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ESSAIS DE CaiTIQUE PHILOSOPHIQUE
tant de l'origine et de la nature de nos connaissances, au posilifisme français, au positivisnié anglais, au positivisme allemand ou du moins à cette nouvelle psychologie allemande qui fait du moi la conclusion d'un raisonnement inconscient, du raisonnement lui-même une opération purement mécanique et de tous les phénomènes de l'esprit de siiifles phénomènes physiologiques, dont la durée ou le passage à travers notre existence s'évalue en secondes, en quinzièmes, en dix -neuvièmes, en trois -centièmes de seconde; nous aimons mieux montrer par quelle voie, après avoir traversé toutes ces ombres, il croit pouvoir rentrer et nous ramener avec lui dans la réalité. 11 y a là une pensée heureuse et saine qui lui appartient. Le plus sur moyen, selon lui, de reconquérir la réalité sur ce nominalisme contemporain qui s'appelle le positivisme ou l'associationnisme, c'est l'union de la morale de Kant avec la psychologie de Maine de Biran. L'idée du devoir, telle que Kant la comprend, suppose l'action, puisqu'elle la règle et la commande par une loi absolue. C'est l'action elle-même, aperçue directement par la conscience et non pas seulement supposée, qui fait la base des observations de Maine de Biran. Or l'action, c'est ce qell y a de plus réel en nous et dans les êtres en général, c'est Félre pris dans son essence. C'est aussi la raison établie dans son autorité; car, une fois sûrs de Faction, et d'une action personnelle, d'une action libre comme celle du moi, nous le sommes aussi que l'idée de cause n'est pas une forme vide de la pensée ou une pure catégorie, mais Qu'elle représente une force, un être réel, puisqu'il agit, li mm l'idée vraie d'un tel être nous avons l'idée non moins vraie de la substance, de l'unité, de l'extériorité, de l'infini : en un mot, de toutes les existences, ou de l'existence sous tous ses modes et dans tous ses attributs. M. de Pressensé, avec toute l'école spiritualiste de notre temps, principalement avec l'école de Maine de Biran, complétée par la raison pratique de Kant, établit très péremptoirement que, réduit à la sensation toute seule, ou à la conscience de la sensation, à des perceptions purement
subjectives, à des idées qui ne seraient que des formes vides de la pensée, l'esprit humain ne connaitrait ni luimême, ni les corps, ni le monde moral, ni le monde physique, ni les lois qui les régissent, ni la raison d'où émanent ces lois, ni rien de ce qui agit, de ce qui dure ou simplement de ce qui est.
Mais s'il est vrai que toute certitude repose sur les mêmes fondements, à savoir : l'idée du devoir et l'idée de causalité, puisée directement dans notre activité libre et personnelle, d'où vient la différence profonde qu'établit M. de Pressensé entre la certitude morale et toute autre espèce de certitude, la certitude métaphysique par exemple? Celle-ci, nous ne l'avons pas sans qu'on puisse nous en demander compte; mais celle-là, la certitude morale, nous sommes responsables de ne pas l'avoir. 11 est impossible, en effet, de prêter un autre sens à ces paroles : « Quand nous parlons de la vraie certitude morale, nous entendons celle qui est tout ensemble une théorie et une pratique, qui est une vue et une vie du divin, si l'on peut ainsi dire. Celle-là, selon nous, sera possible à quiconque aura voulu faire l'usage légitime de ses facultés morales. D'un autre côté, malgré tout notre respect pour la liberté des opinions, nous sommes obligé de voir dans la négation de la vérité morale une déviation du vouloir'. >)
Ainsi donc, ce n'est pas assez de distinguer entre la certitude morale et les autres sortes de certitude, mais dans la certitude morale elle-même il y a une différence à faire entre la vraie certitude morale et celle qui n'est pas la vraie. Quiconque n'a pas la vraie n'est pas seulement un aveugle ou un myope, c'est en propres termes un coupable, puisqu'il n'a pas voulu faire ce qu'il pouvait et ce qu'il devait. « Nous maintenons, ajoute M. de Pressensé dans une note *, que le premier devoir est bien de croire au devoir, lequel est le fond même de la conscience. »