Discours préliminaire, p. lxxxvu
a» Mélanges, p. 623 et suivantes.
con'^ervé de l'enseignement de ses premiers maîtres. Il pense comme eux, surtout comme Destutt de Tracy, que le nom d'idéologie convient mieux à la science des faits de conscience que celui de psychologie, car nous ne savons rien de la nature de l'àme, que ce dernier nom suppose; tandis que tous les faits de conscience, dès que nous essayons de nous en rendre compte, se réduisent en définitive à des idées. Il y a aussi un principe de la philosophie du xviiie siècle qui lui est cher. Il reste convâmcu qu'il n'y a pas un seul fait de conscience, conséquemment pas une seule idée, qui ne soit accompagnée d'un certain mode de sensibilité, d'un certain degré de plaisir ou de peine. Seulement, ces plaisirs et ces peines sont de deux espèces : les uns se confondent avec la sensation; les autres s'en distinguent et prennent le nom de sentiments. Ce sont les sentiments, non les sensations, qui accompa.gnent nos idées et s'y associent au point d'en être inséparables. On a donc eu raison de dire, en un sens, que penser, c'est sentir, mais il est faux que penser ne soit que sentir, ou qu'une idée ne soit qu'un sentiment K
Si le principe de la philosophie condillacienne est sauvé en apparence, en réalité il est sacrifié, et il l'est de deux manières : d'abord parce que la pensée ou l'intelligence n'est pas renfermée tout entière dans la sensibilité ; ensuite parce que la sensibilité comprend deux ordres de faits très différents : les sensations et les sentiments. On comprendra toute la portée que cette distinction a dans l'esprit de Thurot quand on saura que les sentiments, pour lui, sont un principe d'activité auquel la sensation est étrangère. Il en reconnaît trois espèces : les sentiments physiques, c'està-dire les instincts qui président aux fonctions de la vie animale; les sentiments intellectuels qui provoquent les opérations de nos diverses facultés intellectuelles et sont aussi en partie provoqués par elles; enfin les sentiments moraux qui prennent leur origine dans la sympathie et