Même ouvrage, t. Ic', p
mènes. Ce principe est celui de l'identité, et c'est parce qu .1 croit a lunité et » l'identité du moi sous la diversité de ses modifications, qu'il donne son adhésion à un passa-^e du livre d Arnaud, Des vraies et des fausses idies, où Texistence de ame, considérée comme un être réel et identique est formellement affirmée ». ^
On se rappelle qu'en analysant le fait de la perception ou de la connaissance du monde extérieur, Thurot signale sans te contester, le principe de causalité. Ce princine' qu 11 appelle « le fondement et la loi de noire faculté intellectuelle .., lui sert à démontrer l'existence de Dieu. Mais ee n est pas assez i» concevoir Dieu comme la cause de 1 univers, la foi que nous avons en son existence ne peut exercer sur nous une influence salutaire que si nousvovons en lu. le législateur du monde moral, la providence de ihu" manite aussi bien que celle de la nature. Pour arriver à cette conviction, Thurot s'adresse à l'idée du devoir qui n'est plus seulement pour lui, comme elle l'a été d'abord, une idée dérivée de la sympathie, mais un véritable principe Sur ce môme principe il fonde la croyance à limmortalit'é de ame, sans laquelle la loi du devoir est dépourvue de sanction et le gouvernement du monde moral dépourvu de
JUslICu*
Cette philosophie a pour couronnement, je n'irai dis jusqu a dire une doctrine religieuse bien définie ma^s un
a 1 dee de a providence et à l'espérance d'une autre vie La libre rehgion de Thurot est pleine de respect pour 1^ chn tianisme et admet comme une nécessité les religions positives en général. Elle n'est hostile qu'à l'intolérance e a a domination sacerdotale. Elle ne pardonne pas à Bossu d avoir applaudi à la révocation de TÉdit de Nantes dans un temps et dans un pays qui ont tant fait pour nlne^r de l'esprit humain. ^ "onneur
î. DeVenkndement et de la raison, t. Il, p. 37 et 38 2. Btrf., p. 209, 213-217. . l ^z ei j«.
J'ai dit que Thurot, à la fin de sa vie, penchait vers l'école écossaise. En effet, il a traduit les principaux ouvrages de Reid et la Vie de ce philosophe, écrite par Dugald Stewart K Mais aucun des maitres écossais n'a tenu un langage aussi affirmatif, aussi résolu que le sien sur les propositions qui font la base essentielle de la philosophie sDiriluaHsle. Il y a une autre école qui a pris naissance sous ses yeux et à laquelle il semble se rattacher étroitement par le fond de ses idées : c'est l'école éclectique. Assurément son spiritualisme est plus accentué que celui de Jouffroy, nui s'est fait, à un certain moment, une situation si difficile par ses réserves sur la nature de fàme. Il va même jusqu'à se vanter d'avoir pratiqué toute sa vie la méthode historique d'où l'éclectisme a pris son nom. « La vérité est, dit-il, que j'ai adopté les opinions de tous les philosophes anciens ou modernes qui, à ma connaissance, ont le mieux observe ou décrit les phénomènes de l'intelligence humame, parce qu'il m'a semblé qu'en général ils n'avaient fait ou voulu faire que ce que j'entreprenais de faire moi-même 2. »
Rien de plus juste que cette revendication de Thurot. Dans tous ses écrits, sans en excepter le discours préliminaire de sa traduction de l'Hermès, il éclaire ses propres théories par l'histoire et la discussion des opinions des philosophes qui l'ont précédé. C'est ainsi que, nommé en 1814 professeur de philosophie grecque au Collège de France, il fait connaître par son enseignement, par ses éditions et ses traductions les doctrines les plus importantes de Socrate, de Xénophon, de Platon, d'Aristote, d'Antisthène, d'Epicure, d'Èpictète. 11 ne se contente pas de répandre et d'expliquer leurs ouvrages quand ils en ont laissé ; il les rattache, dans ses introductions, à tout ce qui les a précédés et suivis. C'est ainsi encore que dans ses Leçons de logique il nous offre une
1. La traduction des ouvrages de Reid est restée inédite, mais celle de la Vie de ce philosophe a été publiée dans les Œuvres posthumes
dont j'ai déjà parlé.
