Paçe
reste, les propres termes de Saint-Martin : « On a souvent reconnu l'utilité du sang appliqué à l'extérieur, comme tirant au dehors toute la corruption. Au contraire, pris à l'intérieur, il augmente encore celte corruption. Ceci nous explique combien, depuis la grande maladie du genre humain, l'effusion du sang était nécessaire. » — « Le san» depuis le crime, était la barrière et la prison de l'homme' et l'effusion du sang était nécessaire pour lui rendre orogressivement la liberté «. » ^
Pas plus que de Maistre, Saint-Martin ne se contente du sang des animaux; il lui faut du sang humain, des victimes humaines pour racheter la faute de nos premiers parents. Il applaudit aux exécutions, aux supplices dont les récits bibliques nous offrent le monotone spectacle. C'est presque avec un sentiment de reconnaissance qu'il contemple dans 1 histoire les guerres, les révolutions, les cataclysmes de la nature, les fléaux de toute espèce qui déciment les nations. Ma^ quoi ! dans cette œuvre de destruction , l'innocent
aue faif"s.!^Tr r'"''' **''" ''"' '^ •=°"P'""«-^ ^a réponse que fait Saint-Martin a cette question ne diffère que par
les ternes de celle qu'on trouve dans les Soirée, de S«Lnter^hourg.. Les victimes innocentes entrent dans le plan de 1 économie divine qui les emploie, comme un sel pur et conservateur, afin de préserver par là de l'entière corruption et de la dissolution totale les victimes coupables avec lesquelles elles descendent dans le tombeau l ,. C'est le dogme de la réversibilité expliqué presque d'une manié e physique et accepté avec d'autant plus de conflance
On sait quelle est l'opinion de de Maistre sur les sauvages; elle n'est pas arrivée à une moindre célébrité que son apothéose du bourreau, la justification de la guerre et la théorie des sacrifices. Ce qu'a produit, selon lui l'état Su! vage, c est un crime extraordinaire que notre raison même
1. Ministère de l'homme-esprit, p. 269 ^ 2.^Mmû(^e de V homme-esprit, p. 214 ; De Vesprit des choses, t. Il,
ne peut plus concevoir aujourd'hui. « Un chef de peuple, ayant altéré chez lui le principe moral par quelques-unes de ces prévarications qui, suivant les apparences, ne sont plus possibles dans l'état actuel des choses, parce que nous n'en savons heureusement plus assez pour devenir coupables à ce point; ce chef de peuple, dis-je, transmet l'anathème à sa postérité ; et toute force constante étant de sa nature accélératrice, puisqu'elle s'ajoute continuellement à elle-même, cette dégradation, pesant sans intervalle sur les descendants, en a fait à la fin ce que nous appelons des sauvages ^ » Sans aller aussi loin dans la logique de l'hypothèse, Saint-Martin pense de môme. Il ne croit pas, comme Rousseau et les autres philosophes du xviif siècle, que la vie sauvage soit l'enfance de l'homme; il n'y voit qu'un état de dégradation, suite du péché originel, où le sauvage est resté ; tandis que les autres races de l'humanité en sont sorties plus ou moins par l'effet des secours qui leur ont été accordés d'en haut 2. Pourquoi le sauvage n'a pas reçu les mêmes secours ou n'en a pas su profiter, c'est ce que Saint-Martin ne nous explique pas, pas plus que de Maistre ne nous explique la grande prévarication de son chef de peuple. Mais, au fond, ils sont parfaitement d'accord.
Voici encore un point de grande importance où ils se rencontrent, c'est-à-dire où l'un des deux est mis à profit par l'autre. A en croire de Maistre, la science elle-même, telle que l'a faite la méthode analytique et inductive, est un état de déchéance, la plus triste de nos infirmités, le plus lourd des châtiments qui nous soient infligés par la justice divine. C'est notre esprit qui rampe, qui se traîne sur la terre, tandis qu'il devrait, selon les desseins de Dieu, traverser avec des ailes les célestes espaces. C'est ce qu'il a fait dans l'origine; c'est ce qu'il fait encore en partie dans l'antiquité; car plus on remonte le cours des âges, plus on rencontre de spontanéité et de perfection