‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 73 sur 97 · Passage cité par M. Gnyau, p · texte numérisé non relu

Passage cité par M. Gnyau, p

LA MORALE ANGLAISE ^67

irtées le deus ex mœhina de l'école empirique en généra.1 et de Stuart Mill en particulier. Mais bien d'autres surprises

""ïïdrLlSS implique l'idée d'égalité, et l'égalité sup. nose le respect mutuel des intérêts. « La société entre égaux Te peut exfster que si les intérêts de chacun sont également îesSectés .. La société entre égaux n'existe pas encore m fs elle existera, à ce que Stuart Mill nous assure e S t qui lui est propre se réalisera de lui-même. Les hommes en viendront à ne pas regarder comme possible ré^ade choses où l'on ne tient pas compte c'est-à-dire Z l'on ne pratique pas le respect des intérêts d au-

*"îourquoi s'arrêteraient-ils à respecter les intérêts d'autrui ? „ faudîa bien qu'ils coopèrent aux intérêts les uns de autres puisque c'est une des conditions de 1 état social Sue p rsonne n'y puisse vivre dans un isolement absolu, ^coopération fes amènera naturellement à croire que le bien d'autrui est pour l'individu une chose « dont il est naturel et nécessaire qu'il s'occupe comme de toute condition physique de notre existence ».

i n'arrive pas toujours que le bien d'autrui soit é ro.tement uni au mien; mais il suffit qu'il le soit souvent pour que mon esprit ne puisse plus l'en séparer et que, par rassociation des idées, devenue bientôt une habitude, une seconde nature , le bien individuel se confonde dans ma pensée avec le bien général. Par cette même pmssance de rassociation des idées qui, développée par 1 habitude et par l'éducation, deviendra irrésistible et tiendra lieu de la conscience morale de l'école intuitive, nous sommes entraînes encore plus loin, nous poursuivrons le bonheur gênerai même indépendamment et aux dépens de notre bonheur individuel; et par le bonheur général il faut entendre non seulement le bonheur du genre humain, mais, autant que la nature des choses le permet, celui de tous les êtres capables de sentir. « Le critérium de la morale utilitaire, dit Stuart Mill, n'est pas le plus grand bonheur de

l'agent, mais la pîns grande somme du bonheur général • >,

1» tlnf T ^^"^'\ ?"" 'l"'"" '^'''''' ^* *ï"'°° «-««herche la vertu. « Le desir de la vertu, dit-il, est un fait moins universel mais aussi authentique qne le désir du bonheur ,. n ajoute qu .1 faut désirer la vertu avec désintéressement pour elle-même, comme une chose désirable en soi Anro<i avoir rendu cet hommage significatif à la morale du devoir

Grèce, le fait passer au compte de la morale utilitaire. Ceux qui aiment la vertu avec désintéressement, l'aiment, selon loi, « non comme on moyen pour arriver au bonheur mils

une portion de leur bonheur, ils l'aiment pour eux et non pour elle-même, leur amour cesse d'être désintéressé

de irf Mm r '■,"*'?"* J"^'l"*'>« «'«t«"d, selon les' idées de btuart Mill, ce bonheur soi-disant personnel nui com

rSjtTÏSî''"' """ ''' ^""^^^'«^ '« genrn'uZn dp lï '' ''"'*°*''' ™"'' °°"^ 'S"o™ns encore

de qnm 1 se compose, de quels éléments il est formé. On

Sr Ji ™.c 1 ' "^"^ .*** ^'*'"*"* "°'^"e n'est envisagé par loi qne sons nn seni aspect, celui de la quantité Stuarl Mill croit aussi que le plaisir est on nnoi^l .

«ère dont le bonheur esta [.màirenvr T' i".'"'' la niianiif,; il T esi Fait, mais, en y laissant subsister

forte îenh.J^ 'fT^ " '^"''''*' " "''°""»" P'"^''e"rs sortes de plaisirs dont les unes sont plus désirables et dUis

précieuses qne les antres. Mais sur ouelle basP p fnLol cette distinction? Par quel principe,'à jLnt té laie on

rt ? VoTcnf ^'^ '^ r^""'^' ^ JustL^'n^otrel égrenée. Voici la réponse de Sluart Mill : « Lorsque de deux

plaisirs 1 en est un auquel tous ceux <m presque tous ce^

qnée sans y être poussés par aucun sentiment d'obli<^ation morale, celui-la est le plaisir le plus désirable. ,. ""°''"°"

i. Paroles citées par M. Gnyan, p. 9G. A laroles citées par M. Guyau, p. 86.

