Dans les Lettres et opuscules inédits, lettre m
le pape infaillible par édit public, pour l'établissement de la sûreté et de la paix dans mes États. En effet, il peut y avoir quelque raison de se battre, de s'égorger même pour des vérités; mais, pour des fables, il n'y aurait pas de plus grande duperie. »
Il est clair que, pour Joseph de Maistre, le pape, dépouillé du prestige qu'il emprunte, selon la foi, de l'ordre surnaturel, n'est plus qu'un instrument de gouvernement {instrumentum regni) et de pacification à l'usage au moins des peuples de l'Europe, sinon du monde entier. La guerre n'étant que trop fréquente, même entre les États chrétiens, il y va de l'intérêt de tous qu'il y ait un arbitre suprême, toujours prêt à la prévenir, et un tribunal incontesté qui prononcerait en dernier ressort sur les conflits des souverains. Investi de cette juridiction universelle et, comme nous dirions aujourd'hui, internationale, le chef de l'Église a encore une autre tâche à remplir. Il doit protéger les peuples contre les abus de pouvoir auxquels ils sont exposés de la part des princes. Père commun des fidèles, il a qualité pour intervenir entre les opprimés et les oppresseurs, et il en a le moyen. Ce moyen est sa puissance dispensante. L'autorité des rois n'admettant pas de limites, puisque, d'après ce qu'on vient de nous dire, c'est sa nature même d'être absolue, le pape, comme il l'a fait avec succès au moyen âge, peut délier les peuples de leur serment de fidélité. « Le serment de fidélité sans restriction, dit de Maistre, exposant les hommes à toutes les horreurs de la tyrannie, et la résistance sans règle les exposant à toutes celles de l'anarchie, la dispense de ce serment prononcée par la souveraineté spirituelle pouvait très bien se présenter à la pensée humaine comme l'unique moyen de contenir l'autorité temporelle sans effacer son caractère *. »
Remarquons, en passant, cette expression : a la pensée humaine ». N'est-ce pas au nom de la pensée humaine que Hobbes, regardant la monarchie comme absolue par son