Considérations sur la France, ch. vi, p
ce qui est arrivé, à la fin du dernier siècle, aux États-Unis d'Amérique et, dans le siècle où nous vivons, à la Grèce, à la Belgique, à l'Italie, à la Roumanie, sans compter des États plus considérables, brusquement transformés par les révolutions. Il est difficile de soutenir que ces constitutions, créées par la libre réflexion de l'homme, soient inférieures à celles que la seule force des événements imposait aux peuples pendant la durée du moyen âge. Mais, contestable ou non, la théorie que défend Joseph de Maistre dans les Considéimtiom sur la France, et dix-huit ans plus tard, dans le Pnncipe générateur des constitutions politiques *, est tout entière dans la Lettre sur la Révolution française. Ne pouvant transcrire ici les deux pages qui la contiennent ^ nous nous bornons à les résumer. Les peuples et les gouvernements se forment d'eux-mêmes avec le concours du temps et à la faveur des circonstances dont l'homme est l'occasion plutôt que la cause, qu'il laisse faire plutôt qu'il ne les fait. Les lois qui se développent avec eux, leurs lois fondamentales et constitutives, ne sont pas non plus l'œuvre de la volonté et de la sagesse humaines; elles sortent de la nature même des choses, et c'est ce qui en fait la majesté et la force.
Ce que de Maistre appelle, dans les Soirées de Saint- Pétersbourg, « le gouvernement temporel de la Providence » et dont on aperçoit déjà une première ébauche dans sa troisième lettre à Vignet des Étoles, est encore une idée de Saint-Martin. Elle tient une place importante dans l'écrit môme que nous venons de citer. « De tout temps, dit Saint- Martin 3, les peuples servent alternativement de moyens à l'accomplissement du grand œuvre de la Providence, selon leurs crimes comme selon leurs vertus. » La Providence, d'après lui, règne dans l'histoire d'une manière aussi évidente que dans la nature; les peuples sont ses ministres et les gouvernements sont les ministres des peuples. Que