Voir M. Guyau,p
LA MORALE ANGLAISE
A la loi du désintéressement et du sacrifice, ou, pour l'apneler de son vrai nom, à la loi du devoir, Stuart Mill reconnaît aussi une fonction purement morale, qui n'est pas autre chose que le remords. « La sanction interne du devoir, ditil 1 c'est un sentiment de notre àme, une douleur plus ou moins intense accompagnant la violation du devoir et, chez les natures morales bien dirigées, s'élevant dans les cas es plus graves au point de les faire reculer devant celte violation comme devant une impossibilité. »
Ce n'est point par là que la moralité humaine commence, mais c'est par là qu'elle peut finir. Ce que nous craignons d'abord, c'est le châtiment que nous attire une action mauvaise, c'est le danger de perdre la sympathie de nos semblables. Mais l'aversion qui s'attache à toute action de cette nature peut à la longue se détacher de l'idée de châtiment et devenir une détestation désintéressée du mal dont la force et la spontanéité égalent celles de l'instinct.
Que manque-t-il encore à celte liste de toutes les qualités et perfections qu'engendre par miracle la morale de l intérêt? Nous y avons déjà vu figurer la vertu; Stuart Mill ne cramt pas d'y ajouter l'héroïsme et le martyre. « Le héros ou le martyr doit, dit-il, volontairement se passer de bonheur pour l'amour de quelque chose qu'il place au-dessus de son bonheur individuel. » Le héros et le martyr peuvent donc, même ils doivent exister dans son système; mais il faut que leur abnégation ait un but et ce but ne peut être que le bonheur général. Quand la cause pour laquelle ils se sacrifient est différente, le héros et le martyr, selon les expressions de Stuart Mill, ne méritent pas plus d'être admires que l'ascète debout sur sa colonne K Comment I notre vie n'a pas d'autre fin que la petite part de bonheur dont nous pouvons jouir ici-bas, et c'est pour le bonheur des autres qu'on nous conseille, qu'on nous ordonne presque de la sacrifier! Cette inconséquence n'a pas échappé a Stuart Mill