, employé a la cour : « Je ne veux plus penser à ton roi ni à sa mère m a leurs courtisans. Je n'ai plus besoin de leurs faveurs, et je ne me vengerai d'eux que par mon mépris. Je me rappelle flue suivant l'Ecclésiaste, il n'y a pas de langue plus méchante que celle du serpent et pas de colère plus mauvaise nue celle d'une femme. » Un peu plus tard, étant a Anvers, il s'exprime en ces termes sur Louise de Savoie qu il comnare à Jézabel : « Tu sais que, nouvel Elie, j'ai encouru la haine de Jézabel par amour pour la vérité. Mais un ange du Seigneur m'a prévenu et m'a sauvé des embûches de cette femme. Vienne maintenant la juste punition de tant de crimes. Jézabel sera précipitée et les chiens dévoreront ses
membres. » . ., , .
Un regard favorable du roi et de sa mère aurait change cette explosion de haine en actions de grâce. Mais ce regard a été refusé, malgré l'offre faite à François I»' de ce fameux traité de pyromachie qui devait lui enseigner le chemin de la victoire. Agrippa se vit donc obligé de quitter Lyon, non pas toutefois dans létat de dénùment dont il trace, dans sa correspondance avec ses amis, le plus sombre tableau. Nous le voyons accompagné d'un train de maison assez important : une femme, quatre enfants et quatre domestiques. Il se rend à Anvers, où il arrive, après un court séjour à Paris, vers la fin de juillet 1528.
Que va-t-il faire à Anvers? Il y pratiquera la médecine, puisqu'il a réussi à s'y faire une certaine célébrité. Mais, n'éUnt plus protégé, comme à Fribourg et à Lyon, par un titre officiel, il ne trouve pas dans l'exercice de la médecine le moyen de nourrir sa famille; alors il y joint l'astrologie, c'est-à-dire la vente des horoscopes et une officine de médicaments fabriqués d'après la science hermétique. Rien de
plus curieux que la correspondance qu'il entretient à ce sujet avec ses serviteurs, nous dirions aujourd'hui Ml a-des^harmaciens, restés à Anvers pendant qi'il est r tenu a Malines auprès d'un malade de conséquence. C'ITZ langage en.gmatique et mythologique qui'appartient moi^ a un art ou a une profession qu'à une franc-maçonnerie m a certams mystères ressuscites de l'antiquité «Ne laissez pas, écrit le maitre, chômer 'les autels de
Je Ou"; t3"" ''''' '' ""^ ''''' '« volcanique ;;«! ml Que la matière, par une cuisson prolongée, arrive d maturité . » Dans une autre lettre, il fait une ôueron « Qu'advient-il de cette Diane enfumée? Devenue cimme
aans Je temple qu. lui convient? Comment se comnorle aussi a son égard le messager des dieux? >, On luTSond a^ le même style : « Diane s'est en quelque sort c nsTe
S.n' \? 'k°"" ^ "^^"^"'"^ <*^"^ "» '" nuptia d'une aans son éclipse. » Et un peu plus loin : « Cynthia et Cvll.»
