‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 50 sur 97 · Deuxième lettre à M. Vignet des Étoles · texte numérisé non relu

Deuxième lettre à M. Vignet des Étoles

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nements de Naples, de Madrid et de Lisbonne sont, à ses yeux, <f des monstres de faiblesse qui n'existent plus que par leur aplomb. Pour fortifier la monarchie, il faut, dit-il, l'asseoir sur les lois et éviter l'arbitraire. »

Mais cette manière de voir est bientôt remplacée, dans l'esprit de Joseph de Maistre, par des opinions toutes contraires. Ce changement apparaît déjà dans la troisième lettre adressée à Vignet des Étoles et dans la satire qui a pour titre ; Claude Têtu, maire de Montagnole, à ses chers concitoyens^ salut et bon sens ^ ; mais c'est dans les Considérations sur la France, publiées à Lausanne en 1796, qu'il prend les proportions d'un système, d'une philosophie de la Révolution française. La pensée qui fait le fond de ce livre, c'est que la Révolution a été produite par une intervention surnaturelle de la divine Providence. Elle est l'œuvre de Dieu, non des hommes ; elle est, dans toute la force de l'expression, un miracle, comme serait la fructification instantanée d'un arbre au mois de janvier, w Jamais la divinité, dit l'auteur, ne s'était montrée d'une manière si claire dans aucun événement humain.... Toutes les vies, toutes les richesses, tous les pouvoirs étaient dans les mains du pouvoir révolutionnaire; et ce monstre de puissance, ivre de sang et de succès, phénomène épouvantable qu'on n'avait jamais vu et que, sans doute, on ne reverra jamais, était tout à la fois un châtiment épouvantable pour les Français et le seul moyen de sauver la France 2. »

On a vu dans cette explication des événements qui ont mis fin à la vieille société française une des conceptions les plus hardies et les plus originales du génie de Joseph de Maistre. C'est une erreur. L'auteur des Considérations sur la France n'a guère fait que s'approprier, en les revêtant de son majestueux langage, les idées que Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu, avait développées un an auparavant dans sa Lettre sur la Révolution française '. La Révolution, que

2. Considérations sttr la France, édition de Lyon, ch. i, p. 9-22.

3. £d voici le titre exact : Lettre à un ami ou Considérations politiques.

Saint-Martin appelle « une image du jugement dernier», est pour lui tout à la fois une grâce et un châtiment. « 11 faut, dit-il, être insensé ou de mauvaise foi pour n'y pas voir, écrite en traits de feu, l'exécution d'un décret de la sagesse éternelle, et ne pas s'écrier en sa présence, comme les magiciens d'Egypte devant les miracles de Moïse : « Ici est le doigt de Dieu. » De même que Joseph de Maistre, et un an avant lui, Saint-Martin pense que la Révolution, en étendant ses effets sur la société tout entière, doit surtout exercer une action régénératrice sur l'Église et sur le sacerdoce.

On a aussi, et M. Ferraz est de ce nombre, fait un mérite à l'auteur des Considérations sur la France de sa croyance à la formation naturelle et au développement successif des constitutions. « Nulle grande institution, selon lui, ne résulte d'une délibération. » — « Jamais il n'exista de nation libre qui n'eût dans sa constitution naturelle des germes de liberté aussi anciens qu'elle, et jamais nation ne tenta efficacement de développer, par des lois fondamentales écrites, d'autres droits que ceux qui existaient dans sa constitution naturelle. » — « L'homme peut tout modifier dans la sphère de son activité, mais il ne crée rien : telle est sa loi, au physique comme au moral. L'homme peut sans doute planter un pépin, élever un arbre, le perfectionner par la grefl'e et le tailler en cent manières; mais jamais il ne s'est figuré qu'il avait le pouvoir de faire un arbre. Comment s'est-il imaginé qu'il avait celui de faire une constitution 1. »

Cette opinion, présentée comme elle l'est, comme toutes les opinions de de Maistre, sous forme d'un axiome, peut être contestée. Lorsqu'une nation, par ses propres efforts ou par l'intervention d'une autre puissance, a été subitement appelée à une existence indépendante dans l'ordre politique, elle est bien obligée de chercher et généralement elle trouve en elle les moyens de faire sa constitution. C'est

philosophiques et religieuses sur la Révolution française, Paris, an m (1795), 80 pages in-8°.

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