‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 85 sur 97 · AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Nous ne pouvons nous empêcher, avant de rendre compte de l'important volume publié par M. de Pressensé *, de faire quelques observations sur le titre dont il est revêtu. Quel sens faut-il attacher à ces deux mots isolés : les origines ? De quelles origines est-il question ? car toute chose, tout ordre d'existence a les siennes qui ne doivent pas se confondre avec celles d'un autre. S'il y a des origines communes à tous les êtres et à tous les faits, et si Ton a voulu précisément parler de celles-là, il était indispensable de les distinguer des origines particulières. L'auteur a si bien senti l'obscurité et l'insuffisance de son titre qu'il le fait suivre de tout un commentaire. Les origines, pour lui, ce sont les quatre problèmes dont il entreprend de chercher la solution : le problème de la connaissance, le problème cosmologique, le problème anthropologique, l'origine de la morale et de la religion. Ce commentaire lui-même n'est pas irréprochable sous le rapport de la clarté ; car,

1. les Origines, — Le problème de la connaissance ; le problème cosmologique ; le problème anthropologique ; l'origine de la morale et de la religion, par E. de Pressensé. 1 volume in-8» de xv-360 pages, librairie Fischbacher. Paris, 1883.

des quatre problèmes que nous venons d'annoncer, les trois premiers ne sont pas précisément des problèmes i'origine. Mais il y a une autre difficulté dont on est frappé dès le délml de ce livre et qu'il n'est pas sans utilité de signaler, parce qu'elle résulte d'un défaut d'ordre et de méthode. On ne comprend guère comment le problème tu, pour appeler les choses par leur nom, comment l'étude de la connaissance, Tétude de l'intelligence humaine, peut se séparer de Tétude de l'homme et surtout de l'étude des liées sur lesquelles reposent la morale et la croyance à l'existence de Dieu. Aussi M. de Pressensé n'a-t-il pu éviter, dans les trois dernières parties de son livre, de répéter souvent ce qu'il avait déjà dit dans là première. Combien Bossuet a été mieux avisé quand il a appelé leiil simplement le plus important de ses ouvrages de philosophie : De la connaissance de Dieu et de soi-même! âa fond, c'est le traité de Bossuet et également celui de Fénelon sur VEiistence de Dieu que M. de Pressensé a voulu refaire, en se plaçant en face des systèmes de notre temps, comme les deux grands évêques du xvii^ siècle se placèrent en face des adversaires les plus accrédités de leurs principes métaphysiques et religieux.

Comprises de cette façon, les Origines de M. de Pressensé Suit une œuvre de la plus grande valeur. A part la dernière partie, sur îaqueîle nous avons, au seul point de vue de la critique philosophique, beaucoup de réserves à faire, elles leus offrent le résumé le plus complet, le plus substantiel, ii plus exact, de tous les arguments que la philosophie, éclairée par la science, par la science expérimentale de totre époque, puisse opposer aux différents systèmes qui tendent à supprimer ou à reléguer dans le domaine de l'inconnaissable les principes et les existences d'ordre moral ou métaphysique. C'est dire que l'originalité n'en est pas la qualité dominante. L'auteur est le premier à le reconlaître. Avec une sincérité parfaite qui n'a rien de commun avec les affectations d'une fausse modestie, il déclare dans sa préface que le seul but qu'il se soit proposé était de

donner comme le bulletin de la bataille engagée aujourd'hui entre la philosophie spiritualiste et la science athée. Mais la philosophie n'est pas tenue d'être originale. Il vaut mieux qu'elle soit vraie, dirait-on, si toute vérité, qui n'est pas mathématiquement démontrée ou constatée par l'observation des sens, n'était matière à contestation. Mais c'est beaucoup qu'elle soit judicieuse, impartiale, conséquente avec elle-même, non moins bien informée des doctrines qu'elle combat que de celles qu'elle veut soutenir. Aucune de ces qualités ne manque à M. de Pressensé, et il n'a rien épargné pour les acquérir. Amis, adversaires ou alliés, étrangers ou nationaux, déjà anciens ou nés d'hier, tous les écrits publiés sur les questions qu'il traite, il les a non seulement lus, mais étudiés, il les résume ou les analyse avec conscience. Quoiqu'il ait ses auteurs préférés, au nombre desquels le philosophe religieux, M. Secrétan, parait tenir le premier rang, il accepte de toute main ce qu'il croit être la vérité. Quant aux systèmes qui ne sont à ses yeux qu'autant de formes de l'erreur, il les discute avec gravité, avec toute la force dont il dispose, mais sans jamais se départir à l'égard des personnes des ménagements conseillés par la bienveillance. On peut même dire que l'expression de ce sentiment est poussée par M. de Pressensé jusqu'à l'abus. A l'entendre, tous les écrivains dont il se prépare à réfuter les opinions sont des hommes remarquables, des esprits du premier ordre, qui ont laissé dans la science des traces lumineuses, et leurs opinions ellesmêmes, celles que tout à l'heure on verra réduites à néant, sont de profondes et puissantes conceptions. Un tel langage, à la longue, devient fastidieux; il ressemble plus aux compliments sans conséquence qui trouvent leur place dans une conversation de salon qu'aux appréciations sincères qu'on s'attend à rencontrer dans un livre sérieux. Cependant ce genre d'exagération vaut encore mieux que l'excès contraire.

Nous ne suivrons pas M. de Pressensé dans les combats, selon nous victorieux, qu'il livre successivement, en trai-

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