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les peuples essayent de résister à cette impulsion mystérieuse, ils la feront triompher indirectement par les calamités qu'ils attireront sur eux.
Ce serait s'avancer beaucoup que de supposer que les idées théocratiques dont de Maistre s'est fait le défenseur dans son livre Du Pape lui ont été suggérées par la Lettre sur la Révolution et quelques autres écrits de Saint-Martin; cependant, il est à remarquer que Saint-Martin se prononce en faveur de la théocratie et qu'il revient à plusieurs reprises sur cette déclaration. On lit dans son Éclair sur Vassociation humaine i : « J'ai avancé dans ma lettre qu'il n'y avait devrai gouvernement que le gouvernement théocratique;je le répèle ici authentiquement et je ne fais aucun doute que ce serait à ce terme final que se réuniraient tous ceux qui chercheraient de bonne foi et de sang-froid à scruter ces
vastes profondeurs » Mais il n'y a aucune ressemblance
entre la théocratie idéale, toute mystique, toute chimérique de Saint-Martin, et celle à laquelle de Maistre voudrait nous ramener. Celle-ci, en supposant qu'elle put se réahser dans l'état actuel de la société européenne, ne serait qu'une Institution politique, une combinaison internationale, à laquelle le mysticisme et même le sentiment religieux n'ont aucune part. Aussi ne court-on pas risque, en l'appréciant avec impartialité, de se heurter contre un dogme.
La suprématie temporelle (il ne s'agit que de celle-là) que de Maistre réclame pour le Souverain Pontife, il la fait dériver de son infaillibilité. Mais qu'est-ce que l'infaillibilité pour l'auteur du livre Du Pape? Est-ce une faculté surnaturelle, reconnue au nom de la foi et que la foi seule est admise à invoquer en s'appuyant sur la tradition ou sur les textes sacrés? Non, c'est une loi purement humaine qui s'impose à toutes les sociétés et à tous les pouvoirs; c'est la nécessité, pour mettre un terme aux difl'érends et aux divisions qui se produisent immanquablement dans toute
1. Édition de Schauer et Chuquet, Paris, 1861, p. 10 ; la première édition est de Tan v (1797).
association, de recourir à une décision suprême qui, ne pouvant être ni contredite ni réformée, devient par là même infaillible. Voici, au reste, les propres paroles de de Maistre : « L'infaillibilité, c'est le droit commun à toutes les souverainetés possibles, qui toutes agissent nécessairement comme infaillibles ; car tout gouvernement est absolu ; et du moment où l'on peut lui résister sous prétexte d'erreurs ou d'injustice, il n'existe plus.
« La souveraineté a des formes différentes sans doute; elle ne parle pas à Constantinople comme à Londres; mais quand elle a parlé de part et d'autre à sa manière, le Mil est sans appel comme le fetfa.
« 11 en est de même de l'Église. D'une manière ou d'une autre, il faut qu'elle soit gouvernée comme toute autre association quelconque ; autrement, il n'y aurait plus d'agrégation, plus d'ensemble, plus d'unité. Ce gouvernement est donc de sa nature infaillible, c'est-à-dire absolu ; autrement, il ne gouvernerait plus. En outre, l'Église est une monarchie. Or, la forme monarchique une fois établie, l'infaillibilité n'est plus qu'une conséquence nécessaire de la suprématie, ou plutôt c'est la môme chose absolument sous des noms différents K »
La conclusion de ce raisonnement, c'est que le parlement anglais, le sultan, le tsar, le shah de Perse sont aussi infaillibles dans l'exercice de leur autorité respective, que le souverain pontife dans l'exercice de la sienne, puisqu'ils le sont de la même manière et par les mêmes raisons. Quelle étrange manière de parler ii celui que tout catholique croyant est obligé de vénérer comme le vicaire de Jésus- Christ, comme le représentant visible de Dieu sur la terre ! Dans une lettre adressée à l'archevêque de Raguse S de Maistre emploie des expressions encore plus fortes, nous voulons dire plis libres fie celles que nous venons de citer. « Si j'étais athée et souverain, écrit-il, je déclarerais