ln-8», Paris, 1837, librairie Hachette
phie n'aura jamais qu'une connaissance incomplète des opérations et des lois de l'intelligence si elle ne les a pas observées dans leurs rapports avec la parole, qui n'est pas seulement l'expression, mais l'instrument nécessaire de la pensée. De son côté, la philologie se rendra difficilement compte de la formation des langues, ainsi que des ressemblances et des différences qui existent entre elles, si elle n'a pas une idée exacte des lois qui leur sont communes ou des formes d'expression qui représentent dans leur ensemble la structure générale de la parole humaine, ce qu'on pourrait appeler son organisme psychologique dont chaque langue en particulier et chaque famille de langues n'offre qu'une réalisation plus ou moins imparfaite.
C'est en 4811, quand il fut nommé professeur suppléant de philosophie à la Faculté des lettres de Paris *, que François Thurot, sous l'influence de deux maîtres illustres, dut apporter à ses opinions philosophiques les plus graves modifications; mais ce changement ne s'aperçoit dans aucun de ses écrits, avant le discours qu'il prononça le 5 décembre 1818, en prenant possession de la chaire de Laromiguière. Ce discours, un peu plus développé sur quelques points, est devenu le Discours préliminaire placé en tête du texte De Ventendement et de la raison, qui n'a vu le jour qu'en 1830, quelques mois avant la mort de l'auteur, enlevé en 1832 par le choléra. Il est donc permis de supposer que ces deux ouvrages nous offrent l'expression définitive, ou du moins la dernière expression de la doctrine philosophique de Thurot. En voici le résumé fidèle.
La philosophie est une science de faits, et les faits dont elle s'occupe, ce sont ceux de l'esprit, de l'intelligence, du moi, et que nous connaissons par la conscience. Pas d'intelligence sans conscience, et la conscience ne s'applique
t. C'est le titre que lui donne Daunou dans îâ notice qu'il a publiée sur Thurot en 1833, sans nom d'auteur, et que nous voyons reproduite dans les Mélanges. On ne voit pas pourquoi M. Bouillet lui donne le titre de professeur adjoint.
pas senlenriêit aux faits mis en lumière par elle, elle s'applique aussi am moi dans lequel ces faits se passent. Elle est Fintuition du rapport nécessaire qui existe entre un acte d'intelligence et un être intelligent. C'est cet être intelligent, aperçu par la conscience dans tout acte de la pensée, qui constitue notre moi individuel *.
Nous voilà tout de suite bien loin de la fameuse proposition de Condillac : m Le moi est une collection de sensations. » Le moi nous est connu, non par la sensation; mais par la conscience, et ce que nous savons des corps et de leurs qualités, nous l'avons appris par la perception. A l'exemple de Royer-Collard et de l'école écossaise, vers laquelle à la fin de sa vie il pencha visiblement, Thurot établit une ligne de démarcation profonde entre la perception et la sensation. Tandis que la sensation se réduit à elle-même, la perception suppose une cause, une cause extérieure au moi el distincte de la sensation. Thurot reconnaît donc, dès ses premiers pas dans la nouvelle carrière ouverte devant lui, l'idée de cause ou ce que l'école éclectique a appelé le principe de causante 2.
11 ne tarda pas non plus à reconnaître que les faits de conscience et les faits de l'organisme, qu'à l'exemple de Cabanis il avait autrefois confondus, sont des faits essentiellement différents, quoique liés les uns aux autres par de nombreux rapports. Il signale déjà cette différence dans le discours d'ouverture de son cours de 1818. Mais il y revient dans son livre De l'entendement et de la raison et dans un fragment très intéressant sur l'ouvrage de Broussais De Virritation et de la folie 3. On trouve dans ce dernier écrit le fond de la pensée que Jouffroy a développée quelques années plus tard, sur titt ton beaucoup plus absolu, dans son fameux Mémoire sur la physiologie et la psychologie.
Cependant il ne faudrait pas croire que Thurot n'a rien