De charmants détails d'intérieur se mêlent de loin en loin a ce dialogue alchimique et nous montrent à quel dÏÏ e ait poussée l'intimité entre le maitre et les servHeurs In plu ot entre le maitre et les élèves. « Je tiens la nhZ' h un our l'un de ces derniers avant â-L If- . V ' *•" de rautre Maria. Elles pS Si "si Z^^Z^^
nCprusT'Lmme?'"" "^ IT ''' '^ '^^ »' - "-'-
soupire maintenant après ton retour. Elle a reçu ta leitrp s mais comme elle était en franf.,;^ i^ • • ^ '
yeau Mercure, lu. servir de secrétaire. N'oublie pas que je
l- lu'' f'"'^^. 't les ans occultes au XVI' siècle l II n o,- ^L'aTpCr''"''"" '" ''• '"•"^' '-'•"" 4"r/.7;;;. par
suis Romain et non Français. Tout va bien à la maison, les chiens courent dans le jardin, reviennent à leur maitresse, mangent, dorment ou font vacarme; les enfants sont au mieux, n'aie aucune inquiétude. »
Cette vie, à ce qu'il semble, est assez douce, mais elle ne dure pas. La peste, contre laquelle Agrippa se vantait d'avoir trouvé un remède io faillible, lui enlève sa femme, et lui-même, aux prises avec le besoin, est en quête de nouveaux moyens d'existence, car ceux dans lesquels il a espéré jusqu'à présent lui échappent ou ne répondent plus à ses besoins. C'était une idée fixe chez lui d'être le médecin des princes, peut-être parce que, n'ayant jamais été reçu docteur, il ne pouvait se soustraire aux poursuites de ses confrères que par une nomination de l'autorité souveraine. On dit même que ces poursuites ne lui furent point épargnées à Anvers. Il chercha donc à devenir le médecin de Marguerite d'Autriche, alors gouvernante des Pays-Bas; mais cette princesse ne voulut ou ne put lui offrir que l'emploi beaucoup moins estimé et moins rétribué de conseiller-archiviste-historiographe impérial. Agrippa l'accepta et alla s'établir à Malines, qui était le siège du gouvernement des Pays-Bas et où il devait exercer ses nouvelles fondions. C'est en qualité d'historiographe qu'il écrivit, comme nous l'avons déjà dit, le récit du couronnement de Charles-Quint et, bientôt après, l'oraison funèbre de sa rotectrice, la princesse Marguerite, qui venait de mourir.
En ce moment Agrippa se trouva dans une situation plus cruelle que toutes celles qu'il avait traversées jusque-là. Tous les malheurs à la fois semblèrent fondre sur lui. D'abord il perdit sa place d'historiographe, où la reine Marie, sœur de Charles-Quint, qui succéda à Marguerite à la tête du gouvernement de Malines, ne jugea pas à propos de le maintenir. Puis on refusa, comme on l'avait fait à la cour de la régente de France, de lui payer ses gages arriérés. Les plaintes qu'Agrippa laisse échapper à ce sujet dans sa correspondance avec ses amis sont intéressantes à recueillir. Elles nous montrent que le sort des gens de cour,
mn
même de la cour impériale, était peu enviable alors « A quoi servent donc, s'écrie-t-il, les privilèges et les exemptions accordés par l'empereur à ses officiers... Moi, revêtu du titre de son historiographe, j'attends depuis bientôt deux ans le payement de mes travaux, et il m'aurait laissé mourir dans sa maison même si le révérendissime lé'^at n'avait enfin pris pitié de moi. Peut-être dira-t-on que je ''ne suis pas, après tout, plus malheureux en cela que la plupart des gens de sa cour, lorsqu'on voit ses gardes, ses huissiers et jusqu'aux serviteurs de sa chambre rôder, quand ils le peuvent, autour de la table d'un voisin, remplir, comme des parasites ou des espions, la maison des envoyés étrangers ou celle des seigneurs de passage pour y mendier leur souper. Je ne dis là rien que je n'aie vu moi-même K » Quel tableau, s'il est vrai! Et pourquoi ne serait-il pas vrai, puisque nous en avons déjà trouvé un autre exemple? Frustré de ce qu'on lui doit. Agrippa est lui-même hors d état de payer ses dettes et il en a contracté beaucoup depuis deux ans qu'on le laisse dans la peine. Ses créanciers sont nombreux et exigeants, d'autant plus exigeants que sa position est plus belle en apparence. Us finissent par le faire arrêter dans le courant du mois d'août de l'an 1531 et il ne recouvre sa liberté que par la libéralité de ses amis! L'un est le légat dont on vient de parler, le cardinal Campegi, et l'autre un riche négociant de Gênes appelé Fornari, qui lui est déjà venu en aide dans d'autres épreuves,' notamment quand il a fallu, au nombre de dix, se transporter de Lyon à Anvers et attendre pendant quatre mois à Pans un congé régulier du roi de France et un sauf-conduit de l'empereur.
Mais, sorti de prison et même pendant qu'il y est encore, Agrippa se voit assailli par d'autres difficultés encore plus sérieuses. 11 venait de publier son livre De Vimertitude et de la vanité des sciences. On se représentera facilement les haines et les colères que souleva celte satire où aucune