LA MORALE ANGLAISE

Cela revient à dire que le plaisir préférable est celui que nrétère le plus grand nombre de personnes expenmentées Stuart Mill ne pouvait se contenter d'une explication n-ireille nue son maître Bentham aurait certainement fait rentrer 'dans Vipsedixitisme. Il s'efforce donc de la compléter de la manière suivante. Lorsque de deux plaisirs qu on a é'ralement éprouvés et qu'on peut comparer entre eux, il y en a un que les personnes capables de faire cette comparaison placent tellement au-dessus de l'autre quelles ne voudraient pas l'échanger contre n'importe quelle abondance de l'autre plaisir, il faut bien admettre dans le plaisir préféré une supériorité réelle, une supériorité qui est dans la qualité et non dans la quantité. On peut même ajouter, pour rendre cette supériorité plus manifeste, que le plaisir préféré apporte avec lui une plus grande somme de peine que le plaisir dédaigné. ^

Mais comment concilier avec le bonheur, fin suprême de notre existence, ces appréciations qui nous portent a préférer une moindre somme de plaisir à une somme de plaisir plus grande et une plus grande somme de peine à une quantité de peine beaucoup moindre? Pour résoudre cette difficulté, Stuart Mill a recours à la distinction qu'il établit entre le contentement et le bonheur. Le contentement n est que la satisfaction de certaines facultés. Le bonheur, c est la satisfaction de toutes les facultés ou des facultés les plus hautes, quand elles ne peuvent pas toutes être satisfaites en même temps. Or quels sont les êtres chez lesquels toutes les facultés sont aisément satisfaites et dont le bonheur, par conséquent, est le plus complet? Ce sont les êtres inférieurs, parce qu'ils ont peu de facultés. Chez les êtres supérieurs, au contraire, qui ont beaucoup de facultés et des facultés de valeur très inégale, le bonheur est presque toujours accompagné de mécontentement, parce que toutes les facultés dont ils sont doués ne peuvent être satisfaites au même degré. C'est pourtant ce bonheur mêlé de peine, ce bonheur des mécontents qui est de beaucoup le plus désirable. « Mieux vaut être, dit Stuart Mill, un homme mécon-

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tent qu'un cochon satisfait ; mieux vaut être un Socrate mécontent qu'un imbécile satisfait. Si l'imbécile et le cochon pensent différemment, c'est qu'ils ne connaissent que le côté de la question qui les regarde *. i»

Cette distinction entre le contentement et le bonheur, entre le bonheur des êtres inférieurs et celui des êtres supérieurs, ne répond pas à la difficulté que nous avons indiquée tout à l'heure : elle ne fait que l'étendre et l'aggraver. Pourquoi préférons-nous le bonheur mêlé de peine des êtres supérieurs au bonheur sans mélange, au bonheur paisible et borné des êtres inférieurs? Cette préférence, selon Stuart Mill, ou, ce qui est la même chose, cette répugnance à déchoir, ne s'explique que par le sentiment de la dignité, sentiment que possèdent tous les êtres humains et dont le développement est proportionné à leurs facultés les plus élevées.

Tel est le prix qu'attache Stuart Mill à la dignité humaine que lorsqu'il faut choisir entre elle et le bonheur, soit notre bonheur personnel, soit celui des autres, c'est le bonheur qu'il nous conseille de sacrifier. « J'admets pleinement cette vérité, dit-il, que la culture d'une noblesse idéale de volonté et de conduite est pour les êtres humains individuels une fin à laquelle doit céder, en cas de conflit, la recherche de leur propre bonheur m de celui des autres. » La contraiiction serait flagrante entre le principe de la morale utilitaire et l'application qu'il reçoit ici, si Stuart Mill n'avait soin de nous apprendre que c'est le bonheur individuel ou celui de quelques individus qu'il sacrifie au sentiment de la dignité, mais que le bonheur général y trouve son compte, prce que la noblesse du caractère contribue plus que toute «itre chose à la félicité de la vie humaine. 11 n'en est pas moins vrai que cette perfection idéale à laquelle il veut que s'élèvent les âmes appartient plus à la morale du devoir, i ce qu'il appelle la morale intuitive, qu'à la morale de l'intérêt.

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