2. De Ventendement et de la raison, frasfment cité dans les Mélanges,
^ ESSAIS DE qWTIÛUB PHILOSOPHIQUE
analyse et une critique de YOrganum d'Aristole. Lor^au'il pubhe en 1821 une nouvelle édition de la traduction française des œuvres de Locke, îî ne manque pas de placer en regard des opmions du philosophe anglais celles de Leibniz K^" " contradicteur. Il veut, quand il ne choisit pas lui-même, que les autres puissent choisir. Il met en œuvre sous les formes les plus diverses, le procédé que M. Cousin n a cesse de recommander à ses disciples et de mettre en pratique pour son propre compte.
Pourquoi donc François Thurot s'est-il déclaré l'adversaire de l'éclectisme? Pour plusieurs raisons. D'abord parce que les éclectiques, particulièrement Cousin, le prenant de très haut avec Locke, Condillac, de Tracy, Cabanis, le blessa en profondement dans sa reconnaissance, dans ses attachements, dans les admirations et les convictions de sa jeuaesse. 1 ne cesse de protester contre la qualification de sensuahstes infligée par la nouvelle école à ses anciens maîtres et a lui-même. Ne dirait-on pas, écrit-il quelque
ae gastronomie ou des contes licencieux ? Ce mot déià employé par Charles Villers, est en effet très mal co^po é e sonne mal a l'oreille; il ne dit pas ce qu'on lui fait dTe moS; ;f .ï.n''"''''''^^"".'""' de sensalioniste. Un autre rTs nïîl vt'^?'^'"* r>™"^*" T""--»' P»""- Cousin, osooh'ië du 'xv ,.?'"'• ''™'''' ^"^^"""^'"^ '' '« P"ifrançaise, un auxiliaire de la réaction politique et religieuse qui, commencée sous l'Empire par F^ntanes f^^t
ce°" uTdit''f;;tT 'T ""^ ""^ '^ RestauraTo"„"cn„ «riliî h! .^''•f -"«"t, mais très clairement, dans un article de critique • sm lequel je reviendrai tout à 1 heure. 11 supportait aussi avec impatience dans lechef de la nouvelle école l'admirateur et le traducteur de Platon 1 éditeur des œuvres de Proclus et le disciple de la phibso phie allemande. Pour lui. à demi affranchi des préventions
i. Mélanges, p. 498-507.
du siècle précédent, il n'admirait PJaton qu'avec d'amples restrictions. Dans la préface de sa traduction de V Apologie de Socrate, il ose dire que le Phédon lui parait « si rempli d'absurdités qu'il aurait craint de mettre sous les yeux de la jeunesse cet assemblage de raisonnements tous plus vicieux les uns que les autres * ». Voilà pourquoi il s'est borné à traduire la partie historique de ce dialogue. Proclus est encore plus mal traité. C'est un alexandrin, et pour Thurot tous les philosophes alexandrins furent des illuminés et des fanatiques. « Leurs systèmes extravagants dégradent à la fois la raison humaine et la philosophie 2. » La philosophie allemande ne devait pas lui inspirer plus d'indulgence. Le kantisme, à l'en croire, a arrêté pour longtemps en Allemagne les progrès de la saine philosophie 3, et quant aux systèmes qui l'ont suivi, au moins ceux de Fichte et de Schelling, les seuls qu'il paraisse avoir connus, il les trouve inférieurs à celui de Locke, et il pense, non sans raison, que la méthode d'observation sera toujours plus profitable à la raison humaine que les audacieuses spéculations qui n'ont d'autres bases que le raisonnement et l'hypothèse.
Enfm ce qui dans la philosophie de Cousin choque pardessus tout François Thurot, c'est moins le fond de cette philosophie que la forme souvent théologique, quelquefois mystique, presque toujours poétique et oratoire et absolument affirmative sous laquelle il est présenté. En lui parlant plus simplement on aurait, je n'en doute pas, réussi à lui faire comprendre que les idées de cause, de substance, d'identité, de devoir, d'infini qu'il plaçait au-dessus de toutes les autres, qui lui faisaient croire à l'existence de Dieu et qu'on ne peut répudier sans ébranler l'autorité de l'intelligence tout entière, nous sont données par une faculté supérieure, universelle, inébranlable, et par là même