‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 57 sur 97 · Éclair sur l'association humaine, p. 7, édition Schauer · texte numérisé non relu

Éclair sur l'association humaine, p. 7, édition Schauer

♦if

dans les connaissaneis ûê rhomme. La plus merveilleuse de ces connaissances est celle de la parole ; donc la parole n'est pas d'invention humaine, comme l'ont soutenu les philosophes du dernier siècle : elle est d'institution divine. Aussi les langues anciennes, celles qui se rapprochent le plus de la naissance de la parole, sont-elles incomparablement supérieures aux langues modernes; et parmi les langues modernes il n'en est pas de plus vicieuses que celles qui ont été créées de nos jours, telles que la nomenclature chimique et la nomenclature métrique. Cette doctrine se trouve dans les œuvres de Saint-Martin avec un caractère de profondeur que de Maistre ne lui a pas conservé et qui disparait entièrement dans la théorie de de Bonald. Tout en soutenant, contre Condillac, contre Garât et les autres philosophes de son temps, que la parole n'a pas été inventée par l'homme, Saint-Martin se garde bien de la présenter comme un miracle et de dire avec de Maistre que l'homme parle parce que Dieu lui a parlé. La parole, selon lui, est née avec l'homme, elle est aussi ancienne que lui, mais elle a suivi la même marche et revêtu successivement les mômes caractères que notre esprit. « Les langues primitives étaient plutôt des langues d'action et d'affection que des langues de méditation; elles étaient plus parlées qu'écrites, et par cette vivante activité elles avaient une force et une supériorité qui appartiendra toujours à la parole par préférence à l'écriture *. » S'il y a des langues primitives qui l'emportent par tant de qualités sur celles qui se sont formées plus tard, c'est qu'il y a des idées primitives des connaissances primitives, des sentiments primitifs, sans lesquels il nous est impossible de nous entendre sur rien, sans lesquels aussi il nous est impossible de rien fonder, de rien comprendre, de rien diriger, à commencer par le gouvernement de nous-mêmes. C'est l'ensemble de ces idées et de ces sentiments que Saint-Martin nous donne pour une

Page 1